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«« Immigration
Veut-on des immigrants ?
Gilbert Lavoie
Le Soleil Le mardi 21 mai 2002
ÉDITORIAL - Faut-il être blanc,
francophone, anglophone francophile, assimilé ou intégré pour obtenir l'Ordre
national du Québec ? On peut se poser la question à la lecture de la feuille de
route des 27 personnes à qui on a accordé cet honneur la semaine dernière. Où
sont nos communautés ethniques dans ce groupe ? Seulement deux des 27 nouveaux
membres, Claire Oddera et Pascal Assathiany, ne sont pas nés au Québec et encore
: ils sont ici depuis des décennies. Le comité de sélection, présidé par Bernard
Lamarre, n'aurait pas reçu suffisamment de candidatures des communautés
culturelles, nous a-t-on expliqué. Franchement ! Des candidatures, ça se
suscite, non ? Le comité de M. Lamarre est composé exclusivement de Blancs
francophones...
Ouvert aux immigrants le Québec ? Bien sûr, à la
condition que ça ne demande pas trop d'efforts et que ça ne dérange pas trop.
Le maire Jean-Paul L'Allier a brassé la cage la semaine dernière. « On
va devoir s'ouvrir sur la différence et peser fort sur nos gouvernements pour
qu'ils arrêtent de niaiser », a-t-il lancé, en faisant état du déficit de la
Ville de Québec dans le recrutement des immigrants.
M. L'Allier a
raison, mais ce n'est pas uniquement la région de Québec qui doit s'inquiéter.
C'est le Québec au complet.
Nous recevrons environ 40 000 immigrants
cette année, soit un ratio d'environ un immigrant par 210 habitants. L'Ontario
en a reçu 133 000 en l'an 2000, pour un ratio d'environ un par 114 habitants,
tout comme la Colombie-Britannique.
Certains s'en féliciteront : les «
importés », surtout de couleur, ça dérange ! Bien sûr que ça dérange nos
habitudes d'avoir un voisin ou un collègue qui baragouine encore mal le
français, qui amène une autre façon de vivre dans le voisinage. Mais il y a, au
delà de ces difficultés normales d'intégration, une énorme source
d'enrichissement collectif dont nos gouvernements ne font pas suffisamment la
promotion. La dernière grande campagne de publicité du gouvernement du Québec
remonte à quatre ou cinq ans. « Les yeux en amande, le cœur québécois », vous
vous souvenez ?
Le gouvernement doit exercer un leadership plus
dynamique. L'Ordre du Québec n'est qu'un exemple de message que nous pourrions
envoyer à tous les Québécois, anciens et nouveaux, pour célébrer l'apport de
l'immigration dans une société moderne et ouverte sur le monde.
Pour
ceux que ça intéresse, 34 % des immigrants arrivés au Québec l'an dernier
avaient moins de 24 ans. Cinquante-quatre pour cent avaient entre 25 et 44 ans.
Imagine-t-on un peu l'effet bénéfique de ces nouveaux venus sur la courbe
démographique ? La moitié de ces gens parlent le français ; 56 % avaient plus de
14 années de scolarité ; 58% sont ce que l'on appelle des immigrants
indépendants, c'est-à-dire qu'ils ont été sélectionnés en fonction de l'apport
qu'ils feront à la société québécoise.
L'actuel plan triennal
d'immigration couvre les années 2001, 2002 et 2003. Il faut préparer le suivant
avec des objectifs plus ambitieux. Les critères sur lesquels on se base pour
établir les niveaux d'immigration sont notamment notre capacité d'accueil et
d'intégration. Serait-on trop frileux dans l'évaluation de cette capacité ? Oui,
si l'on regarde ce qui se fait dans les provinces voisines. Et si le Québec est
incapable d'ouvrir davantage ses portes à l'immigration, son poids
démographique, économique et politique continuera de diminuer sur le continent
nord-américain.
Jean-Paul L'Allier a raison : il est temps de se
déniaiser.
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