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«« Intégration et religion
Un symbole lourd
Michèle Ouimet
La Presse Le jeudi 23 mai 2002
Tout a commencé lorsqu'un sikh de 12 ans, Gurbaj Singh Multani, a échappé son kirpan dans la cour de l'école primaire Sainte-Catherine-Labouré, à LaSalle. Un parent s'est empressé d'alerter la direction. Depuis, le poignard n'en finit plus de faire du bruit.
L'affaire s'est retrouvée en Cour supérieure. La semaine dernière, un compromis a été trouvé: Gurbaj pourra porter son poignard à l'école mais il devra être caché dans un fourreau en bois qui sera lui-même emmailloté dans une étoffe solide, le tout soigneusement enfoui sous ses vêtements.
Ce compromis est-il acceptable? Oui et non.
Ce n'est pas la religion qui est au coeur de la controverse mais la présence d'une arme, le kirpan, entre les quatre murs d'une école. Peut-on accepter qu'un élève se balade avec un poignard collé au flanc, même solidement emmailloté? Qu'est-ce qui doit primer, les droits religieux du jeune sikh, reconnus par la Charte, ou les valeurs fondamentales de la société d'accueil qui a décidé qu'elle ne tolérerait sous aucun prétexte qu'il y ait des armes à l'école?
Québec, qui défend le principe de la tolérance zéro face à la violence dans les écoles, songe à en appeler du jugement. Il en va de la sécurité des enfants, croit-il.
Mais avec le compromis, le gouvernement s'est fait déculotter. La chance que le kirpan serve d'arme offensive est pratiquement nulle. En 100 ans, aucun kirpan n'a été impliqué dans un incident violent. De plus, même si le kirpan du jeune Gurbaj tombait dans la cour, il est doublement protégé par un fourreau en bois et une étoffe. Il faut faire preuve de mauvaise foi pour affirmer que les enfants de l'école Sainte-Catherine-Labouré courent l'ombre d'un danger.
Reste le symbole. Mais avec tout le bruit qui a entouré l'histoire du kirpan, le gouvernement et l'école ont clairement dit et redit qu'ils ne toléreraient pas d'armes. Les jeunes ne se mettront pas à entrer des couteaux à pleines portes parce que le jeune Gurbaj a obtenu le droit de porter son kirpan!
Reste aussi la pénible impression d'avoir été manipulé par une clique ultra-orthodoxe qui refuse tout compromis. La majorité des sikhs acceptent de porter un pendentif qui représente le kirpan.
De plus, le poignard n'est pas accepté dans les avions et personne ne conteste cette décision.
Toutefois, le père de Gurbaj a adopté la ligne dure. Il a, du même coup, jeté le Québec dans une controverse où il risque de sortir amoché, avec, en prime, la réputation d'être xénophobe.
Pourtant, la société est très tolérante et elle a appris à s'adapter aux coutumes religieuses des autres cultures. Les écoles acceptent la kippa juive, le foulard islamique, pêle-mêle avec les crucifix. Certaines ont même poussé l'accommodement jusqu'à installer des lieux de prière pour les musulmans.
En interdisant le kirpan, l'école Sainte-Catherine-Labouré allait à l'encontre de la jurisprudence et de la tradition canadiennes qui penchent clairement du côté des sikhs. En Ontario, par exemple, professeurs et élèves ont le droit de porter le kirpan. Même chose en Alberta, en Colombie-Britannique, en Californie, en Angleterre...
Québec a de bonnes chances de perdre s'il va en appel. Il ne pourra pas brandir la question de la sécurité des enfants. Reste le symbole. Mais on ne va pas en Cour suprême pour défendre un symbole.
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