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«« INTÉGRATION ET RELIGION
La tolérance, le kirpan ...et les vaches sacrées
Carol Néron
Le Quotidien Le vendredi 19 avril 2002
ÉDITORIAL - Le Saguenay—Lac-Saint-Jean, en raison de son éloignement et d'un climat rigoureux, n'intéresse pas vraiment les immigrants.
À ces facteurs peu faits pour susciter un enthousiasme délirant chez ceux et celles qui, pour diverses raisons, désirent refaire leur vie dans un pays étranger, il faut ajouter la solide barrière de la langue. Francophone à presque cent pour cent, la région n'éveille guère l'intérêt des candidats à la recherche d'une terre d'accueil et de liberté, qui pourraient surtout leur permettre de faire rapidement fortune...grâce à cette langue universelle qu'est l'anglais!
L'intégration des immigrants dans le respect de leurs coutumes religieuses et culturelles ne constitue donc pas des priorités pour les Bleuets. Ces derniers, cependant, observent toujours avec beaucoup d'intérêt les comportements des Montréalais face à certaines situations aberrantes qui, si ce n'était de ce qu'elles impliquent à long terme, soulèveraient davantage une ironie douce-amère qu'une colère véritable.
Ainsi, à La Salle, dans la proche banlieue montréalaise, un tribunal vient d'autoriser, au nom des convictions religieuses, un sikh de 12 ans à porter une arme blanche à l'école, le kirpan.
Évidemment, les parents des autres marmots ne l'entendent pas de cette oreille. Difficile de leur donner tort. Une religion qui exige en effet de ses fidèles et de leurs enfants qu'ils portent un poignard pour exprimer leur foi mérite, en effet, qu'on se méfie quelque peu d'elle.
L'eau qui dort
Bien qu'il y ait tout lieu de croire que ce sikh-ado soit le plus pacifique des individus, ainsi que l'affirme, outrés, son papa et sa maman, des exemples tragiques récents, en provenace notamment de plusieurs écoles américaines et même canadiennes, démontrent, malheureusement, qu'il faut toujours se méfier de l'eau qui dort. Il est également justifié de se demander ce qui pourrait arriver dans l'éventualité où un autre garçon, plus turbulent et celui-là vraiment habité d'idées noires, s'emparait de force de cette arme dans le but de communiquer avec ses démons plutôt qu'avec ses dieux.
Bref, dans ce cas précis comme dans bien d'autres, les inquiétudes de la très grande majorité sont largement justifiées...
«Nous avons sorti les crucifix des écoles, ce n'est pas pour y faire entrer des poignards!» clament, avec une soudaine ferveur religieuse retrouvée, d'autres parents — d'origine québécoise contrôlée — ayant décidé «pour des raisons de sécurité» de retirer leur enfant de l'école au centre de la tourmente. Admettons que cet argument, quoique grandement inspiré par la xénophobie, comporte tout de même une bonne dose de vérité.
Du droit et des obligations des uns et des autres
La société canadienne est l'une des plus tolérantes au monde. À force de martreler cette vérité à hue et à dia et surtout de la mettre en pratique avec une constance masochiste, ne serions-nous pas en train de devenir les êtres les plus bonasses de la planète? La question mérite d'être posée alors que, par exemple, dès cet été, les plaisanciers québécois et leurs enfants de plus de 14 ans, qui se rendront aux États-Unis pour passer quelques semaines de vacances sur les voies navigables, devront montrer patte blanche à la frontière — au propre comme au figuré — en déposant leurs empreintes digitales sur un formulaire prévu à cet effet et répondre à des questions très pointues concernant leur vie privée.
Les immigrants qui, à l'encontre des lois et au détriment des traditions locales ou du simple bon sens, tentent d'imposer leurs coutumes religieuses et culturelles au pays qui les accueille à bras ouverts, font preuve eux aussi d'intolérance. Cet état d'esprit se retourne évidemment contre eux. Les sikhs doivent comprendre que, sous nos latitudes, le kirpan n'a pas sa place même si un tribunal a autorisé il y a quelques années un policier de la GRC d'origine hindoue à porter le turban traditionnel.
Au train où vont les choses, les rues de Montréal et des grandes villes canadiennes seront bientôt envahies par des troupeaux entiers de vaches sacrées. Le lait, c'est bon, mais à ce point, l'indigestion pourrait nous être fatale!
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