«« Autochtones

Bons signaux de fumée

Julie Lemieux
Le Soleil Le vendredi 05 avril 2002

Éditorial - Après avoir été condamné sur la scène internationale pour le mauvais traitement réservé à ses autochtones, le Québec peut maintenant se targuer de faire partie des peuples les plus avant-gardistes dans ses relations avec les Premières Nations. Si ce constat dressé par le professeur Bradford W. Morse ne permet pas de crier victoire, il a au moins l'avantage de mettre un baume sur les blessures qu'a engendrées il y a 12 ans la crise d'Oka.

La réactualisation de l'étude de ce professeur de l'Université d'Ottawa, préparée à l'origine pour la Commission Bélanger-Campeau, prouve que le Québec a fait un bon bout de chemin dans le dossier autochtone au cours de la dernière décennie. Augmentation de 60 % du budget en éducation et de 80 % en santé et services sociaux ; investissements majeurs pour encourager le développement économique des Premières Nations ; négociations constructives avec les Innus et fructueuses avec les Cris ; efforts significatifs pour permettre aux autochtones de conserver leur langue maternelle.

À la lumière de ces faits et d'autres éléments de réflexion, le professeur Morse conclut que la feuille de route du Canada est supérieure à celle d'autres pays dans le monde, que celle du Québec est impressionnante par rapport à celle des autres provinces canadiennes et que les relations entre Québec et les Premières Nations ont changé pour le mieux, particulièrement au cours des quatre dernières années.

Ce changement de cap peut s'expliquer de différentes façons. Le gouvernement péquiste a d'abord tout intérêt à bien traiter des peuples qui aspirent eux aussi à l'autodétermination, à se donner une meilleure image sur la scène internationale, à travailler de concert avec les minorités pour avoir toutes les chances de réaliser la souveraineté. Il serait en effet illogique qu'il se ferme au besoin d'indépendance des autochtones alors qu'il réclame les mêmes droits.

Le gouvernement du Québec a aussi compris qu'il n'avait d'autre choix que de négocier avec les autochtones s'il voulait concrétiser ses projets hydroélectriques et ne pas engloutir des millions en frais juridiques pour se faire ensuite dicter sa conduite par la cour. Québec avait tout à perdre en laissant ces dossiers chauds entre les mains du système judiciaire, puisqu'il est maintenant reconnu que les autochtones ont des droits sur les terres qui leur ont appartenu par le passé.

En outre, malgré tout le mal qu'elle a pu causer, la crise d'Oka a tout de même contribué à mieux informer la population et les politiciens sur les revendications des autochtones. Pendant des mois, les citoyens ont entendu parler des droits des Premières Nations, ce qui leur a sans doute permis de développer une nouvelle sensibilité à cet égard. Et ils ont aussi réalisé que la confrontation n'était pas la meilleure solution...

Comme le souligne le professeur Morse, il ne faudrait toutefois pas que le Québec se félicite trop vite de cette petite victoire morale. S'il tire ainsi son épingle du jeu, c'est que les autochtones ne sont, en général, pas si bien traités ailleurs dans le monde. Quand on se regarde, on se désole, mais quand on se compare, on se console...