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Le Québec vieillit
Paule des Rivières
Le Devoir vendredi 19 juillet 2002
Éditorial -
Sans être surprenantes, les dernières données du recensement sur l'âge et le sexe des Canadiens confirment l'ampleur des transformations démographiques à l'oeuvre au pays. La population vieillit sans que les naissances ne viennent rééquilibrer la pyramide. De toutes les provinces, c'est le Québec qui vieillit le plus rapidement. Il va sans dire que les conséquences économiques et sociales de ce phénomène sont considérables et commandent des interventions gouvernementales plus musclées que ce qui a été fait au cours des dernières années.
Non seulement le Québec est vieux -- l'âge médian y est de 38,8 ans --, les jeunes de 0 à 19 ans (24 %) y sont moins nombreux que partout ailleurs au pays. Au cours de la dernière décennie, le nombre d'enfants d'âge préscolaire a diminué de 11 % au pays et de 16 % au Québec, où le taux de fécondité était déjà, il y a 20 ans, le plus bas de toutes les provinces canadiennes.
Ces changements ne sont pas propres au Canada. Outre Atlantique, l'Allemagne connaît un vieillissement de sa population encore plus marqué. L'Espagne, la France et le Royaume-Uni sont également engagés dans un processus et un questionnement similaires. Mais dans ces pays, il aura fallu 75 ans pour que le groupe des 65 ans et plus passe de 12 à 24 % de la population totale.
Le Québec, lui, n'a mis que 35 ans pour faire ce passage. Dans ce contexte, on comprend que les experts tentent d'attirer l'attention des gouvernements afin que ceux-ci se préparent aux conséquences du déferlement gris. On pense notamment aux besoins en main-d'oeuvre et aux coûts des soins de santé, deux domaines névralgiques où des changements importants sont à prévoir.
Cependant, plusieurs démographes et sociologues assurent que les dernières données du recensement ne sont aucunement une catastrophe. Un d'entre eux, François Nault, constate que les sociétés vieillissantes sont des sociétés où les conditions de vie se sont améliorées au point où il est possible de vivre plus vieux. Voilà, estime-t-il, un développement plutôt positif. D'autres font valoir que les sociétés vieillissantes, le Japon par exemple, où l'âge médian est de 41 ans, peuvent être parmi les plus innovatrices. Cela est vrai.
Ce qui est indéniable également, c'est que le poids politique des citoyens âgés ira croissant. Au Québec, les jeunes de 18 à 29 ans représentaient le tiers des électeurs (33,9 %) en 1976. Ils compteront pour moins d'un électeur sur six en 2005 (16,3 %). À l'opposé, les personnes âgées de 65 ans et plus verront leur poids électoral tripler sur la même période de 50 ans, passant de 11 % en 1976 à 28,5 % en 2025. Cette influence se fera d'autant plus sentir qu'une partie des baby-boomers sera relativement à l'aise financièrement. En outre, plusieurs posséderont une bonne connaissance des rouages des organismes décisionnels. Ils auront donc en main tous les atouts pour faire connaître leurs revendications.
Mais d'ici là, il faut agir. Ici, au Québec, le gouvernement et les entreprises sont-ils sensibilisés aux ajustements auxquels ils doivent faire face compte tenu du fait que d'ici la fin 2005, 338 000 personnes prendront leur retraite ? Dans la seule fonction publique, d'ici dix ans, plus de 40 % des effectifs seront partis pour cause de retraite, de démission ou de décès. Le gouvernement commence à peine à embaucher, et aucun haut fonctionnaire n'a aujourd'hui moins de 35 ans. Il faut éviter les mises à la retraite massives et assurer le transfert des connaissances aux plus jeunes.
Par ailleurs, selon les chiffres du gouvernement québécois, le coût des services de santé et des services sociaux devrait tripler au cours des 50 prochaines années pour atteindre 41 milliards, soit presque l'équivalent du budget total actuel du Québec. Le débat sur les coûts du système de soins de santé ne fait donc que commencer, et des interrogations douloureuses devront trouver réponse. Quels soins accorder aux personnes âgées, et à quel coût ? Enfin, il faudrait améliorer les services de soins à domicile, voie porteuse mais encore mal exploitée. Finalement, n'oublions pas le sort inacceptable trop souvent réservé aux personnes âgées en résidence, mal soignées, voire maltraitées. Il est temps d'y voir.
Le vieillissement de la population n'est pas nécessairement un drame si les indispensables ajustements qu'il entraînera sont planifiés. Mais il ne faudra pas oublier les jeunes même lorsqu'ils seront minoritaires : une société qui n'est pas poussée par ses jeunes risque l'immobilisme. Et une société qui ne se renouvelle pas doit s'interroger sur son avenir.
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