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«« La «Paix des braves»
Approche commune: l'urgence de mettre fin au malentendu
Carol Néron
Le Quotidien Le lundi 16 septembre 2002
Éditorial - Selon le chef de Mashteuiatsh, Clifford Moar, le climat profondément émotif caractérisant depuis quelques mois le débat sur l'Approche commune, tant sur la Côte-Nord qu'au Saguenay et au Lac-Saint-Jean, prend son origine dans un vaste malentendu.
De passage vendredi à la Maison de la presse en compagnie de Me François Tremblay et du négociateur Rémi Kurtness, le leader autochtone a tenté de corriger, selon sa propre expression, certaines faussetés qui sont en train, dans son esprit et celui de ses deux compagnons, de compromettre sérieusement les excellentes relations qui, depuis plus d'un siècle, unissent la communauté blanche de la région à celle des Autochtones.
Le Quotidien rapportait, dans son édition de samedi, l'essentiel des propos tenus à cette occasion par le trio devant les membres de l'équipe éditoriale du Quotidien et le journaliste Denis Bouchard. Cette rencontre, empreinte elle aussi d'émotion à certains moments, a duré près de 90 minutes. Elle a été organisée à la demande des leaders de Mashteuiatsh.
Il en faudra certes davantage pour calmer les esprits qui, du côté des Blancs, ont fortement tendance à s'échauffer à mesure que se multiplient les interventions extérieures dénonçant l'Approche commune. Celle de l'ancien premier ministre Jacques Parizeau, récemment dans La Presse, a eu l'effet d'un véritable coup de massue sur les Autochtones.
Stratégie dénoncée
Le fait est, toutefois, que l'argumentation développée vendredi à la Maison de la presse par les porte-parole autochtones mérite d'être entendue. D'entrée de jeu, ces derniers n'ont pas manqué de préciser que, dès le début de la négociation sur le projet d'Approche commune, ils ont manifesté leur désaccord face à la stratégie de communication et d'information mise en place par les gouvernements fédéral et provincial pour sensibiliser la communauté blanche à ce qui se préparait.
Il faut maintenant réparer les pots cassés, ce qui ne sera pas une mince affaire étant donné que les opposants, en campant chacun fermement sur leurs positions respectives, sont persuadés de leur bonne foi.
Dans le contexte de confrontation actuelle, les Autochtones mettent un certain espoir dans la Commission parlementaire convoquée au début de l'été par Québec et qui doit bientôt commencer ses travaux. Ces audiences, estime Rémi Kurtness, devraient permettre de faire le point sur plusieurs éléments de l'Approche globale qui irritent les leaders de la communauté blanche (ceux-ci, pour exprimer leurs doléances, s'en remettent à la Fondation pour l'équité territoriale. Le groupe de pression est présidé par l'ancien maire de La Baie, Réjean Simard).
Informer pour rassurer
D'ici à ce que l'action se déplace du côté de la Vieille capitale, les Autochtones n'ont pas l'intention de rester les bras croisés. Ils prendront le bâton du pèlerin afin d'informer eux-mêmes les décideurs et les leaders d'opinion de la communauté blanche du contenu de l'entente de principe.
Un sérieux coup de barre s'impose, en effet. Car, sans vouloir utiliser un jeu de mots inapproprié dans le fragile contexte actuel, on peut tout de même affirmer que l'inquiétude grandit des deux côtés de la barricade. L'ombre d'Oka est présente dans tous les esprits…
La situation qui perdure depuis le printemps dernier est susceptible de donner lieu à de multiples dérapages. Lorsque le chancre du racisme s'immisce de façon insidieuse dans un débat d'une telle importance, il est grand temps de songer à prendre un temps d'arrêt, de respirer à fond et surtout d'y penser à deux fois avant de mettre en pratique des stratégies, dont l'application pourrait se révéler catastrophique pour tout le monde.
L'inquiétude de la communauté blanche, relativement aux conséquences éventuellement négatives sur sa qualité de vie de la ratification, par Ottawa et Québec, de l'entente de principe connue sous le nom d'Approche commune, est légitime et justifiée. On peut en dire autant des Autochtones qui, après avoir été à un doigt de signer un traité historique, se voient dans l'obligation de retourner sur le terrain pour expliquer à leurs compatriotes qu'«ils ne doivent pas avoir peur d'avoir peur».
Le moment ne peut être mieux choisi pour reprendre le dialogue interrompu sur un malentendu…
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