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Oh Canada, Oh Quebec, Oh Richler
RAY CONLOGUE
G&M Wednesday, June 26, 2002
It's a shame having to return to Mordecai Richler on the first anniversary of his death. Last year I made the point that he was one of those fiction writers who make terrible journalists.
This is especially true of his attack on French-speaking Quebeckers in the book Oh Canada! Oh Quebec!, a misleading polemic that is more than a little tainted by prejudice.
Judging by the orgy of Richler worship which erupted this past week, the Canadian intelligentsia prefers fairy tales. Are we such a fragile country that we can't acknowledge a man can be both a fine writer of fiction and an imperfect human being?
Especially troubling was a Robert Fulford column (National Post, June 15) which portrays Richler as a moral hero and "friend of liberty." This served as a platform to set out Fulford's extraordinarily retrograde views on Quebec's language laws. He believes that Bill 101 (which obliges business owners to use French signage alongside English) is "stupid" and its author, Camille Laurin, a "clown."
Surely at this late date Canada requires more from its public intellectuals than name-calling. As indeed we ought to have required more from Richler when he turned his pen to polemics.
Let's briefly review the Richler problem. A year after the appearance of Oh Canada! Oh Quebec!, a professor of Quebec literature named Ben Shek critiqued it in a Jewish magazine called Outlook. He did not mince words. Richler's allegation that the Parti Québécois had borrowed the Nazi youth song Tomorrow Belongs to Me (from the musical Cabaret) was a "lie." The bald statement that Louis Joseph Papineau's Patriot Party, during the rebellion of 1837, had the "stated aim" of slaughtering Quebec's Jews was not only false, but an "attempt . . . to smear francophones."
Shek, who spent most of his academic career in Quebec, acknowledges the reality of anti-Semitism in that province but wonders why Richler insisted it was worse there than anywhere else. "Those of us who grew up in Toronto," writes Shek, "well remember the covenants barring Jews from buying or renting property." He also notes a double standard where Richler downplays the bigotry of fellow English speakers, which he "never refers to as racist, a term reserved for the Québécois."
Shek is not the only Jewish writer who has asked these questions. Normand Lester, in his Black Book of English Canada (which I am translating for McClelland and Stewart), points out that Richler set the standard for other English-speaking Quebec Jews who have falsely associated French-Canadians with fascism.
The canard about the Parti Québécois using the Nazi youth song from Cabaret was published in 1977 in the U.S. periodical Commentary by two McGill professors, Ruth Wisse and Irwin Cotler.
The song in question was actually an innocuous anthem by Montreal composer Stéphane Venne.
Cotler says today that he accepts responsibility for the error, though he did not write that part of the article. And though he is uncomfortable with the matter and apologized in a letter to René Lévesque, he did not do so publicly.
Why is there this cleavage between many English-speaking Quebec Jews, who repeat damaging allegations about the French without checking them, and French-speaking Quebec Jews who feel solidarity with other francophones and resent the attacks?
The dividing line in this complex story is not race at all, but rather language. It is because Quebec's English-speaking Jews are allied with Montreal's old WASP elite that they find it easy to attack French speakers with disinformation and half-truths. And they have little contact with francophone Jews like Normand Lester who might help set the record straight.
"Spokespersons for the Jewish community . . . have violently, and rightly, denounced the anti-Semitism of French-Canadians," said historian Gérard Bouchard at a 1997 colloquium called Jews and French Canadians in Quebec Society. "But they have closed their eyes to the same prejudices when these came from English-speaking Quebeckers . . . the Jewish elites have ended up adopting the Anglo-Saxon elite's views about French-Canadians. And we have come to feel that francophones are subject to a greater vigilance where anti-Semitism is concerned than are their English-speaking compatriots."
Lester goes on to explain how this double standard has been taken up and exploited by English Canada as part of the campaign against separatism.
This is a complicated story. But that's what makes it, and Canada, interesting. It's the kind of thing public intellectuals are supposed to sort out.
Those who look at the facts will find it very difficult to describe Richler, however great his artistic achievements, as a "friend of liberty."
rconlogue@globeandmail.ca
Oh Canada, Oh Québec, Oh RichlerPar Ray Conlogue Chronique du Globe and Mail du 26 juin 2002, p. R2 (Traduction de Robin Philpot)
Quel dommage que de devoir retourner à Mordecai Richler au premier anniversaire de son décès. L’an dernier j’ai écrit qu’il était parmi ces écrivains de fiction qui font de très mauvais journalistes.
Son attaque contre les Québécois de langue française dans le livre Oh Canada! Oh Quebec! en est le meilleur exemple : une polémique mensongère chargée préjugés.
À en juger par l’effusion d’idolâtrie à son endroit depuis une semaine, il faut croire que l’intelligentsia canadienne préfère les contes de fée. Notre pays est-il si fragile que nous ne pouvons accepter qu’un homme puisse être à la fois un excellent écrivain de fiction et un humain imparfait?
La chronique de Robert Fulford (National Post, le 15 juin) laisse particulièrement perplexe. Richler serait, selon Fulford, un modèle moral et un « ami de la liberté ». Cette affirmation permet à ce dernier d’étaler sa vision extraordinairement rétrograde de la législation linguistique au Québec. Fulford croit que la Loi 101 (qui oblige les commerçants d’afficher en français et en anglais) est « stupide » et que le père de cette loi, Camille Laurin, est un « clown ».
N’est-on pas en droit, après tant d’années, de s’attendre à mieux que des injures de nos intellectuels? De même, on aurait dû être plus exigeant lorsque Richler s’est mué en polémiste.
Regardons un peu le problème de Richler. Un an après la parution de Oh Canada! Oh Quebec!, un professeur de littérature québécoise du nom de Ben Shek l’a critiqué dans la revue juive Outlook. Shek n’y est pas allé par quatre chemins. L’allégation de Richler selon laquelle le Parti Québécois avait emprunté l’hymne de la jeunesse hitlérienne (Demain m’appartient, tiré de la comédie musicale Cabaret) était un « mensonge ».
L’affirmation gratuite que le Parti Patriote de Louis-Joseph Papineau avait comme « objectif avoué », pendant la rébellion de 1837, de massacrer les Juifs du Québec n’était pas seulement fausse, mais carrément « une tentative… de calomnier les Francophones ».
Ayant passé la majeure partie de sa carrière académique au Québec, Shek y reconnaît l’existence d’anti-sémitisme, mais il se demande pourquoi Richler a insisté qu’il était pire au Québec qu’ailleurs. « Nous qui avons grandi à Toronto, écrit Shek, nous souvenons bien des conventions qui empêchaient les Juifs d’acheter ou de louer des propriétés ou des immeubles. » Il signale aussi le deux poids, deux mesures de Richler où il minimise les préjugés des Anglophones qu’il « ne qualifie jamais de racistes, terme réservé aux Québécois. »
Shek n’est pas le seul écrivain juif qui pose ces questions. Dans Le livre noir du Canada anglais (que je traduis pour McClelland and Steward), Normand Lester note que Richler a fixé la norme pour d’autres Juifs anglophones au Québec qui assimilent à tort les Canadiens Français au fascisme.
Le canard voulant que le Parti Québécois ait utilisé la chanson de la jeunesse hitlérienne de Cabaret a été publié dans l’importante revue américaine Commentary par deux professeurs de McGill, Ruth Wisse et Irwin Cotler (ce dernier est une autorité des droits de la personne).
La chanson n’était qu’une mélodie inoffensive composée par le Montréalais Stéphane Venne, qui, comme mise au point, a envoyé une copie de la partition à Cotler. Lester raconte que Cotler et Wisse ont refusé de s’excuser ou de reconnaître leur erreur.
Pourquoi ce clivage entre tant de Juifs québécois anglophones, qui répètent, sans les vérifier, les allégations préjudiciables sur les Francophones, et les Juifs québécois francophones, qui se sentent solidaires avec les autres Francophones et qui protestent?
La ligne de partage dans cette histoire n’est point la race, mais la langue. Parce que les Juifs anglophones du Québec sont alliés à la vieille élite WASP de Montréal, ils sont facilement portés à attaquer les Francophones à l’aide de la désinformation et des demi-vérités. De plus, ils ont peu de contact avec les Juifs francophones comme Lester qui pourraient aider à rétablir les faits.
« Des porte-parole de la communauté juive… ont dénoncé violemment, et avec raison, l’antisémitisme des Canadiens Français, a déclaré l’historien lors d’un colloque en 1997 intitulé Juifs et Canadiens Français dans la société québécoise. Mais ils se sont fermé les yeux aux mêmes préjugés venant de Québécois anglophones… les élites juives ont fini par adopter l’opinion de l’élite anglo-saxonne sur les Canadiens Français. Nous sommes arrivés à penser que les Francophones font l’objet d’une vigilance plus serrée en matière d’antisémitisme que leurs compatriotes anglophones. »
Lester poursuit en démontrant comment ce deux poids, deux mesures est repris et exploité par le Canada anglais dans sa campagne contre le séparatisme.
Cette histoire est compliquée, mais c’est ce qui la rend, elle et le Canada, intéressants. Normalement, il reviendrait aux intellectuels de nous aider à y voir clair.
Ceux qui examineront les faits auront de la difficulté à décrire Richler comme un « ami de la liberté », quelles que soient ses réalisations artistiques.
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