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«« La «Paix des braves»
Approche commune: le bulldozer Parizeau
Carol Néron
Le Quotidien Le vendredi 30 août 2002
Éditorial - Lorsque, il y a deux semaines, Jacques Parizeau a rabroué publiquement le député bloquiste démissionnaire Ghislain Lebel, parce que ce dernier avait laissé entendre dans les médias que l'ancien Premier ministre l'appuyait dans sa contestation du dossier de l'Approche commune, tout le monde a cru que l'affaire était classée.
Bernard Landry, qui avait tout à perdre d'une autre sortie tonitruante du «pape de la souveraineté» a sans doute poussé à ce moment-là un (discret) soupir de soulagement. Peut-être un peu trop vite... Car, c'était encore une fois mal connaître Jacques Parizeau de croire qu'il resterait bien sagement assis dans son coin en attendant que quelqu'un d'autre prenne la relève de Ghislain Lebel dans un dossier touchant d'aussi près l'intégrité territoriale du Québec.
En publiant mardi la position musclée de l'ex-chef souverainiste sur l'Approche commune, La Presse a mis le feu aux poudres. Deux jours après l'explosion, le sol tremble encore! Le dossier autochtone vient ainsi de se transformer en un véritable contentieux. Ce changement implique une refonte complète des stratégies mises de l'avant jusqu'à présent par les fonctionnaires chargés de défendre le dossier face à l'opinion publique. Une commission parlementaire se penchera d'ailleurs très bientôt sur la question.
En mettant son gros grain de sable dans l'engrenage, Jacques Parizeau force la tenue d'un débat national. Les communautés blanches de la Côte-Nord et du Saguenay—Lac-Saint-Jean, qui ont décidé il y a à peine deux mois d'alerter le Québec sur les véritables enjeux relatifs à ce projet de traité, ne s'attendaient certainement pas à ce que leur intervention fasse aussi rapidement la manchette.
Le président de la Fondation Équité territoriale, Réjean Simard, jubilait littéralement, mercredi, en prenant connaissance de la position de Jacques Parizeau étalée sur deux pleines pages dans La Presse. L'ancien maire de La Baie, qui rencontrait d'ailleurs dans l'après-midi la députée bloquiste Pierrette Venne — elle aussi se réjouit de l'ampleur prise par le débat — n'espérait certainement pas pouvoir compter sur un allié aussi puissant que Jacques Parizeau, quand il a décidé d'être le porte-parole des communautés blanches opposées à l'Approche commune dans sa forme actuelle.
Les négociations territoriales avec les autochtones figurent d'ores et déjà en bonne place dans l'agenda politique de la rentrée automnale. La dénonciation de Jacques Parizeau et les vives réactions auxquelles son initiative donnent lieu, notamment de la part de Louis Bernard, le haut-fonctionnaire en charge du dossier pour le gouvernement Landry, font économiser un temps précieux aux diverses organisations voulant forcer Québec et Ottawa à informer davantage les citoyens.
Cela dit, bien qu'ils aient le vent dans les voiles, les groupes de pression oeuvrant dans le but d'obliger les parties impliquées dans ce dossier à plus de transparence doivent s'empresser de corriger la fausse impression en train de se dégager chez plusieurs leaders d'opinion, en particulier montréalais, voulant que l'action des Blancs ait pour unique but de brimer une fois de plus les autochtones dans leurs droits. Ce constat s'adresse en priorité à la Fondation pour l'équité territoriale.
Tous, aussi bien au Saguenay—Lac-Saint-Jean que sur la Côte-Nord, savent fort bien, en effet, qu'il est seulement question pour le moment d'obtenir des éclaircissements sur le contenu du projet de traité. Ensuite viendra la négociation proprement dite. Le tout dans le respect le plus strict des droits de chacune des parties concernées.
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