«« Intégration et religion
«« Accès à l'école anglaise

Beau gâchis!

Michèle Ouimet
La Presse Le vendredi 13 septembre 2002


Toute la saga entourant le jeune sikh qui a été obligé de se battre en cour pour obtenir le droit de porter son kirpan à l'école peut se résumer en deux mots: un beau gâchis.

L'année dernière, Gurbaj Singh Multani fréquentait une école publique française. En juillet, après une bataille épique devant les tribunaux, ses parents ont choisi de l'inscrire dans une école privée anglaise non subventionnée pour avoir la paix, la sainte paix. Gurbaj peut donc porter son kirpan en toute tranquillité sans avoir à se battre contre la commission scolaire Marguerite-Bourgeoys et le gouvernement du Québec qui n'ont pas hésité à se lancer dans un combat d'arrière-garde pour lui contester ce droit.

En mai, Gurbaj a obtenu gain de cause devant la Cour supérieure, mais Québec conteste cette décision au nom du principe de la tolérance zéro face à la violence. Pourtant, le petit poignard de Gurbaj doit être dissimulé dans un fourreau en bois qui est lui-même emmitouflé dans un tissu solide, le tout soigneusement caché sous les vêtements. Il n'y a donc aucune chance que le kirpan tombe par mégarde. L'argument de la tolérance zéro est cousu de fil blanc.

De plus, aucun incident violent impliquant un kirpan n'a été signalé en 100 ans et chaque fois que les tribunaux se sont penchés sur cette question, ils ont donné raison aux sikhs.

En s'obstinant à nier l'évidence, Québec gaspille non seulement l'argent des contribuables dans une vaine bataille judiciaire, mais il jette aussi dans les bras de la communauté anglophone un jeune immigrant qui était prêt à s'intégrer à la société francophone. Les parents de Gurbaj avaient décidé d'envoyer leur enfant à l'école française car au Québec, s'étaient-ils dit, c'est en français que ça se passe.

Mais après le douloureux épisode du kirpan, les parents ont opté pour un établissement privé anglais. Double défaite donc pour le gouvernement qui s'est pourtant fixé deux objectifs: défendre l'école publique et assurer l'intégration des immigrants aux francophones. Un beau gâchis, quoi.

Voyons voir

Voyons voir ce que Ouimet de La Presse a omis de dire aux lecteurs.

1) Elle n'a jamais expliqué ce qu'est une secte hindoue qui se nomme les Sikh, originaire du Pendjab et pourquoi ils portent des turbans, des barbes et des poignards à l'école, dans les autobus, le métro, au centre d'achat, dans la rue, etc.

2) La langue parlée à la maison des Multani est le hindi.

3) Le père comprend l'anglo-américain mais pas le français, même après 30 ans de vie au Québec, les journalistes devaient lui poser les questions en anglo-américain. Ça c'est le Québec-Français, faire apprendre l'AA aux journalistes francophones pour parler aux immigrants.

4) Le frère du petit Gurbaj étudiait déjà à l'école privée anglo-américaine où il a été inscrit.

5) Le petit Gurbaj a été inscrit à cette école anglo-américaine pour le 1er septembre parce que la loi 104 entre en vigueur le 1er octobre. Avant la 104, si un enfant qui n'a pas droit à l'enseignement AA fait un an dans une école privée AA, il pourra par la suite être admis dans les écoles publiques AA de la EMSB (English Montreal School Board), à vos frais. Après la 104, donc le 1er octobre 2002, soit après 25 ans de Charte de la langue française, ce trou dans la loi 101 a été bouché.

Trou qui a permis à plus de 26,000 enfants francophones et immigrants de recevoir une éducation en anglo-américain à vos frais et s'intégrer à la minorité anglo-saxonne pour bénéficier des droits historiques que des politiciens francophones leur ont concédés de peur.

Pas surprenant que les lecteurs bombardent la Ouimet de courriels acerbes à chacun de ses textes. Ils sont en train de refaire son éducation professionnelle. Relisez son article du 13 septembre, comparez avec ce qu'elle a omis de dire ci-haut et trouvez pourquoi elle dit à ses lecteurs que le gouvernement du PQ est à blâmer.

Autrement dit, trouvez comment les journalistes de cette secte, éduqués à l'américaine, imbécilisent les lecteurs par omission.

Carlo Moretti, AGQ#31700, 23.9.2002