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«« Intégration et religion
En fait, ce n'est pas une histoire de kirpan
Jean-Guy Dubuc
La Tribune - Le mardi 04 juin 2002
Éditorial - Le procureur général du
Québec, M. Paul Bégin, a décidé d'aller en appel concernant le port du kirpan à
l'école. Comme la cause réapparaît devant la Cour, on va s'abstenir de la
commenter, sauf pour se réjouir de la décision du gouvernement.
Car la décision de la Cour supérieure n'a pas
convaincu l'ensemble des citoyens: permettre à un enfant de porter sur lui un
couteau pour aller à l'école par respect des pratiques religieuses a quelque
chose de gênant dans un Québec qui semble vouloir se libérer de ses propres
traditions religieuses. Et c'est sous cet angle qu'il faudrait un peu réfléchir.
On sait les efforts que le gouvernement du Québec multiplie pour
protéger l'identité nationale: la loi de l'immigration, la loi 101, la refonte
du Conseil de la langue française, l'accès limité à l'école anglaise, la
sévérité de l'affichage, bref, un ensemble de mesures qui doivent conserver au
Québec son caractère distinct du reste du Canada. Oui, le Québec est composé de
personnes qui ont une histoire propre, unique, que l'on ne peut confondre avec
celle des autres. Ce qui veut dire qu'il faut en assurer la protection.
D'accord. Prenons-en les moyens.
Mais étrangement, il semblerait que la
langue soit l'unique bien à préserver parmi tous ceux que nous ont légués nos
ancêtres. C'est-à-dire que hors la langue, il n'y aurait aucun autre héritage
important à conserver au coeur de notre culture ou de notre patrimoine. Au point
que les traditions des autres, des immigrants qui entrent chez nous avec leur
propre culture, paraissent toutes plus importantes que les nôtres...
Un
exemple? Qu'arriverait-il si on ridiculisait les signes religieux, musulmans,
juifs, sikhs ou autres, de la façon dont on se moque des signes de la foi
catholique, disons par les "sacres", dans les spectacles ou sur les ondes de la
radio et de la télévision? Personne n'ose. Mais notre patrimoine à nous, il ne
vaut pas autant que celui des autres? Pourquoi s'en moquer? Pourquoi mérite-t-il
moins de respect?
Rappelons-nous le jour où des recrues de la
Gendarmerie royale ont imposé au gouvernement le port de leur turban en
remplacement du célèbre chapeau des "Mounties" pour des motifs religieux... Si
les catholiques avaient voulu porter leurs médailles ou leurs chapelets sur leur
uniforme? Si les chrétiens de toutes sortes avaient refusé de travailler le
dimanche parce qu'ils devaient aller à l'office? Devons-nous accepter les
traditions culturelles de toutes les communautés ethniques immigrantes et
toujours sacrifier les nôtres? N'oublions pas que dans plusieurs pays du
Moyen-Orient, la tradition permet que l'on lapide les adultères...
Pourquoi cette gêne devant notre héritage et cette soumission envers
celui des autres? Les deux ne mériteraient-ils pas le même respect? Pourquoi
faut-il limiter l'identité des Québécois de souche à la langue, toujours la
langue, seulement la langue? Pourquoi taire ce que nous avons reçu et ne
respecter que ce qui vient des autres?
Le sujet est délicat et très
émotif, c'est évident, autant pour la sensibilité nationaliste québécoise,
surtout politique, que pour celle des nouveaux Québécois. Soyons précis, il ne
s'agit pas de nier les droits des autres mais simplement de s'interroger sur les
nôtres. Les Québécois sont bien étranges quand il est question, entre autres, de
traditions religieuses: les leurs paraissent ridicules, celles des autres,
honorables.
II y a des choses, chez nous, qu'on semble n'avoir jamais le
droit de dire: la rectitude politique est toute-puissante. Celui qui ose
critiquer à haute voix ce que le peuple vénère et adore est montré du doigt,
moralement lapidé. Mais enfin, si on avait le même respect pour soi que pour les
autres, on serait peut-être mieux respecté des autres.
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