«« INTÉGRATION ET RELIGION

Les symboles à l'école

Valère Audy
La Voix de l'Est Le samedi 20 avril 2002

ÉDITORIAL - Le juge de la Cour supérieure qui vient d'autoriser un jeune Sikh à réintégrer l'école avec son kirpan a-t-il considéré tous les faits pertinents? Nul doute qu'il est dans l'intérêt de l'enfant qu'il étudie à l'école plutôt qu'à la maison. Bien sûr aussi que le couteau doit être porté dans un étui cousu sous les vêtements et que la décision ne vaut que jusqu'à la mi-mai alors qu'un tribunal se prononcera sur le fond de la question.

Mais le kirpan, qui a valeur symbolique et religieuse chez les Sikhs, n'en est pas moins un couteau, donc un objet dangereux qu'il vaut mieux ne pas voir à l'école par souci de sécurité. Le code de vie de l'école fréquentée par le jeune Sikh n'accepte justement aucun objet assimilable à une arme. Et ce n'est pas la seule institution à agir ainsi. Toutes les écoles sont en lutte, ou devraient du moins l'être, contre l'insécurité et la violence, ce qui peut les provoquer ou les alimenter.

Il ne s'agit pas de nier le droit au port ou à l'affichage de symboles particuliers aux groupes ethniques, mais de refuser ce qui peut s'avérer dangereux. Si on a sorti les crucifix des écoles, alors qu'ils ne constituent en eux-mêmes aucun danger, pourquoi tolérerait-on d'autres symboles... surtout de la nature du kirpan? Et si la décision à venir à la mi-mai donne droit au kirpan, qu'est-ce qu'on ne réclamera pas ensuite au nom du respect des droits et libertés à l'école?

Le même jeune Sikh, s'il se présentait avec son kirpan au procès de Mom Boucher ou dans un aéroport, est-ce qu'on le laisserait passer? La réponse est claire et nette pour ceux qui fréquentent les palais de justice et, surtout, les aéroports. Non! Si un coupe-ongles ou une lime à ongles sont des objets dangereux, imaginez alors un couteau! D'autant plus qu'avec le phénomène des gangs chez les jeunes, un couteau, ça se vole facilement et un étui, ça peut se découdre rapidement.

Cela dit, pourquoi l'ado et sa famille ne se comportent-ils pas de la même manière que les autres Sikhs dont les enfants portent un mini kirpan en plastique ou un médaillon en forme de kirpan? Le symbole est ainsi affiché, mais sans présenter de danger? Comme ces jeunes Québécois ou d'autres origines de foi catholique ou autre qui portent une épinglette ou une chaîne avec une petite croix stylisée ou un autre pendentif caractéristique de leur foi ou culture.

Pourquoi cette bravade quand d'autres de même foi et culture trouvent et appliquent un compromis capable de les satisfaire dans le respect des autres? Et pourquoi le passe-droit consenti... sous conditions et provisoirement il est vrai?

Certes vivons-nous dans une société où se côtoient de nombreux groupes ethniques et convient-il alors que l'école soit un lieu d'apprentissage au respect des différences et de reconnaissance de la richesse que nous apporte la culture des autres. La foi fait partie de la culture. Partant, difficile de l'exclure, complètement du moins, du milieu scolaire. Mais l'identification à une foi ou à une culture peut se faire de façon plus acceptable et discrète que par le port d'objets dangereux ou d'articles susceptibles de semer la peur, de provoquer des conflits et la violence.

Cette affaire est d'autant plus délicate que le fanatisme ethnique et religieux mène aux pires drames. On le voit en Irlande, en Israël et dans plusieurs pays arabes. On n'a pas besoin de ça chez nous. Nous avons tellement d'autres problèmes de société à résoudre. Alors, que chacun fasse son bout de chemin, c'est-à-dire que les Québécois soient ouverts aux différences et que les autres, dont les Sikhs, respectent le cadre de vie de chez nous, dont les règles qui visent à contrer le racisme et la violence. Ce qui doit commencer à l'école. Dans l'intimité de leurs maisons et institutions, les gens feront bien ce qu'ils voudront.

Enfin, importe-t-il de le rappeler, les citoyens, quels qu'ils soient, n'ont pas que des droits. La vie en société nous fait aussi des devoirs. C'est le prix à payer pour évoluer dans la sécurité et l'harmonie. Et une arme, si symbolique soit-elle, n'a pas sa place... à l'école en tout cas.