«« L'Approche commune - COMMISSION PARLEMENTAIRE
Les Innus échouent à se donner une position commune
Mario Cloutier
La Presse Le vendredi 17 janvier 2003
Les Innus ne présenteront pas le visage d'une nation unie devant la commission parlementaire qui entreprendra mardi prochain l'étude de l'entente de principe intervenue entre Québec, Ottawa et quatre communautés de cette Première Nation, a appris La Presse.
Chez les non-autochtones, la soixantaine de mémoires reçus démontre aussi que les points de vue varieront énormément.
Mais à quelques jours de la commission parlementaire et malgré plusieurs rencontres ces dernières semaines, les chefs des neuf communautés innues du Québec n'ont pas réussi à s'entendre sur la nécessité de présenter un mémoire commun aux parlementaires québécois.
«C'est vraiment dommage, pense Guy Bellefleur, négociateur d'un des principaux groupes innus, Mamit Innuat. «Les particularités de chacun des groupes ont fait qu'il était impossible de s'entendre sur un texte commun», a commenté de son côté Michel Bacon, porte-parole de Mamuitun, le groupe signataire de l'entente.
Les signataires (les communautés de Betsiamites, Essipit, Pointe-Bleue et Natashkuan) feront donc une présentation, mais il y aura également celles de Mamit Innuat, qui représente trois autres communautés, ainsi que des Innus de Sept-Îles et de Schefferville, qui n'ont pas encore débuté les pourparlers avec Québec et Ottawa.
Contrairement à la paix des Braves convenue avec les Cris, l'entente avec les Innus n'a pas été négociée de nation à nation. Depuis 1994 et la dissolution du Conseil attikamek-montagnais, les Innus n'ont pas de représentation «nationale» comme telle. Il s'agissait d'une des principales critiques formulées par Jacques Parizeau à l'égard de l'entente en août dernier.
Depuis ce temps, les Innus ont cependant cheminé. Les négociateurs de Mamuitun et de Mamit Innuat rencontrent désormais ensemble le négociateur du Québec, Louis Bernard, en mettant leurs divergences de côté. Puis, il est probable que des représentants de Schefferville et de Sept-Îles les rejoignent bientôt.
Si les quatre groupes innus présenteront chacun leur vision de l'entente qui est sur la table ainsi que leurs revendications propres, les opposants, qui ont beaucoup fait parler d'eux à l'automne, s'étaient peu manifestés jusqu'à hier.
L'ancien député bloquiste, Ghislain Lebel, qui croit que l'entente avec les Innus réduira le Québec à une «peau de chagrin», et l'historien Russel Bouchard, qui pense que les droits reconnus aux autochtones risque de «palestiniser» le Saguenay-Lac-Saint-Jean et la Côte-Nord, ont fait parvenir des mémoires, mais n'ont pas confirmé leur présence.
Le président de l'Association du droit des Blancs de Sept-Îles, André Forbes, n'a pas signifié non plus son intention de se présenter à Québec, tandis que l'ancien premier ministre Parizeau, qui a qualifié l'entente de «dynamite potentielle» en août, se rendra plutôt au Brésil assister au Forum social mondial.
La semaine dernière, le gouvernement n'avait reçu qu'une dizaine de mémoires pour cette commission qui fera la lumière sur les suites à donner à la proposition d'entente de principe. Québec a donc reporté la date butoir pour le dépôt des mémoires à mercredi de cette semaine et a obtenu, depuis, la confirmation d'une soixantaine de textes.
Les négociateurs de l'entente - Louis Bernard pour le Québec, André Maltais pour Ottawa et Rémy Kurtness pour les Innus - seront les premiers intervenants devant la commission parlementaire.
Le mandataire spécial du gouvernement, Guy Chevrette, viendra ensuite faire part de ses recommandations. Il devrait suggérer la mise en place d'un mécanisme qui assurera les populations blanches, touchées par les négociations, qu'elles seront mieux informées et consultées à l'avenir.
Pour sa part, la MRC Domaine-du-Roy au Lac-Saint-Jean proposera au gouvernement d'expérimenter sur son territoire la gestion des ressources naturelles, comme le préconise l'accord avec les Innus. Sur la Côte-Nord, le CRD s'exprimera en faveur du développement économique des nations autochtones afin de réduire les problèmes sociaux qui les affligent.
L'entente accorde 377 millions de dollars et 3% des redevances sur les ressources naturelles aux Innus de la part de Québec et d'Ottawa. Les autochtones auront également des droits de pleine propriété sur un territoire limité et bénéficieront d'une «participation réelle» à la gestion de 300 000 kilomètres carrés.
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