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«« Autochtones
Entente gouvernement du Québec/Cris
José Fontaine
AGQ - TRIBUNE LIBRE 9.5.2002
Personnellement, et avec tout le respect qu'il faut avoir pour les
opinions contraires, j'estime qu'avec cette entente le gouvernement du
Québec affirme son incapacité de se dissocier de la pensée
canadienne.
Je m'explique.
Le Canada c'est la discrimination négative des autochtones
fondée sur la race et le sang. La concept même de la réserve est un
concept etniciste et discriminatoire. Le gouvernement du Québec, pour
faire moderne et ouvert, change la réserve en une discrimination
positive également fondée sur la race et le sang (...)
Gilles Verrier
Cher Gilles,
Ma réponse est un peu longue mais m'a pris une heure ou deux car j'y
ai un intérêt très grand: l'intérêt de savoir ce que vous en penserez.
Cela m'embête de ne pas être d'accord avec vous, ici, ce que je
distingue de nos autres désaccords (s'ils existent! je crois que nous
sommes d'accord sur l'essentiel: le Québec libre).
Bien entendu, l'identité républicaine française demeure un modèle. Je
suis marqué par lui (appliqué à la Wallonie c'est la phrase de
conclusion du "Manifeste pour la culture wallonne": "Sont de Wallonie
tous ceux qui vivent, travaillent dans l'espace wallon").
Mais Michel Seymour est un philosophe québécois qui a renouvelé la
pensée sur l'identité nationale, à partir des problèmes que rencontre
le Québec et qu'il rencontrerait, même indépendant. Il distingue:
1) la nation civique et inclusive. En transformant (un peu) son
vocabulaire je dirais que c'est la "majorité nationale": le Québec
est cet échantillon d'humanité où dominent les êtres humains marqués
par l'HISTOIRE du Québec, la LANGUE FRANçAISE, la CULTURE QUÉBÉCOISE
(entendue comme enracinée dans cette histoire, dite en français et
marquée par 1000 apports extérieurs, dont l'immigration).
2) la minorité nationale, c'est-à-dire anglophone, astreinte à
respecter la langue publique commune du Québec (le français), la
culture publique commune du Québec (définition en 1)), mais dont on
doit respecter les droits linguistiques...
3) les Nations indiennes dont la définition est ethnique sans que cela
soit pour cela péjoratif (je vais dire pourquoi).
Il introduit pour ce n° 3) l'idée suivante que je n'ai lue nulle part
ailleurs:
Même si la notion la plus ouverte de nationalisme est le nationalisme
civique (selon Seymour), il faut admettre que d'autres nations ont une
autre idée d'elles-mêmes. Chaque nation dans le monde a une conception
qui lui est propre de la nation. Et il faut respecter l'idée que
chaque nation se fait d'elle-même (à condition que cette idée ne
transgresse pas les Droits de l'Homme).
Il donne à cet égard l'exemple des Nations indiennes.
Les Nations indiennes ont d'elles-mêmes une représentation ethnique,
liée à l'idée (en partie vraie, en partie fantasmée) qu'elles
découlent d'un ancêtre commun. Il est vrai que la conception ethnique
de la Nation PEUT être exclusive, déboucher sur le rejet, la violence
et le racisme. Mais PAS NÉCESSAIREMENT (et il pense en le disant aux
Nations indiennes). Des Nations peuvent avoir d'elles-mêmes une idée
ethnique et être pacifiques, tolérantes, ouvertes.
À partir de l'idée que l'on doit être tolérant à l'égard de l'idée que
chaque nation se fait d'elle-même, il estime que le Québec doit
respecter le caractère ethnique des Nations indiennes, ou le fait que
ces Nations se représentent comme cela.
Ceci dit, les Nations indiennes pourraient prendre place dans la
Nation québécoise entendue comme Nation civique, en respectant la
culture publique commune du Québec, et la langue publique commune du
Québec, devoir auquel est invitée également la minorité anglaise du
Québec (lire Seymour dans mon PS).
On m'a reproché parfois ici de ne pas être assez québécois (si je peux
dire). Si ce que je dis ici peut sembler vous contredire, au moins
admettra-t-on que ce que mon désaccord vient du Québec et
exclusivement du Québec. Je ne suis pas habitué à penser comme
Seymour.
Je suis moi-même plus républicain que "civique" (au sens de Seymour),
et la conception républicaine de la nation convient à la Wallonie, à
la France mais peut-être pas au Québec.
Si je suis donc en désaccord avec vous, ce n'est pas par la pensée à
laquelle je suis habitué, mais par une pensée typiquement québécoise
et qui n'est ni anglosaxonne ni canadienne. Seymour n'est pas
muticulturaliste au sens américain du terme (conception que l'on
retrouve chez Angenot par exemple - l'adversaire de Michaud - ou chez
Gellner, Martiniello etc.).
Il me semble que la politique du gouvernement du Québec vis-à-vis des
Nations indiennes construit un modèle d'inclusion totalement original
qui n'est ni français ni américain ni canadien et dont Seymour fait en
somme la théorie.
Politiquement, la pensée de Seymour est la plus belle réponse qu'on
puisse opposer (je crois) aux ignobles calomnies (qui influencent même
certains Wallons, pourtant pro-Québec, que je connais) de certains
Canadiens anglais,
José Fontaine
(Wallonie non belge)
PS : Définitions de Seymour dans le texte:
1) La nation québécoise:
"La majorité de ceux qui, dans le monde, ont en commun à la fois la
langue française, l'expérience historique québécoise et la culture
québécoise (...) englobant une majorité nationale de Québécois
francophones, une minorité nationale de Québécois anglophones et des
individus d'origine nationale italienne, juive, grecque (etc.) (...)
et dont la langue d'usage est autre que le français ou l'anglais"
("Le pari de la démesure", p.27)
2) La minorité nationale anglophone ou les "Anglo-Québécois":
L' "extension minoritaire sur le territoire du Québec d'une majorité
nationale de Canadiens anglais" ( "Le pari de la démesure" p. 37)
3) La nation québécois englobe les Québécois francophones (forcément)
les Anglo-Québécois mais pas nécessairement les Indiens.
"Si les Autochtones sont des citoyens à part entière du Québec, ils ne
peuvent toutefois faire partie de la nation, ou du peuple québécois,
que s'ils se représentent comme Québécois. On ne peut forcer personne
à endosser cette identité. L'identité civique nationale des Québécois
est liée à des facteurs objectifs, tels que la langue, la culture et
l'histoire, et à des facteurs subjectifs, tels que le fait de se
représenter comme Québécois. Les Autochtiones n'ont pas une telle
représentation d'eux-mêmes, et il serait par conséquent hasardeux de
vouloir les inclure dans la nation québécoise. Notre attitude
inclusive ne doit pas se traduire par une inclusion forcée. Leur
auto-exclusion de la nation quévbécoise ne change rien à notre désir
d'inclusion et ne modifie pas leurs statuts de citoyens du Québec. Les
peuples autochtones du Québec font partie de l'État québécois, et le
Québec est, en ce sens, un État multinational composé de la nation
québécoise et de 11 nations autochtones." (Seymour, p. 27).
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