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«« Intégration et religion
Le kirpan et le temps métis
Pierre-Paul Roy Retraité
Le Devoir - vendredi 7 juin 2002
Lettres - Je suis entièrement en
accord avec Paule des Rivières qui, dans Le Devoir du 22 mai, exprime son
désaccord avec la décision de la Cour supérieure relativement au kirpan. Porter
cette arme dans un fourreau de bois, c'est, comme l'affirme l'avocat de la
défense Julius Grey, «un droit à un accommodement raisonnable en matière
religieuse». De même, le porte-parole de la famille du jeune élève sikh affirme
que «la cour a démontré que le kirpan fait partie intégrante de notre religion».
Cependant, comme l'écrit Mme des Rivières, «depuis juin 2000, les écoles n'ont
plus de statut religieux». Aussi, sur un autre plan, le port du kirpan n'est pas
un accommodement raisonnable, et c'est sur le plan du métissage de la société
québécoise.
Comme on peut le lire dans l'ouvrage de
François Laplantine et Alexis Nouss, Le Métissage (Flammarion 1997), «le
métissage est principalement urbain». Depuis plusieurs décennies, le Québec vit
un apport important de son immigration. Surtout dans la grande ville de
Montréal. La métropole connaît donc diverses formes de métissages, biologique,
bien sûr, mais aussi linguistique et culturel. Et le métissage n'est pas la
fusion, l'osmose ou la cohésion mais la confrontation et le dialogue.
Confrontation et dialogue, c'est dans ce contexte que se situe le phénomène du
port du kirpan dans nos écoles du Québec. Comme l'écrivent les auteurs, le temps
du métissage est le présent puisque, constamment renouvelé, il assure la
permanence des créations et des rencontres. C'est aussi en lui-même un temps
métis puisqu'il accueille la jonction du passé et du futur, tension qui le
constitue. Mais la décision de la cour est de l'antimétissage. Pourquoi ?
Parce que, dans l'antimétissange -- qui est la fascination de
l'homogène, de l'identique et de la plénitude ontologique --, on rejette, on
réprouve, on rompt. Mais que rejette-t-on, au juste ? On rejette ce qui est vécu
comme insupportable : pour celui qui veut porter l'objet religieux, le refus des
parents des écoliers qu'il porte le kirpan; on réprouve ce geste des parents; on
rompt avec leur tradition de bannir toute arme dans l'école. Encore une fois, on
rejette donc ce qui est insupportable : l'altérité, le doute sur sa propre
identité comme sur la réalité.
Et, toujours selon Laplantine et
Nouss, «quant au multiculturalisme (le political correctness nord-américain, la
revendication du droit des minorités et des "communautés ethniques", l'apologie
du pluralisme thérapeutique... ), il est [...] le contraire même du métissage.
Il se fonde sur la cohabitation et la coexistence de groupes séparés et
juxtaposés résolument tournés vers le passé, qu'il convient de protéger de la
rencontre avec les autres».
Le
métissage n'est donc pas un état ni une qualité. Il est de l'ordre de l'acte. Il
est l'événement qui survient dans une temporalité au sein de laquelle il n'est
plus possible de distinguer du passé, du présent ni du futur à l'état pur. Dans
le temps métis, qui est celui du Québec, chaque élément doit conserver son
identité, sa définition, en même temps qu'il s'ouvre à l'autre. De part de
d'autre, ni refoulement ni honte : la fierté du métissage tient dans ses
origines.
La pensée du métissage est une pensée de la médiation et
de la participation à au moins deux univers. C'est pourquoi les parents des
enfants et le ministre de la justice ont raison d'en appeler de la décision de
la Cour supérieure. Il faut en arriver à trouver une autre solution.
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