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«« INTÉGRATION ET RELIGION
Le kirpan, les titans et le jubilé
Antoine Robitaille
LeDevoir samedi 8 et dimanche 9 juin 2002
Belfast! Little Rock! Le Globe and Mail y allait d'audacieuses comparaisons samedi dernier pour désigner l'attitude des parents de l'école Sainte-Catherine-Lebouré, ą LaSalle, dans la controverse entourant le kirpan du petit sikh de 12 ans, Gurbaj Singh. Aprčs avoir évoqué les guerres d'Irlande et le racisme contre les Noirs aux États-Unis, le Globe qualifiait de «signal d'intolérance» la décision du gouvernement québécois de porter en appel le jugement de la Cour supérieure dans cette affaire.
Pour le Globe, le compromis proposé par la cour dans son jugement du 17 mai était «éminemment raisonnable» : permettre au jeune sikh d'apporter son kirpan ą l'école ą la condition que l'objet soit en tout temps enveloppé et caché sous ses vźtements. Le Globe se demande si le ministre de la Justice du Québec n'a pas oublié les articles nos 3, 10 et 40 de la Charte des droits de la personne du Québec, qui garantissent le droit ą la liberté de religion et le droit ą une instruction publique gratuite. Du reste, «personne n'a rapporté ne serait-ce qu'une seule agression au kirpan par un élčve oł que ce soit au Canada. Ą Surrey, en Colombie-Britannique, oł les sikhs forment une majorité dans plusieurs écoles, la commission scolaire ne s'est pas opposée au port du kirpan.» Au fond, pour le Globe, cette question ne mérite mźme pas d'źtre soulevée puisqu'elle a été réglée il y a longtemps, lorsque d'autres problčmes analogues ont été soulevés : «Les turbans dans la GRC, l'assurance que les minorités obtiennent une journée de congé lors de leur sabbat, des congés de maternité pour les femmes et les rampes d'accčs pour les personnes handicapées.» La question est réglée... «sauf au Québec», s'indigne le Globe, qui conclut en faisant remarquer que cette décision n'aidera en rien «un gouvernement qui tente encore de faire oublier son image de nationalisme fermé», image «nagučre créée par les propos acerbes de l'ancien premier ministre Parizeau sur "l'argent et le vote ethnique"».
Mardi, toujours dans le Globe, un ancien conseiller ą la Commission canadienne des droits de la personne, Amyn Sajoo, condamnait lui aussi la décision québécoise. Aller en appel, manifester contre le port du kirpan -- comme les «parents blancs» de LaSalle --, tout cela prouve un «manque de tolérance» et marque, en cette čre post-11 septembre, le triomphe des «préjugés sur les principes». Selon Sajoo, l'affaire du kirpan révčle aussi un problčme suscité par le principe mźme de la séparation de l'Église et de l'État. En forēant tous les citoyens ą cacher leur religion dans la sphčre privée, en poussant ainsi les źtres ą se «compartimenter», on risque d'aggraver, prétend Sajoo, le «malaise de la modernité», diagnostiqué notamment par Charles Taylor. Le «désenchantement» du monde a eu un prix élevé, écrit Sajoo, et aujourd'hui, c'est le «fondamentalisme séculier», une sorte de position radicalement antireligieuse, qui menace.
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