«« La «Paix des braves»

«Approche commune»: une attitude suspecte

Carol Néron
Le Quotidien Le mardi 21 mai 2002

Éditorial - Qui a raison dans le dossier de l'«Approche commune»? Le député de Chicoutimi à l'Assemblée nationale ou la Société du 14 Juillet, dont les membres les plus influents viennent d'appuyer lourdement sur la sonnette d'alarme?

En fin de semaine, dans le «Progrès-Dimanche», Stéphane Bédard précisait que son gouvernement tiendra des assemblées d'information pas plus tard qu'au début de juin, afin que la population sache réellement à quoi s'en tenir relativement au mystérieux projet d'accord territorial controversé intervenu entre Blancs et Innus. «Ce n'est pas un traité, insiste le député de Chicoutimi». Lequel s'empresse d'ajouter, en substance: «Si jamais un tel document historique devait finalement voir le jour, Québec tiendra une consultation publique au préalable».
Or, pas plus tard que mercredi dernier, le député de Chicoutimi a été sérieusement pris à parti, devant les membres du Cercle de presse du Saguenay, par l'historien Russel Bouchard et les sociologues Daniel Larouche et Charles Côté. Ce trio, qui représente en quelque sorte le fer de lance de la Société du 14 Juillet, affirme que, soit Stéphane Bédard ne connaît pas son dossier, soit qu'il cache sciemment des faits importants à la population — les abonnés de Vidéotron qui ont manqué la diffusion de ce document d'information fort révélateur, présenté en rafale par le cablodistributeur jusqu'à demain, pourront le visionner en reprise durant la semaine du 21 juillet prochain.

Pour le groupe de pression, il est déjà trop tard car tout est joué entre le gouvernement Landry et les Innus. Selon la Société du 14 Juillet, dès que Ottawa aura donné son feu vert à l'«Approche commune», telle qu'acceptée par Québec, les Saguenéens et les Jeannois deviendront en quelque sorte de simples locataires sur leur terre natale. «Le seul pouvoir qui nous restera, affirment vigoureusement les porte-parole du groupe de pression, consistera à gérer les poubelles et les chaînes de trottoir!» Perspective peu reluisante, en effet...

Climat d'intolérance

En attendant que le gouvernement québécois se décide enfin à ouvrir le grand livre de la négociation qu'il mène avec les Innus (un document qu'il s'efforce d'ailleurs curieusement de tenir fermé à double tour depuis le début de son long face-à-face) l'heure est à la confrontation larvée entre les deux peuples fondateurs du Saguenay—Lac-Saint-Jean. Ce climat est nocif, il va sans dire, en plus d'ouvrir toute grande la porte à l'intolérance, voire au racisme.

Jusqu'à présent, toujours selon la Société du 14 Juillet, tous les efforts des Blancs en vue d'obtenir des détails pertinents sur le contenu des pourparlers et leur conclusion se sont heurtés à des fins de non-recevoir. Fait encore plus grave, sinon inquiétant, Québec a coupé toutes les sources, dont Internet, qui auraient pu permettre à la population régionale d'avoir accès à un semblant d'information. Ce comportement difficile à expliquer de la part du gouvernement encourage la suspicion.

On ne refait pas l'Histoire

Les grands médias d'information qui ont pignon sur rue dans la métropole ne s'intéressent guère au contenu de l'«Approche commune» pour la simple raison que les Montréalais, pour des raisons géographiques, ne sont pas susceptibles d'être touchés — ou si peu — par les revendications territoriales autochtones. Il va sans dire que si les Première nations réclamaient la totalité de l'Île de Montréal, les choses se passeraient différemment!

Le gouvernement Landry veut tenir un Sommet économique des régions, l'automne prochain. En autant que le Saguenay—Lac-Saint-Jean est concerné, ainsi qu'une bonne partie de la Côte-Nord, Québec a intérêt, dès maintenant, à dévoiler la totalité du contenu relatif à l'«Approche commune» et à se préparer à faire machine arrière le cas échéant. Parce que, paix des braves ou pas, les Blancs ont aussi des droits inaliénables et que personne ne peut se permettre, de façon unilatérale, de refaire l'Histoire au nom, notamment, de la seule rectitude politique.