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«« Intégration et religion
Kirpan: deux communautés, deux visions
Karim Benessaieh
La Presse Le mardi 23 avril 2002
Un large fossé sépare la
communauté sikhe de ses voisins, a-t-on pu constater lundi soir à l'issue de la
soirée d'information sur l'affaire du kirpan organisée par la commission
scolaire Marguerite-Bourgeoys.
Pendant plus de deux heures, une centaine de
parents de LaSalle, parmi lesquels une vingtaine de sikhs, ont défendu leur
vision de la controverse secouant l'école Sainte-Catherine-Labouré. Un sikh de
12 ans y a réclamé et obtenu le droit d'aller à l'école avec son kirpan, un
poignard symbolique.
L'assemblée tenue au gymnase de cette école a donné
lieu à quelques échanges tendus entre sikhs et non-sikhs. Les deux groupes
étaient d'ailleurs physiquement divisés et se faisaient face, séparés par les
représentants de la commission scolaire. Aux premiers qui s'avançaient au micro
pour clamer le droit de pratiquer leur religion, les seconds répondaient par
leur droit à la sécurité.
«Est-ce qu'on doit attendre qu'il y ait des
incidents pour interdire le kirpan?» a demandé un parent non-sikh, déclenchant
une salve d'applaudissements.
«Nous autres, sikhs, nous voulons la paix,
a affirmé une jeune fille. Ça fait 100 ans qu'on est ici et il n'y a jamais eu
d'incidents avec le kirpan. Ce n'est pas une arme, c'est un
symbole.»
L'affirmation a été accueillie par un murmure hostile de la
foule.
Coiffé d'un turban, un homme âgé est intervenu en anglais pour
appeler au «respect des autres». Quelques parents ont réclamé énergiquement que
l'homme parle en français ou fasse traduire ses propos. «Si j'ai un seul message
important à vous transmettre, c'est d'être tolérants», a déclaré le président de
la commission scolaire, Jean-Marc Crête, qui a dû intervenir à maintes reprises
pour calmer les esprits. «Les sikhs sont quand même nos voisins depuis
longtemps. Nos enfants vont avoir à vivre ensemble au lendemain de toute cette
histoire.»
Le but annoncé par la commission scolaire était
d'écouter les parents et de leur expliquer les aspects juridiques de ce dossier.
La rencontre devait également permettre de rappeler que la commission scolaire
n'avait aucun recours devant la décision provisoire de la cour.
Le 16
avril dernier, le juge Claude Tellier, de la Cour supérieure, a ordonné à la
commission scolaire Marguerite-Bourgeoys de réintégrer temporairement le jeune
élève sikh, Gurbaj Singh Multani.
Dès le lendemain, des dizaines de
parents furieux ont accueilli avec des insultes l'élève lors de son arrivée à
l'école. Lundi soir, la porte-parole du comité de parents, Anne-Marie Gauthier,
a tenu à se dissocier de ce qu'elle a qualifié d'«écarts de conduite». Elle a
également tenu à préciser que l'action de son comité ne visait pas la communauté
sikhe. «Ce n'est pas une question de racisme, c'est une question de
sécurité.»
Les avocats de la commission scolaire ont avoué qu'ils
tentaient ni plus ni moins qu'un «revirement de la jurisprudence» au Canada. Une
demi-douzaine de causes, parmi lesquelles trois concernant le port du kirpan à
l'école, se sont toutes conclues par une victoire du demandeur sikh. La Cour
supérieure doit statuer sur le fond de la question le 16 mai prochain.
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