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Un déclin dangereux

Denis Dufresne
La Tribune Le jeudi 18 juillet 2002

Éditorial - Le vieillissement de la population, tant au Québec, au Canada, qu'ailleurs en Occident, n'est peut-être pas un drame en soi mais nécessitera plusieurs mesures pour garantir le renouvellement d'une main-d'oeuvre qualifiée, attirer et retenir les immigrants, et permettre la survie des régions ressources.

Mais les données dévoilées mercredi par Statistiques Canada, sur la base du recensement de 2001, qui démontrent notamment que le Québec vieillit plus rapidement que le reste du pays, faute d'enfants, soulèvent aussi des questions d'un tout autre ordre.

Qu'attendons-nous, en effet, pour nous doter d'une véritable politique familiale et de logement? Et, puisque la proportion de personnes âgées va en augmentant, quand cesserons-nous de traiter nos vieux comme s'ils n'avaient plus rien à apporter à la société?

Selon Statistiques Canada, non seulement le Québec a la population la plus vieille au Canada, avec un âge médian de 38,8 ans (contre 37,6 pour l'ensemble du pays), mais celle-ci vieillit plus rapidement que dans les autres provinces.

Ce phénomène, attribuable principalement à un taux de fécondité parmi les plus faibles au pays, voire en Occident, (autour de 1,4 enfant par femme) et à un déficit migratoire, pose aussi - inévitablement - la question du maintien du poids démographique des francophones, donc de leur influence politique, par rapport à l'ensemble canadien.

Mais il y a pire: depuis des années, des régions entières comme la Gaspésie, l'Abitibi, la Côte Nord et même la Mauricie, se vident de leurs jeunes, faute d'emplois, de sorte que la moyenne d'âge y grimpe très rapidement.

Cela dit, d'autres régions, comme Montréal, l'Outaouais et l'Estrie, tirent bien leur épingle du jeu grâce, principalement, à leur situation géographique stratégique, à un marché du travail dynamique, aux services qu'on y retrouve et, conséquemment, à leur capacité de retenir les jeunes.

Sherbrooke, en particulier, a vu sa population augmenter d'un peu plus de cinq pour cent depuis 10 ans, bien que certaines MRC, comme celle d'Asbestos, soient en décroissance, ou que d'autres, comme celles du Granit et du Haut-Saint-François, fassent pratiquement du surplace.

Pour le ministre fédéral de la Citoyenneté et de l'Immigration, Denis Coderre, qui était de passage à Sherbrooke il y a une dizaine de jours, le développement économique du Québec et du Canada passe dorénavant par une nouvelle stratégie pour attirer et retenir des immigrants jeunes et qualifiés, faute d'une croissance démographique suffisante.

Le gouvernement du Québec multiplie déjà les efforts pour attirer ici des immigrants francophones et qualifiés, notamment des Français, des Libanais et des Nord-Africains, moins susceptibles de quitter la province pour Toronto ou l'Ouest canadien, une façon de combler en partie les besoins en main-d'oeuvre et de tenter d'assurer la pérennité du fait français, surtout à Montréal.

Mais au-delà de ces considérations, le phénomène du vieillissement de la population doit nous inciter à repenser notre façon d'être comme collectivité: quelle place faisons-nous réellement aux familles avec enfants et quel rôle accordons-nous aux aînés?

Quand des propriétaires refusent de louer leurs logements à des familles avec de jeunes enfants, que des femmes doivent choisir entre maternité et carrière, que des travailleurs dans la cinquantaine se font dire qu'ils ne sont plus utiles, ou que des aînés sont parqués dans des maisons de retraite, il y a lieu de s'interroger sérieusement sur nos valeurs et, surtout, sur le genre de société que nous voulons.

Le Québec a peut-être, malheureusement, le taux de natalité qu'il mérite!

Au lieu de considérer comme un fardeau les familles à faible revenu incapables de se loger, comme on l'a vu à Montréal le 1er juillet, ou encore de mettre au rancart des gens d'expérience, sous prétexte qu'ils ne sont plus dans le coup, il faudrait au contraire leur ouvrir toute grande la porte!

Le vieillissement de la population, conséquence de la baisse de natalité, devrait inquiéter au plus haut point les gouvernements et les inciter à mettre en place des politiques pour mieux concilier travail et famille, soutenir les ménages à faible revenu, développer le logement social et aider davantage les régions ressources.

Et face à la rareté de la main-d'oeuvre qualifiée qui se profile, les entreprises auraient intérêt à repenser l'organisation du travail, offrir de la formation continue et à ne plus considérer leurs employés comme des éléments interchangeables.

La vieillesse est évidemment quelque chose de bien relatif, surtout dans une société où, si on se fie à un certain discours, on est jeune jusqu'à 35 ans et vieux à compter de 40, mais les données de Statistiques Canada appellent à rien de moins qu'à une nouvelle solidarité inter-générationnelle et à une économie davantage centrée sur la personne.