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«« Racisme - francophobie
Trudeau : de la mania au mythe
Antoine Robitaille
LeDevoir 6.4.2002
Événement télévisuel de l'année, «chef-d'oeuvre», etc.: la télésérie Trudeau, diffusée en deux épisodes à la CBC, dimanche et lundi derniers, a été accueillie avec l'enthousiasme que suscitent les oeuvres audiovisuelles combinant célébration de valeurs nationales et qualités esthétiques. Les cotes d'écoute ont d'ailleurs été au rendez-vous: plus ou moins deux millions de téléspectateurs.
Le journaliste du Globe and Mail Ray Conlogue, véritable empêcheur de penser en rond sur la question du Québec dans le ROC (rest of Canada), a saisi l'occasion, une fois de plus, pour présenter une analyse en rupture avec l'engouement ambiant.
Après avoir applaudi le jeu de Colm Feore (le comédien qui incarne Trudeau) ainsi que le ton général de la série, Conlogue affirme toutefois que l'émission ne porte pas simplement sur le mythe de Trudeau mais «participe de ce mythe» central au Canada contemporain; elle «l'incarne» même, écrit-il. Conlogue fait remarquer que «le quart des habitants du pays, qui parlent français, rejettent de mythe de Trudeau, haïssent Pierre Trudeau et croient avec raison que ce dernier a nui à "leur" identité». L'une des dimensions de ce mythe: les Canadiens anglais se croient infiniment tolérants et l'expriment souvent en disant: «'Regardez le nombre de premiers ministres canadiens français que nous avons élus!'» Conlogue prétend que ce mythe-ci, comme la quasi-totalité des mythes nationaux, est faux. Selon lui, les Canadiens anglais, en se donnant des premiers ministres francophones qui «servaient d'abord et avant
tout da majorité, ont en fait travaillé «dans le sens de leurs intérêts propres». Trudeau, note Conlogue, était animé d'une idéologie personnelle qui «s'adonnait à coïncider avec ce que le Canada anglais souhaitait», c'est-à-dire une pensée individualiste. Ainsi, Trudeau s'employa à nier, en théorie, «l'existence de l'identité collective des Canadiens anglais et du Québec». Mais, dans les faits, «il réprima seulement la québécoise». De plus, poursuit Conlogue, «comme politicien cherchant à être réélu, il trahira ses propres principe au soir de sa carrière en faisant la promotion de l'identité canadienne c'est-à-dire celle de la majorité». Conlogue dénonce aussi «la diffamation vicieuse que Trudeau propagea dans le reste du pays à l'endroit du nationalisme québécois, celle du «nationalisme ethnique», comparable à ceux qui «nous ont engendré les Hitler et Mussolini».
Insulte reprise dans l'émission. «Voilà donc la puissance du mythe: il renforce une croyance collective manifetement fausse mais rendue invulnérable par une sorte de conviction blindée. Conviction qui fait que toute personne la refusant est considérée comme folle.» Conlogue confie avoir vu un nombre incalculable «de visages vifs et intelligents de Canadiens anglais se muer soudainement, à la seule mention de ce sujet, en masques de robot» débitant des idées toutes faites. Face au «rabâchage francophobe des médias canadiens-anglaises, les Québécois ont choisi l'indifférence, constate-t-il. «Les mythes que le Canada anglais entretient à propos de lui-même ne sont d'aucun intérêt pour [les Québécois], comme leurs mythes ne nous intéressent pas. La seule différence, c'est que nous sommes la majorité, ce qui nous permet, comme Charles Taylor l'a fait remarquer, d'occulter l'identité distincte du Québec au reste du monde. Et c'est douloureux pour les Québécois. C'est probablement la dernière chose que nous puissions encore faire qui les blesse réellement. Mais ils y sont habitués, maintenant.»
Pour conclure, Conlogue note que le réseau français de Radio-Canada est contraint de diffuser la série mais qu'il n'a pas encore avancé de date. Il prédit que ce ne sera pas un grand succès au Québec. Pourquoi? «Cette série n'a rien à voir avec eux»
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Autre «dissident»: John Dafoe, du Winnipeg Free Press, qui confiait mardi avoir bien aimé la réalisation de la série Trudeau, de même que le jeu de l'acteur principal, mais déplorait que la série n'ait pas vraiment permis d'approfondir le personnage. «Peut-être est-il temps pour l'industrie Trudeau de reconnaître que, jusqu'à [de nouvelles révélations sur le personnage], sa source est tarie. [...] Entre-temps, tentons de trouver d'autres grands hommes ou grandes femmes pour éclairer notre passé et nous guider vers l'avenir»
Pour Linda Williamson, du Toronto Sun, la série Trudeau est de grande qualité. Le personnage méritait un tel traitement: «Quel politicien, aujourd'hui, oserait parler d'une société juste ?» Mais les quatre heures de télévision trudeauesques ont réactivé chez Williamson une certaine amertume liée aux traits de caractère les plus détestables du personnage: il était, écrit-elle, dépensier, centralisateur, arrogant, obsédé par les sujets théorique plutôt que par les préoccupations concrètes des Canadiens». Cela, dit Williamson, résume par ailleurs assez bien ce que je pense de la CBC», diffuseur de la série.
La CBC: on sait à quel point elle se trouve attaquée ces temps-ci. Notamment du côté du réseau CanWest-Global (propriétaire de la chaîne Global et d'une quinzaine de journaux au Canada, dont le National Post et The Gazette), qui estime subir une concurrence déloyale de la part de la télé publique. Dans le Toronto Star, James Travers se réjouissait mardi du succès remporté par la série Trudeau, précisément parce que celle-ci vient prouver que seule la CBC «peut daffuser et produire ce type d'émission». Bref, le succès de Trudeau est très bien tombé. «Timing is everyihing», conclut Travers.
Chose rare, le National Post saluait mardi en éditorial certains projets du gouvernement québécois: ceux ayant trait aux réformes électorales, politiques et fiscales. «Ayant temporairement laissé de côté la souveraineté, le gouvernement du PQ a été forcé de se donner des projets plus constructifs. Et, en fait, ce que propose le gouvernement de M. Landry [...] annonce une amélioration et non une destruction de la Confédération."
Le Post espère que la révolution politique annoncée - élections à dates fixes, mode de scrutin proportionnel, régime quasi présidentiel - se concrétisera puisque cela forcerait le reste du pays à remettre en
question les défauts du système parlementaire canadien. Sur le plan fiscal, le Post estime que les conclusions de la commission Séguin ne sont pas dénuées de mérite. À preuve, selon le Post, les opinions favorables
de Jack Mintz, de l'institut C. D. Howe, et de Michael Smart, économiste de l'université de Toronto. Ces derniers croient que «le projet québécois pourrait rendre le système fiscal fédéral provincial plus responsable et plus
efficace tout en permettant au même moment de provoquer une réforme de la santé. Le Post constate donc
avec un plaisir narquois que le PQ travaille actuellement à faire advenir un Canada meilleur.
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