«« La «Paix des braves»

«Approche commune»: la Côte-Nord en état d'alerte

Carol Néron
Le Quotidien Le vendredi 24 mai 2002

Éditorial - Des représentants du gouvernement québécois, accompagnés de fonctionnaires fédéraux, ont entrepris de dévoiler au compte-gouttes à des citoyens de la Côte-Nord certains éléments contenus dans l'«Approche commune». Le bal a commencé mardi soir à Sept-Îles sur un air de rock'n roll et s'est poursuivi le lendemain à Baie-Comeau au son, s'il faut en croire Le Soleil, d'une complainte. Hier soir, c'était au tour des résidants des Escoumins d'entendre ce qu'avaient à dire sur ce sujet sensible les porte-parole de Québec et d'Ottawa.

Les Sept-Îliens ont accueilli les délégués gouvernementaux avec une brique et un fanal. Ils voulaient qu'on leur explique, noir sur blanc, quelles seraient les conséquences sur leur quotidien de la transformation en traité de l'entente de principe intervenue récemment entre Québec et les Innus. Celle-ci, selon toute vraisemblance, sera entérinée telle qu'elle par Ottawa.

Rappelons que, avec l'«Approche commune», les autochtones du Saguenay—Lac-Saint-Jean et de Baie-Comeau, ainsi que, bientôt, ceux de la Haute-Côte-Nord, se verront octroyer de vastes territoires — notamment à proximité de zones urbaines — sur lesquels ils exerceront une pleine et entière autorité. La très grande discrétion avec laquelle les négociations ont été menées et le peu d'empressement du gouvernement québécois de dévoiler, dans le menu détail, le contenu des 80 pages du futur traité, déjà qualifié d'historique par les Innus triomphants, font craindre le pire aux Blancs.

Le retour de Réjean Simard

Le dernier maire de l'ex-ville de La Baie, Réjean Simard, oeuvre présentement au sein d'une Fondation toute neuve qui poursuit ouvertement le but de sauvegarder, s'il y a lieu, les intérêts des communautés blanches susceptibles d'être touchées directement par l'adoption définitive de l'«Approche commune».

Présent à Sept-Îles, mardi, pour obtenir des délégués gouvernementaux l'information attendue depuis plusieurs mois, Réjean Simard est resté sur sa faim, semble-t-il. Tout comme, d'ailleurs, les quelque 300 citoyens de la plus importante ville de la Côte-Nord qui s'étaient eux aussi déplacés spécialement pour l'occasion. Insatisfaits de la tournure des événements, tout ce beau monde ne s'est pas privé de chahuter les fonctionnaires. Ces derniers, de leur propre aveu, ont dévoilé seulement les grandes lignes de l'entente. Or, ce qu'exigent les citoyens, avec raison, c'est de prendre connaissance de tout le contenu du futur traité, en particulier les clauses imprimées en petits caractères et, s'il y a lieu, les annexes secrètes ou autres...

D'autres réunions

La rencontre de Baie-Comeau, mercredi, semble avoir été plus sereine que celle de Sept-Îles alors que des participants, frustrés du manque de clarté de certaines réponses, ont quitté en claquant la porte! Au moment où ces lignes étaient écrites, l'assemblée d'«information» des Escoumins n'avait pas encore eu lieu. Là-bas, la communauté blanche a de bonnes raisons de s'inquiéter puisque la réserve d'Essipit est à toute fin pratique enclavée dans le village. Les résidants craignent que l'inverse se produise, une fois que l'«Approche commune» obtiendra l'imprimatur d'Ottawa.

Le climat de tension qui a prévalu à Sept-Iles et l'atmosphère de suspicion ayant caractérisé la soirée de Baie-Comeau laissent présager que, en autant que l'Approche commune est concernée, l'action est à la veille de monter d'un autre cran au Saguenay—Lac-Saint-Jean. Selon le député de Chicoutimi à l'Assemblée nationale, Stéphane Bédard, des rencontres du même genre doivent avoir lieu, au début du mois de juin, dans différentes villes de la région. C'est ici, en effet, que la Société du 14 Juillet, un organisme de pression lancé l'année dernière à Chicoutimi, tire avec le plus d'insistance sur la sonnette d'alarme.

Le manque de transparence de Québec pour tout ce qui concerne le contenu de l'Approche commune et ses conséquences éventuelles sur les populations blanches, une attitude que semble vouloir adopter Ottawa, est porteur de nombreux éléments de discorde, potentiellement explosifs.

Somme toute, les deux paliers de gouvernement sont peut-être allés trop loin; ils seraient en train de se rendre compte, un peu tard, de l'ampleur de la catastrophe anticipée, que cela ne serait guère surprenant.