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«« RACISME - Le mythe du Québec fasciste
La dernière découverte de l'historienne
Esther Delisle va donner des ulcères à ses confrères:
pendant la crise de la conscription de 1942, les services secrets américains
et canadiens étaient convaincus que des leaders nationalistes québécois
bien en vue, dont l'abbé Lionel Groulx, complotaient dans une organisation
clandestine pro-nazie baptisée «Garde de Fer»! Esther Delisle, dont la thèse de doctorat sur l'antisémitisme
des nationalistes canadiens-français des années 30 est la
plus controversée de l'histoire de l'Université Laval (L'actualité,
15 juin 91), s'apprête à publier un nouveau livre sur
le Québec de la Deuxième Guerre mondiale (et de l'après-guerre).
Elle y exhume un sulfureux rapport confidentiel adressé au Secrétariat
d'État américain par le consul des États-Unis à
Québec, Rollin R. Winslow. Ce rapport, qui s'inspire d'une enquête
de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), porte sur deux jeunes activistes,
Raymond Chouinard et Laurent Tardif. Le premier avait été
arrêté pour avoir distribué des tracts pro-allemands
lors d'un meeting anticonscription à Limoilou - le Canada est alors
déjà en guerre contre l'Allemagne. Le second, étudiant
à l'Université Laval, est un présumé complice.
Des notes et un journal trouvés chez Tardif permettent de croire
qu'il mène des activités politiques «très subversives»,
voire qu'il se livre à l'espionnage, et qu'il se rapporte à
un groupe de dirigeants nationalistes: le consul donne une liste de 14 noms,
qui constituent un véritable «Who's Who des nationalistes
québécois des années 30», note Esther Delisle. Le «scoop» est tellement gros - la plupart des personnes
nommées sont des notables modérés - qu'on se demande
qui intoxique qui! La GRC essayait-elle de discréditer les nationalistes
canadiens-français aux yeux des services secrets alliés? Pourquoi
n'y eut-il jamais d'arrestations pour ces activités séditieuses? Liste noire ou canular ? Voici la liste exacte (avec les erreurs...)
des leaders présumés «Abbé Lionel
Groulx, de Québec Esther Delisle a déniché ce rapport dans les archives du Département d'État, à Washington. Par hasard, assure-t-elle. Mais «grâce à l'archiviste John E. Taylor, grand manitou des archives de la CIA et de l'OSS [Office of Strategic Services, ancêtre de la CIA]», alors qu'elle se documentait sur la présence au Québec de collaborateurs nazis. «J'ai baptisé "loi Delisle", dit-elle à la blague, ce phénomène qui veut qu'en cherchant dans des archives, on ne trouve jamais ce qu'on pensait trouver mais souvent des choses encore plus intéressantes!» Mais celle par qui le scandale historique arrive a eu jusqu'ici beaucoup de mal à rallier les historiens à ses analyses. Esther Delisle ne se gêne pas pour associer le nationalisme canadien-français des années 30 et 40 au nazisme, et elle décrit le mouvement contre la conscription (l'enrôlement obligatoire) comme «un écran de fumée du "national-socialisme"». Dans la jeune quarantaine, elle est une nouvelle venue dans le champ de la recherche historique et, ce qui n'est pas pour l'aider, elle a reçu une formation non pas en histoire, mais en science politique, notamment auprès de chercheurs israéliens spécialisés en analyse du discours antisémite et nazi. Sans travail, elle vit dans un appartement plus que modeste du quartier Côte-des-Neiges, à Montréal - «Les Juifs ne paient pas bien!» laisse-t-elle tomber, sarcastique. C'est une «malcommode» qui, en entrevue, oscille constamment entre un humour décapant et des sautes d'humeur: la voix tremblante, elle lève les yeux au ciel ou se réfugie dans un silence obstiné dès qu'elle se bute au scepticisme. Depuis la parution du livre résumant sa thèse, Le Traître et le Juif (L'Étincelle), elle a multiplié les entrevues et prononcé des conférences dans des synagogues de Montréal (à l'invitation de l'aile politique de l'association B'nai Brith du Canada), à l'Université McGill et aux soupers de Cité libre. «On cherche de plus en plus à se servir de l'histoire à des fins politiques», s'inquiète l'historien René Durocher, de l'Université de Montréal. «Alors que le premier devoir de l'historien est de comprendre...» «L'affaire Roux» (L'actualité, 15 nov. 96) a ranimé, un peu partout au Canada, le stéréotype du Québec fasciste. Jean-Louis Roux lui-même a apporté de l'eau au moulin en déclarant que le fait d'avoir barbouillé sa manche d'une croix gammée témoignait de «la mentalité d'une grande partie de la jeunesse québécoise de l'époque». Le sénateur Jacques Hébert a soutenu que la jeunesse de son temps n'avait, pour s'informer, que Le Devoir, fortement antisémite. D'un océan à l'autre, les journaux ont évoqué le passé trouble du Québec du temps de la crise et de la guerre. Le B'nai Brith a profité de l'occasion pour réclamer qu'on change le nom de la station de métro Lionel-Groulx. Lors d'une entrevue au Point, à Radio-Canada, Esther Delisle a même accusé l'ex-chef anticonscription André Laurendeau (qui deviendra directeur du Devoir), pourtant considéré comme un des modérés de sa génération, d'avoir été un crypto-nazi! Jean-François Nadeau, qui prépare un doctorat en histoire à l'Université du Québec à Montréal et se spécialise dans les années 1930 à 1945, dénonce l'«esprit de procès» qui pourrit le débat historique. «On ne veut pas comprendre, dit-il, on veut juger.» Le sociologue Gary Caldwell va plus loin: «Ces attaques débridées traduisent une volonté de montrer que le Québec est une société malsaine.» Mais il n'y a pas de fumée sans feu: pendant la crise, les principaux ténors du nationalisme canadien-français étaient bel et bien fascinés par les nouvelles dictatures d'Europe. Cette époque fut marquée par un désarroi profond. En Amérique du Nord comme en Europe, la crise économique était dévastatrice. En 1932, le chômage dépasse le cap des 30% au Québec. Et les salaires sont en chute libre: dans l'industrie manufacturière canadienne, le salaire annuel moyen passe de 1042 dollars en 1929 à 777 dollars en 1933... Qu'on soit fasciste, communiste ou démocrate, parler de la «faillite du libéralisme» ou de celle du capitalisme tient presque du lieu commun. Car le système capitaliste libéral s'est effectivement effondré lors du krach de 1929. On cherche de nouvelles voies. Et des boucs émissaires... Le Devoir de l'époque a été analysé sous toutes ses coutures et personne ne cherche plus à nier son antisémitisme parfois virulent. Il en va de même du mensuel L'Action nationale, dont l'abbé Lionel Groulx est alors l'animateur intellectuel. Quand à Jeune-Canada, mouvement étudiant formé essentiellement de disciples de Groulx, il distille à l'endroit des Juifs une rhétorique inquiétante: «Il est impossible de piler, en Allemagne, sur la queue de cette chienne de juiverie, sans qu'on entende japper au Canada», ira-t-on jusqu'à entendre dans une de ses assemblées - une citation rapportée plus tard avec regret par André Laurendeau (qui fut un des chefs de file du mouvement) et répétée ad nauseam ces derniers temps. Cela fait-il du Québec de ce temps une société fasciste? «À l'origine, le fascisme est une idéologie assez précise, dit Jean-François Nadeau. Mais les communistes en ont par la suite généralisé le sens en l'appliquant à tous leurs ennemis de droite.» Le fascisme est d'abord un mouvement politique italien qui a porté au pouvoir le dictateur Benito Mussolini, dit le Duce, en 1922. Encore aujourd'hui, à Montréal, sur un des murs de l'église Notre-Dame-de-la-Défense, dans la Petite Italie, on peut voir une murale dédiée à Mussolini, réalisée en 1933 par le peintre Guido Nincheri. «Au début des années 30, dit Nadeau, le fascisme ne faisait pas de vagues à Montréal en dehors de la communauté italienne.» Le gouvernement de Mussolini a tout de même assez bonne presse au Canada français à partir de 1929, année de la signature des accords du Latran, qui consacrent les droits de l'État du Vatican. On cite souvent l'Italie en exemple: le régime du Duce a réalisé de grands travaux, dit-on (comme l'assèchement des marais Pontins), et les trains sont à l'heure! Le régime corporatiste d'António de Oliveira Salazar, au Portugal, suscite aussi de l'intérêt au Québec, car il prétend représenter l'«ordre social chrétien» proposé par l'Église catholique. Pendant la guerre civile espagnole de 1936-1939, l'appui au fascisme va s'accroître au Québec, non pas tant à cause de convictions idéologiques que pour des motifs de solidarité avec les catholiques en guerre contre le communisme. «Tous les catholiques du monde se rallient alors derrière Franco», dit Jean-François Nadeau. À l'église, les Canadiens français prient donc pour le succès des nationalistes et pour la défaite des républicains. Claude Ryan, que nous avons consulté autant pour sa rigueur que pour ses souvenirs, se rappelle, comme bien d'autres, de ces allusions plutôt favorables aux régimes fascistes d'Europe: «On nous les citait parfois comme modèles. Mais c'étaient des passing remarks. Jamais on ne nous les présentait de façon détaillée ou doctrinale. En fait, on ne savait presque rien de ces régimes.» André Laurendeau, qui séjourne en France en 1936, va vite déchanter à l'égard du fascisme italien. «Sa réussite s'appuie pour une grande part sur l'exaltation de la volonté de puissance et sur l'écrasement des libertés humaines», dit-il. «Pourquoi se faire les disciples de Mussolini quand il serait si simple de se mettre à une école qui ne diminue personne: l'école de l'Église», répond Lionel Groulx. Avant l'entrevue, Claude Ryan avait noté, dans un petit calepin noir, les lectures et les influences intellectuelles du temps de ses études à l'Externat classique de Sainte-Croix, dans l'est de Montréal, de 1937 à 1944. L'énumération durera de longues minutes. Elle passe par Démosthène, Hérodote, Cicéron et Tite-Live («les plus grands auteurs», commente M. Ryan), les classiques français, de Villon à de Musset en passant par Molière, Lamartine, Corneille et Racine... «C'était ça, dit-il, notre menu!» «En outre, chacun faisait ses propres lectures: Le Devoir, La Presse, Le Canada, Le Jour, Le Clairon, Le Canada français. Les périodiques aussi étaient nombreux: L'Action nationale, L'Amérique française, les Carnets viatoriens, la Revue dominicaine... et j'en passe.» Pourquoi cette abondante liste? «Je veux vous montrer que le climat intellectuel de la jeunesse de l'époque n'était pas celui qu'on a dépeint à l'occasion de l'affaire Roux, alors qu'on a laissé entendre que les seules nourritures intellectuelles venaient du Devoir et de L'Action nationale. Dans ma classe, un étudiant vendait des abonnements à L'Action nationale, mais il n'en vendait pas plus de deux dans une classe de 25.» L'historien Jacques Rouillard, de l'Université de Montréal, croit aussi qu'on a tendance à exagérer l'influence du Devoir et à ne pas voir le pluralisme qui existait alors dans la société québécoise. De 1930 à 1940, dit-il, le tirage quotidien du Devoir était de 17 000 exemplaires; Le Canada, un journal libéral mais aussi d'opinion qui dénonçait constamment l'antisémitisme, avait un tirage comparable: 15 000 exemplaires. «C'est sans compter la presse à grand tirage: La Presse vendait 177 000 exemplaires par jour et Le Soleil, 75 000!» Selon Jacques Langlais, fondateur de l'Institut interculturel de Montréal et artisan du dialogue entre juifs et chrétiens au Québec, l'extrême droite de l'époque n'était qu'«un mouvement de l'intelligentsia, concentré à Montréal»: «J'ai étudié au Collège Saint-Laurent - Ville Saint-Laurent était alors encore la campagne - de 1932 à 1940. Jamais je n'ai entendu une seule remarque antisémite!» Dans les collèges classiques, le courant nationaliste de droite était en bonne partie circonscrit au Collège Sainte-Marie, établissement du centre-ville de Montréal dirigé par les Jésuites, fréquenté notamment par Jacques Hébert et Jean-Louis Roux. «Sainte-Marie était le hotbed des nationalistes!» se souvient Claude Ryan en rigolant. Il n'y eut au Québec qu'un seul mouvement carrément fasciste, celui du Parti national social-chrétien (PNSC), fondé par Joseph Ménard et Adrien Arcand. Mais il ne frayait pas avec les cercles nationalistes: Arcand était royaliste! S'il admirait l'Allemagne nazie jusqu'au début de la guerre, c'est parce qu'il rêvait d'instaurer un régime du même type dans tout l'Empire britannique. Et, de ce fait, il se rapprochait du mouvement nazi de l'Anglais Oswald Mosley. À ses débuts, le PNSC arborait la croix gammée. Il changea d'emblème en 1938, lorsqu'il fusionna avec d'autres groupes nazis canadiens pour former le Parti de l'unité nationale: les «chemises bleues» porteront plutôt... le flambeau et le castor canadien! Adrien Arcand était un illuminé qui pouvait réciter en grec les quatre évangiles, des chapitres entiers de l'Iliade d'Homère et nombre de pièces classiques, en français ou en anglais. L'influence de son parti demeure difficile à évaluer. Ses dirigeants ont prétendu qu'il regroupait 84 000 membres, chiffre repris à l'époque dans la presse américaine. La réalité est certainement très au-dessous... La GRC, qui avait saisi les listes de ses membres en 1940, concluait qu'il en comptait 7083 au Canada, dont 5942 dans la région de Montréal et 982 dans le reste du Québec (ce qui n'en laisse que 159 hors Québec). Même ces chiffres sont contestés par Jean-François Nadeau, pour qui le parti «ne dépasse pas 1000 membres en 1938». «Groulx et ses disciples, dont Pierre Dansereau [qui deviendra l'écologiste bien connu] et André Laurendeau [qui deviendra journaliste], considèrent d'ailleurs le mouvement d'Arcand comme vulgaire», dit Jean-François Nadeau. Et l'Église, loin d'avoir des affinités avec Arcand, interdit qu'on lui loue des salles paroissiales pour tenir ses assemblées! Une fois faites toutes ces nuances, que reste-t-il du Québec fasciste? On peut comparer la droite des années 30 à la gauche des années 60 et 70. À l'extrême de ces mouvements se trouvent les marginaux (le parti d'Adrien Arcand, les groupes marxistes-léninistes), qui ne sont guère nombreux, chacun à leur époque, mais dont les idées sont largement diffusées et influencent l'opinion. Qui a oublié les manifestes marxisants publiés par les trois grandes centrales syndicales dans les années 70? Quand on propose cette analogie aux historiens, elle rallie aussi bien René Durocher qu'Esther Delisle! «Même si les idées fascistes étaient largement diffusées, dit René Durocher, jamais elles n'ont menacé les institutions démocratiques du Québec. Le courant libéral a été plus fort, c'est indubitable.» Mais le fascisme et l'antisémitisme ont fini par exercer une influence sur l'opinion publique et sur les décisions politiques du temps, notamment en ce qui a trait au refus de laisser les réfugiés juifs d'Europe entrer au Canada... À propos des politiciens canadiens-français qui s'indignent de la persécution des Juifs en Allemagne, Lionel Groulx écrit, en 1933: «Faire marcher nos grands hommes de la politique en faveur des Juifs persécutés, fut-ce à 4000 milles du Canada, est une chose, et [...] faire se remuer les mêmes hommes en faveur de minorités catholiques et même de minorités de leur sang strangulées à leur porte est une autre chose.» Quelques années plus tard, en 1938, alors que l'armée allemande pénètre en Autriche et que le monde, pour les Juifs, se divise en deux - «les pays où ils ne peuvent entrer et ceux où ils ne peuvent vivre», selon la formule consacrée -, la pression populaire s'accentue pour empêcher les réfugiés d'entrer au Canada: une pétition de personnes s'opposant «à toute immigration et spécialement à l'immigration juive» est remise au gouvernement canadien par la Société Saint-Jean-Baptiste. Elle compte... 128 000 signatures! C'est l'historien Irving Abella, de l'Université York, près de Toronto, ex-président du Congrès juif canadien, qui rapporte ce fait dans None Is Too Many (cosigné par Harold Troper, Lester Publishing), un ouvrage sur la politique canadienne concernant les réfugiés juifs de l'Holocauste. Dans le tumulte de l'affaire Roux, Irving Abella a cru nécessaire d'écrire au Globe and Mail pour mettre le Canada anglais en garde... «Sans l'ombre d'un doute, les Québécois doivent reconnaître leur passé antisémite et raciste sordide avant et pendant la Deuxième Guerre mondiale [...]. Mais, franchement, le passé du Canada anglais n'est guère mieux. [...] Pendant que les amis de Jean-Louis Roux lançaient des pierres dans les vitrines des magasins juifs, il y eut de la violence antisémite bien plus grave dans les rues de Toronto lors des émeutes au stade Christie-Pit, de même qu'à Winnipeg, où les chemises brunes locales attaquaient les Juifs, et dans d'autres villes canadiennes anglaises.» Irving Abella a reçu L'actualité chez lui, dans le quartier aisé de Lawrence Park, dans le nord de Toronto. («Avant la guerre, les Juifs ne pouvaient habiter ce quartier», dit-il.) Abella fait partie des intellectuels anglophones, de plus en plus nombreux, qui tentent de mettre le Canada anglais en garde contre des interprétations un peu trop intéressées de l'histoire du Québec. Sean Purdy, de l'Université Queen's, à Kingston, écrivait récemment dans un forum de discussion d'Internet fréquenté par des historiens: «La critique du nationalisme québécois entourant l'affaire Roux a été une attaque déguisée contre le nationalisme québécois actuel [fondée sur] une dissimulation de sa propre histoire par le Canada anglais. [...] Comme on l'a fait dans le cas des relations avec les autochtones.» «En tant que sociologue», dit Gary Caldwell, ex-directeur de chantier à l'Institut québécois de recherche sur la culture, «je n'ai vu à ce jour aucune démonstration de l'existence d'un courant xénophobe plus fort au Canada français qu'au Canada anglais.» Un admirateur d'Hitler «Hitler et Mussolini, quoique dictateurs, se sont vraiment efforcés de procurer aux masses [divers bienfaits] et ainsi de s'assurer leur appui. [...] La manière dictatoriale était peut-être nécessaire afin de retirer ces bienfaits aux privilégiés qui les monopolisaient jusque-là. [...] On pourrait finir par voir en lui [Hitler] un des sauveurs du monde.» - Extraits du journal personnel de William Lyon Mackenzie King, premier ministre du Canada, cité par Irving Abella et Harold Troper dans None Is Too Many (Lester Publishing). Dans Impossible Nation (The Mercury Press), un essai récent (à traduire absolument!), le correspondant culturel du Globe and Mail au Québec, Ray Conlogue, interprète ainsi l'utilisation grandissante au Canada du stéréotype du Québec fasciste: «L'idée de base est de convaincre la minorité qu'elle est inapte à s'autogouverner. On commence par insinuer qu'elle n'en a pas la compétence économique. Si cela ne fonctionne pas, on l'accuse de quelque chose de beaucoup plus grave: l'incompétence morale.» Déjà, en 1960, l'historien américain Mason Wade remarquait comment, devant le nationalisme québécois, le Canada anglais avait le réflexe de soulever le spectre d'un «Canada français fondamentalement fasciste, totalitaire et autoritaire, sans véritable instinct pour la démocratie nord-américaine». Ce stéréotype est bien ancré dans la culture politique canadienne. Irving Abella montre dans son livre comment Mackenzie King, premier ministre du Canada de 1935 à 1948, invoquait l'opinion canadienne-française pour justifier devant les étrangers la fermeture du Canada aux réfugiés juifs. Or, son journal personnel révèle qu'il était tout simplement antisémite lui-même, opposé à l'immigration juive, et qu'il vouait à Hitler ainsi qu'à Mussolini une admiration qu'on ne rencontre chez aucun chef nationaliste québécois... Mais pour Irving Abella, la question de savoir qui du Québec ou du reste du Canada a été le «pire» en matière d'antisémitisme est une fausse querelle. «Tout le Canada a été traversé par l'antisémitisme durant cette période, et tout le Canada devrait s'en souvenir.»
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