«« La «Paix des braves»

Approche commune: Québec et Ottawa improvisent

Carol Néron
Le Quotidien Le mercredi 12 juin 2002

Éditorial - Au lieu de distribuer aveuglément et de façon intéressée des subventions à des firmes de relations publiques établies à Montréal pour organiser des événements qui, finalement, n'auront jamais lieu — ou pour leur permettre de confectionner des rapports bidons — Ottawa devrait investir de toute urgence dans un plan de communication raisonné et intelligent, afin de se concilier l'opinion publique «blanche» du Saguenay—Lac-Saint-Jean et celle de la Côte-Nord dans le mystérieux dossier de l'Approche commune.

Les Nord-Côtois et les Bleuets se demandent en effet — apparemment non sans raison, compte tenu de l'attitude défensive et maladroite dans laquelle se retranchent depuis quelques semaines les deux paliers de gouvernement pris, semble-t-il, en flagrant délit de copinage éhonté avec le très puissant et omniprésent lobby autochtone — si elles ne sont pas en train de se faire passer le sapin du millénaire.

Quant au gouvernement québécois, lui aussi aux prises avec un sérieux problème de crédibilité et d'image, il aurait tout intérêt à mettre au travail ses amis lobbystes oeuvrant dans le créneau des communications, histoire de démontrer, quoique fort tard, qu'il peut faire preuve de transparence.

L'ampleur de la colère suscitée autour de l'Approche commune prend visiblement au dépourvu les élus fédéraux et provinciaux, ainsi que l'armée de fonctionnaires à leur service. Tout ce beau monde croyait sans doute être en mesure, à tout le moins jusqu'à tout récemment, de négocier un traité historique avec les autochtones au détriment des droits fondamentaux des «Blancs», le tout à l'abri des regards indiscrets étant donné que l'attention de la grande presse montréalaise est entièrement retenue depuis des mois par ce qui se passe sur l'échiquier politique fédéral et provincial. C'était sans compter sur la vigilance d'un groupe de citoyens avertis qui, paniqués à juste titre à l'idée de perdre la majeure partie du territoire sur lequel ils vivent depuis presque 200 ans au profit d'une poignée d'autochtones, appuient désormais avec insistance sur la sonnette d'alarme.

Une très, très, mauvaise impression

Tandis que Québec et Ottawa persistent dans leur désir de garder secret les éléments de cette entente, malgré le désir évident de la population de tout savoir relativement à son contenu, notamment les clauses en petits caractères, la colère grandit au sein de la population blanche. L'exemple de la réunion d'«information» annulée jeudi au Montagnais de Saguenay pour cause de cacophonie générale, illustre parfaitement le degré d'improvisation coupable caractérisant l'approche des deux paliers de gouvernement en matière de diffusion de l'information.

Les Saguenéens et les Jeannois ont l'impression de se faire flouer (pour ne pas utiliser ici un terme plus vulgaire bien que couramment utilisé dans le langage populaire); que les jeux sont faits. Ce sentiment ambivalent, porteur de toutes les frustrations, est encore pire que la vérité toute nue, aussi terrible puisse-t-elle être!

Crise sociale majeure

La nouvelle Fondation pour l'équité territoriale, présidée par l'ancien maire de La Baie, Réjean Simard, exige, au nom de la très grande majorité — silencieuse jusqu'à tout récemment — que la population soit consultée et, si besoin est, qu'un référendum soit convoqué afin de déterminer si, oui ou non, l'Approche commune doit être acceptée dans sa forme actuelle (encore faudrait-il que le document original et complet soit accessible à tous et à toutes, même s'il est «difficile à comprendre», selon l'aveu bizarre des fonctionnaires en charge du dossier).

Une chose est certaine: Québec et Ottawa ont le devoir d'agir vite afin de corriger leurs bévues répétitives. Car, ce qui nous pend au bout du nez de ce côté-ci du Parc des Laurentides, c'est une crise sociale majeure sur fond de racisme, ce dont personne n'a besoin, surtout au Saguenay—Lac-Saint-Jean où les communautés blanches et autochtones ont vécu, de tout temps, en étroite harmonie. Ce serait dommage que des gouvernements malhabiles, dont les représentants à Québec et Ottawa sont peu au fait de nos traditions et de notre mentalité, viennent gâcher cet héritage aussi rare que précieux.