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Kirpan et liberté
Michèle Ouimet
La Presse Le vendredi 19 avril 2002
Éditorial - À l'école Sainte-Catherine-Labouré, des parents ont hurlé des insultes à un enfant sikh de 12 ans parce qu'il revenait en classe avec son kirpan à la suite d'un ordre de la Cour supérieure.
Ces démonstrations de xénophobie ont créé un immense malaise et la majorité des parents se sont rapidement dissociés de cette clique raciste. Du côté des sikhs, il existe aussi une minorité représentée par le père qui tient mordicus à ce que son fils aille à l'école avec son couteau. La plupart des sikhs accepte un compromis: porter un pendentif qui représente le kirpan.
Entre les deux points de vue extrêmes, il y a des parents inquiets. Ce qui les effraie, ce n'est pas la valeur religieuse du kirpan mais plutôt la violence potentielle qu'il véhicule.
Mais il y a des nuances: le droit accordé au jeune Gurbaj Singh est temporaire, la cause doit retourner devant le tribunal le 16 mai pour être jugée sur le fond. Quant au danger, il est pratiquement inexistant. Le kirpan doit être porté sous les vêtements et protégé par un étui cousu.
En 100 ans, aucun kirpan n'a été impliqué dans un incident violent. En 1990, un tribunal ontarien a autorisé des professeurs et des élèves à porter le kirpan mais à la condition qu'il ne mesure pas plus de 18 centimètres et qu'il soit bien camouflé.
Même si le kirpan ne représente pas de danger, c'est avant tout une arme blanche. Les sikhs nient cette réalité. La société ne veut pas de couteaux dans ses écoles et elle a déployé d'immenses efforts pour se débarrasser des armes qui, à une certaine époque, circulaient trop facilement. Cette tolérance zéro est une valeur fondamentale qui doit être respectée par les minorités qui vivent au Québec. Et elle est non négociable.
Le Québec est une société accueillante et tolérante et les sikhs peuvent pratiquer leur religion et ériger leurs temples en toute liberté. Mais à l'école, c'est non. Comme la burqa, ce voile qui couvre complètement le visage des femmes. Elle ne peut pas être tolérée car elle heurte une autre valeur fondamentale de la société: l'égalité entre les garçons et les filles. Par contre, la kippa des juifs et le foulard islamique sont acceptés. Et c'est bien ainsi. Ils ne représentent aucune menace et ils font partie des rituels religieux.
Au Québec, l'école est confessionnelle. Si elle devenait laïque, ça ne réglerait absolument rien.
C'est l'institution qui deviendrait laïque et il n'y aurait plus, par exemple, d'enseignement religieux.
Les élèves, par contre, ne perdraient pas le droit de porter la kippa ou un crucifix. La liberté religieuse reste entière, même dans les écoles laïques, car elle est protégée par la Charte des droits.
En France, l'école est laïque et, au milieu des années 1990, elle a banni le port du foulard islamique. Cette décision, qui a provoqué une immense controverse, a été renversée par le plus haut tribunal du pays car on ne peut pas interdire l'expression de la religion.
La Charte canadienne des droits fête ses 20 ans. Dans l'affaire du kirpan, c'est elle qui aura le dernier mot.
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