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«« La «Paix des braves»
Approche commune: David contre Goliath
Carol Néron Le Quotidien Le mercredi 19 juin 2002
Éditorial - Tous les débats
interminables et répétitifs qui, depuis au moins 30 ans confrontent Québec et
Ottawa — ou l'inverse — ont été marqués par l'émotivité et la suscpicion, peu
importe la couleur des gouvernements qui se sont succédés sur les deux collines
parlementaires. Cette incompatibilité d'humeur chronique connaît cependant
aujourd'hui une exception notable, inhabituelle...
L'entente de principe, connue sous
l'appellation d'Approche commune, intervenue récemment avec les Innus et qui
pourrait conduire, d'ici deux ans, à la signature d'un traité qualifié, à juste
titre, d'historique par les trois parties impliquées dans cette négociation,
tranche en effet de façon mémorable avec le scénario auquel nous ont habitués
Québec et Ottawa. D'où l'extrême prudence — la paranoïa justifiée, affirment
certains — avec laquelle cette formidable nouvelle est accueillie dans les
différentes collectivités du Saguenay—Lac-Saint-Jean et de la Côte-Nord!
La voix manquante
Les Innus, d'une part, les gouvernements
fédéral et provincial, d'autre part, se sont entendus avec diligence et, pour
une fois, avec une surprenante complicité. Le problème, c'est que, du moins
jusqu'à tout récemment, il manquait à ce concert unanime une quatrième voix,
celle des occupants traditionnels — Blancs, puisqu'il faut bien utiliser ce
qualificatif à connotation inutilement raciste — du vaste territoire comprenant
le Saguenay—Lac-Saint-Jean et la Côte-Nord.
Mis en demeure par une opinion
publique prenant conscience, sur le tard parce que mal informée, de l'importance
des enjeux en présence, Québec et Ottawa, visiblement contrariés, viennent tout
juste de décider de jouer cartes sur table. Désormais, la négociation avec les
Innus se poursuivra au grand jour et, revirement appéciable, les «autochtones
Blancs» pourront faire entendre eux aussi leur voix.
La bonne entente
ancestrale unissant les communauté innu et «blanche autochtone» a été
sérieusement compromise par l'aura de secret ayant entouré, pendant deux ans, la
conduite des négociations à trois.
Les communautés blanches de la région et
de la Côte-Nord appelées à faire connaître leur position dans le dossier de
l'Approche commune ont un sacré retard à rattraper si elles veulent s'inscrire
dans la partie, l'automne prochain, avec quelque chance de faire valoir leur
point de vue. Sans réels moyens financiers à leur disposition, elles doivent
surtout tenir compte du puissant lobby innu, très actif dans les cercles
rapprochés du pouvoir de Québec et d'Ottawa. Ces groupes d'influence aguerris
par des années de revendications couronnées de succès peuvent faire appel, de
surcroît, aux plus grands cabinets d'avocats du pays.
Par ailleurs, autre
facteur déterminant, les grands médias montréalais ne cachent nullement le
préjugé favorable qu'ils entretiennent à l'égard des revendications
territoriales des Innus. Cette attitude porte naturellement les leaders
d'opinion de la métropole à faire généralement peu de cas des craintes des
populations blanches résidant dans les régions périphériques.
L'ombre
d'Hydro-Québec
Ces différents aspects du débat ne représentent toutefois
que la partie visible de l'iceberg. Car, derrière l'empressement, en particulier
du gouvernement québécois, de conclure un traité historique avec les Innus, se
profile la toute-puissance d'Hydro-Québec.
La société d'État rêve de
nouveaux barrages pour répondre à la demande américaine et, de son propre aveu,
elle en a assez de devoir toujours passer par le tamis du BAPE pour réaliser ses
objectifs. Si elle devait un jour négocier directement avec les Innus pour
élaborer sa stratégie d'investissements, les choses pourraient devenir à
certains égards beaucoup plus simples...
Nul ne doute de la bonne foi des
Innus, ni de leur désir d'en venir à une entente territoriale historique sans
que les droits fondamentaux des «Blancs» ne soient lésés. Les gouvernements
fédéral et provincial ont commis quant à eux une erreur stratégique majeure en
donnant l'impression de vouloir négocier en catimini. Étant donné qu'il n'est
jamais trop tard pour bien faire, le rendez-vous de l'automne, avec la quatrième
partie prenante au dossier, prend une importance primordiale.
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