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«« RACISME - souveraineté et québécophobie
Separatism killed the Expos: Oh yeah!
Réjean Tremblay
La Presse 24.10.2002
Gilles Duceppe, le chef du Bloc Québécois, qualifie «d'attitude démagogique» et de «vision raciste» l'éditorial du National Post publié mercredi sur la situation des Expos.
Vous voulez savoir pourquoi c'est parfois difficile de faire confiance à la bonne volonté de nos amis de la langue supérieure?
Je parle dans le monde du sport évidemment. Dans le vrai monde, celui de la politique et de la finance, je présume que les anglos sont toujours respectueux des droits et de la réalité des francos dans ce pays.
Cette fois, je ne vous parle pas de Jack Todd ou de Pat Hickey. Même si Pat Hickey a tenté de faire la morale «aux nationalistes» à propos du trophée Maurice-Richard remis à Mario Lemieux. Pat Hickey pourra faire la morale quand il saura parler UNE minute en français. Après vingt ans à Montréal, ce n'est pas exagéré. Après quarante ans, ce sera deux...
Vous allez lire une horreur et je tiens à préciser que ni Pat Hickey ni Jack Todd ne doivent être associés à ce que vous allez lire. On peut s'engueuler, on peut avoir raison ou tort avec Jack ou Pat, mais ce ne sont pas des racistes. Que ce soit clair.
C'était dans le National Post d'hier. Dans les pages éditoriales. Les pages qui sont supposées être crédibles et donc prises au sérieux.
La manchette est accrocheuse: SEPARATISM KILLED THE EXPOS. Le texte est signé Jonathan Kay, publié avec sa photo. M. Kay est responsable des pages éditoriales.
Kay soutient que l'explication habituelle pour le départ des Expos est que l'équipe a suffoqué à cause de la présence du Canadien qui retient toute l'attention. Alors que les Blue Jays continuent d'attirer de bonnes foules et que les Raptors, au basketball, remplissent le Air Canada Center régulièrement.
Il oublie de préciser que les Blue Jays, qui ont déjà attiré 55 000 spectateurs par match sont rendus à une moyenne de 20 224 et que l'équipe a perdu 69,8 millions au cours des neuf premiers mois de l'année. Il ne précise pas que les Alouettes vont attirer 55 000 spectateurs au Stade olympique et que les Argos sont en danger de faillite depuis longtemps, que la boxe remplit le Centre Bell alors qu'on ne se bat même pas dans les bars de Toronto, que le Grand Prix de F1 attire 310 000 personnes en trois jours au circuit de l'Île Notre-Dame et que même le CART a surpassé le Molson Indy de Toronto à sa première présentation.
Mais ça, on s'en fout, c'est de l'ignorance crasse, ce n'est pas encore du racisme.
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Après une série de lieux communs bourrés de mauvaises interprétations, Kay s'étend sur la tentative de construire le Parc Labatt au centre-ville. Je vous ferai remarquer que le nom de Jeffrey Loria n'est jamais mentionné dans la patente à gosses. «Le seul argent que voulait consentir Québec était un montant de cinq millions par année sur le remboursement de la dette. C'est des peanuts. La contribution pour un nouveau stade de baseball ou de football en Amérique du Nord est de 230 millions».
Le tout était précédé d'une charge à fond de train sur le «gouvernement le plus étatique (sic) d'Amérique du Nord».
C'est de la bouillie pour les chats. Le gouvernement Bouchard avait consenti une somme de huit millions pendant 35 ans. Pour un total de 280 millions. On ne dit pas que Jeffrey Loria a balayé du revers de la main les 100 millions de Labatt. Ç'a aurait détruit toute sa démarche qui vise à tout prix les «mauvais séparatistes».
Il ajoute que les problèmes dans le financement d'un stade trouvent leur explication dans l'hésitation du gouvernement péquiste à s'impliquer dans le sauvetage des Expos. «Pour mieux vendre le séparatisme, le Parti québécois fait tout ce qui est en son pouvoir pour promouvoir la notion que les Québécois francophones forment un «peuple» qui, comme les Palestiniens, les Tibétains et les Kurdes, souffre d'une forme d'occupation étrangère. Le PQ s'agite fortement pour maintenir hors du Québec les immigrants non-francophones et essaye désespérément de maintenir le «caractère» français de la province. Québec-City dépense à peu près 10 millions, deux fois plus que l'aide prévue aux Expos, pour son Office de la Langue Français (sic), c'est à dire sa Police de la langue. Par conséquent, ça ne devrait pas nous surprendre qu'il n'y ait pas beaucoup de place pour un sport où on s'appelle Graeme, Masato, Jose et Vladimir et non Guy, Maurice et Yves», écrit Kay.
By the way, Jackie Robinson, le premier joueur noir, c'est à Montréal, dans l'est de la ville, et Felipe Alou, le premier entraîneur-chef latin dans le baseball majeur, c'est à Montréal aussi, qu'ils ont entrepris leur carrière.
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Le dernier paragraphe fait lever le coeur. «Il est dommage que la grève de 1994 dans le baseball n'ait pas provoqué une émeute comme celle de Maurice Richard en 1955. Si une couple de boutiques «anglos» avaient été détruites, peut-être que le PQ aurait jugé que les Expos auraient consitué un actif qu'il valait la peine de garder et Youppi ne prendrait pas des leçons d'espagnol».
Gilles Duceppe, le chef du Bloc Québécois était indigné en lisant cet article dans le National Post: «C'est une attitude tellement démagogique. C'est une vision raciste d'une situation complexe. D'ailleurs, ce n'est pas sain pour le Canada anglais qu'on lui fasse lire pareil ramassis raciste. Je me promène dans le Canada anglais, on sait qui je suis et ça n'empêche pas les gens d'être respectueux et gentils. Mais ce genre d'ordures n'aide pas personne. Est-ce que les Jets ont quitté Winnipeg et les Grizzlies, Vancouver à cause des séparatistes? Surtout qu'on ne parle pas des vrais problèmes du sport professionnel et des solutions possibles qui passent par un plafond salarial!
Par ailleurs, Denis Coderre, l'ancien ministre junior aux sports du Canada, impliqué dans la tentative de sauvetage des Expos, a trouvé une nouvelle façon de ne pas commenter un article. «Ce que raconte cet article est tellement loin de la réalité québécoise, tellement loin de la complexité du dossier des Expos que ce serait lui conférer une importance et une crédibilité qui ne sont absolument pas méritées que de le commenter», a dit M. Coderre joint en fin d'après-midi. «Aussi, je ne commenterai pas».
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