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Du travail à faire
Rosario Demers et Gilles Monrosty
Les auteurs sont respectivement président et directeur de l'Association pour l'éducation interculturelle du Québec (APEIQ).
La Presse - Le jeudi 1er août 2002
Forum - Les médias dans leur ensemble ont un impact considérable sur l'évolution du pluralisme culturel dans la société québécoise. Conscients de l'ouverture qui s'est opérée au sein de celle-ci dans les 20 dernières années, ils ne manquent guère l'occasion de la souligner avec parfois même une certaine délicatesse qui, par le passé, leur faisait défaut.
Le nombre impressionnant de journaux et de revues en langues étrangères disponibles dans la région métropolitaine, de même que l'accessibilité à une information internationale toujours plus diversifiée grâce aux NTIC témoignent aussi en faveur d'une reconnaissance explicite du caractère pluriel du Québec contemporain.
Mais le pluralisme culturel dont les enjeux concernent en priorité la représentation, la participation et l'intégration va bien au delà de la simple reconnaissance. À cet égard, il semble bien que la sensibilité au dialogue interculturel ne soit pas un point fort de nos médias et qu'en définitive, s'ils reflètent assez bien la forme multiculturelle de la diversité, ils en négligent totalement sa dimension interculturelle. C'est du moins ce qu'ont constaté des spécialistes de la question les 12 et 13 juin derniers, lors d'un colloque organisé par l'Association pour l'éducation interculturelle du Québec (APEIQ) sur le thème des médias et de la diversité culturelle. Que peut-on dégager de cette rencontre? (...)
L'information internationale
En ce qui a trait à la valeur et aux limites de l'information internationale en regard des enjeux de l'interculturalité dans la société québécoise, les paradoxes ne manquent pas. On dit par exemple que plusieurs nouveaux citoyens canadiens préfèrent acheter des journaux étrangers pour être mieux au fait des événements internationaux. Ils trouvent que la presse locale est plutôt avare d'analyses pertinentes, que les explications sont souvent incomplètes et que l'utilisation généralisée des dépêches des agences internationales présente un éclairage trop uniforme sur ce qui se passe ailleurs.
De nouveaux acteurs du monde médiatique obligent les médias classiques à repenser leurs pratiques. Il y a les médias alternatifs qui ne considèrent pas leur public comme de simples consommateurs de nouvelles, mais comme des acteurs à la recherche d'explications approfondies et qui sont donc plus exigeants. Il y a aussi la presse des autres pays, dont celle du Sud, devenue accessible par Internet, notamment, et qui ajoute aux médias d'ici une lecture culturelle différente de l'actualité internationale, reflétant mieux les perceptions et les attentes des communautés issues de l'immigration récente.
Le traitement de l'information internationale a parfois pour effet de surexposer certains traits d'une communauté, d'introduire des biais et de contribuer ainsi au développement de stéréotypes négatifs. Dans la façon dont les médias ont traité les événements du 11 septembre, la communauté arabo-musulmane s'est sentie stigmatisée, dit-on, et les rapports avec les autres communautés se seraient détériorés. (...)
Conséquemment, on estime qu'il conviendrait de puiser à même la composition pluriculturelle de notre société les ressources diversifiées capables d'apporter différents points de vue sur les événements qui occupent l'actualité internationale. C'est en effet une chance extraordinaire de trouver dans la diversité culturelle de notre milieu, en deçà des voix habituellement autorisées, une variété de lectures et d'interprétations qui ne pourraient qu'enrichir les débats et favoriser une compréhension des enjeux internationaux. (...)
L'altérité médiatique
La multiplication des médias dits ethniques est un reflet de la diversité culturelle dans la société québécoise. Leur floraison est aussi un indicateur des limites, voire des déficiences des médias classiques.
La configuration de ces médias, le type de rapports qu'ils ont entre eux et avec les grands médias, leur incidence sur l'évolution du pluralisme culturel sont plutôt mal connus. Certains d'entre eux, des médias écrits autant que des médias électroniques, entendent refléter la diversité culturelle de leurs publics, une diversité qui, selon eux, est occultée par les grands médias. Ils traitent de sujets qui intéressent les groupes et qui prennent en compte leurs particularités; ils abordent aussi des questions qui touchent l'ensemble de la société. En ce sens, ils peuvent prétendre faire oeuvre d'éducation à l'interculturalité et contribuer efficacement au dialogue des cultures. Mais en général, les médias ethniques ont des contenus propres à leur groupe et traitent peu des enjeux qui concernent l'ensemble de la société québécoise, d'où le danger de cloisonnement culturel et de formation de distorsions dans les perceptions que les lecteurs ou les auditeurs ont des autres membres de la société québécoise. (...)
Dans les grands médias, on a tendance à s'attarder au fait divers, on reste à la surface des choses et l'on s'adresse surtout à la majorité. N'y trouvant pas leur compte, les communautés créent leurs propres médias. Ceux-ci sont-ils pour autant des relais efficaces du mainstream médiatique? Cela reste à prouver.
Le traitement de la diversité culturelle dans les réalisations médiatiques?
En matière d'intégration de la pluralité culturelle, les médias classiques seraient en retard par rapport à l'évolution sociale. On est passé d'une société fermée à une société plus ouverte. Mais les médias ne reflètent pas, fondamentalement, ce passage. On a bien sûr un langage politiquement correct à propos de la diversité culturelle. Dans les faits, cependant, les communautés issues de l'immigration sont peu présentes à la télévision ou dans les autres organes médiatiques, autant pour ce qui touche la représentation que pour le contenu des programmes.
Il y a bien, semble-t-il, une place plus grande accordée à la diversité culturelle dans le monde de la publicité médiatique. Mais c'est une publicité anonyme qui s'adresse à la planète entière et qui ne tire pas assez des racines culturelles des diverses communautés. Comme disait un expert, «ça nous mélange, mais ça ne nous rapproche pas».
Selon un autre point de vue, c'est le poids du nombre qui fait la différence. Quand une communauté est assez nombreuse pour affirmer son originalité, elle représente alors une force et un intérêt dans le champ médiatique. Sinon elle est ignorée et l'on ne change pas nos façons uniformisantes de dire les choses.
Seule la culture dominante fait le poids. C'est en bonne partie vrai à Montréal. Ce l'est encore davantage à Toronto, dans une ville pourtant encore plus représentative de la diversité culturelle.
En conclusion, il apparaît aux yeux des observateurs que la sensibilité au dialogue interculturel n'est pas un point fort de nos médias. (...) L'institution médiatique a un poids social, culturel, politique, économique considérable. C'est bien connu. Le cas de leur rapport à la diversité culturelle s'inscrit dans une problématique plus large qui est la construction d'une identité nationale assurant la sécurité culturelle des membres des divers groupes, favorisant la cohésion sociale et permettant l'épanouissement des capacités créatrices de toutes et de tous. (...)
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