«« RÉFÉRENDUM - III

Référendum québécois, maudit sois-tu!

Faute d’argument sur le contenu, on s’en prend à l’instrument.

Denis Gaumond
Observateur politique

Le Devoir 19 novembre 1998




Jamais la démarche souverainiste proposant de tenir un troisième référendum n’a été aussi soumise à la pression politique. En effet, la tenue d’un tel référendum est maintenant présentée comme, au mieux, un mal nécessaire, au pire, un cancer mortel. Même le parti québécois, mis sur la défensive par les attaques fédéralistes un peu paniquées par la dernière décision favorable à cet égard de la Cour suprême du Canada, le cache derrière un discours complaisant et pseudo-protecteur évoquant la présence de conditions gagnantes pour en tenir un. Stratégie de prudence ou acte de lâcheté? L’avenir le dira peut-être. Les opposants fédéralistes pour leur part, après avoir construit un climat artificiel de crainte à son égard, utilise en retour cette peur pour le diaboliser et en dénoncer la tenue éventuelle. Pour eux, il est une menace réelle à la société québécoise. Pourtant...

Pourtant, s’il est un instrument fondamental de démocratie à la disposition d’un peuple, c’est bien la tenue d’un référendum. Il permet à toute une population de se prononcer sur un thème bien précis. Au Québec, il est encadré par une loi reconnue par la communauté mondiale comme une des plus civilisée qui soit. Même la Cour suprême du Canada, après avoir demandé des ajustements mineurs relatifs à la contribution financière de particuliers, en fait un éloge saisissant. Il est donc clair que l’utilisation que font les politiciens fédéralistes de cet outil démocratique est abusive, voire même dangereuse pour la survie de la démocratie québécoise car ce discours antiréférendaire est souvent couplé de menaces de partition du Québec quand ce n’est pas avec l'évocation de l'utilisation de l’armée comme le revendique le professeur Stephen Scott de l’université McGill (1). Quelqu’un dénoncera-t-il bientôt la tenue d’une élection partielle devant la possibilité de voir battues les causes défendues par son parti? Cet autre demandera-t-il bientôt l’abolition d’une élection générale sous prétexte que tel parti risque de prendre le pouvoir dénonçant plutôt l’élection que les positions du parti contesté? Qui alors se lèvera pour défendre la valeur démocratique de la tenue de telles élections? Et qui maintenant se lève pour défendre les valeurs démocratiques de la tenue d’un référendum?

Nous assistons plutôt à la situation contraire. Exception faite des purs et durs du mouvement souverainiste, qui se lèvent pour dénoncer le détournement de démocratie que font présentement les fédéralistes canado-québécois d’un futur référendum au Québec? Quelle est la position des intellectuels du Québec et du Canada devant cette démarche politique fédéraliste qui consiste volontairement à faire porter le débat sur l’instrument plutôt que sur le contenu des thèses qui s’opposent? Se taisent-ils en connaissance de cause pour des raisons de partisaneries aveugles? Plusieurs vont plus loin. Alain Dubuc, l’éditorialiste en chef du journal " La Presse ", dans son éditorial du samedi 24 octobre 1998, va jusqu’à présenter le référendum comme "une menace réelle, une aventure!". Et personne ne se lève pour remettre les pendules à l’heure. Quelle dégradation politique, quelle tristesse sociale! Les fédéralistes peuvent, à tort ou à raison, prétendent que la souveraineté du Québec menace certaines économies privées qu’ils ont intérêt à défendre. Mais il est inacceptable qu’ils s’en prennent à l’instrument de consultation. En service commandé par un journal ou par tout autre média ouvertement fédéraliste, la quasi totalité de l’intelligensia journalistique québécoise et canadienne avale la couleuvre et se fait, à dessein ou non, complice de ce détournement de démocratie dans un silence déconcertant. Tout cela, parce que la cause défendue risque de ne plus tenir la route. Faute de présenter un contenu capable de convaincre l’électeur, les opposants au référendum s’en prennent à l’instrument et arrive à semer une telle confusion dans l’esprit de la population qu’elle en perd son latin et finit ironiquement par, elle aussi, refuser l’instrument ultime que la démocratie lui donne pour se défendre des abus possibles de la part de ceux-là même qui la trompent.

À mon humble avis, le référendum est un instrument démocratique plus fort encore que la tenue d’une élection générale où les thèmes et les promesses floues sont noyés dans un discours partisan, rempli de demi-vérités et la plupart du temps inutilisables en retour contre le parti qui aura pris le pouvoir en grande partie grâce à une campagne de charme où l’image l’aura emporté sur le contenu. Il faut donc départisaniser cet outil moderne de démocratisation, en prendre la défense et même en faire la promotion. Personne n’a le droit de faire un tel détournement de démocratie sans être formellement dénoncé par toutes les forces vives qui croient encore à la démocratie au Québec. Qu’attendent-elles donc pour se manifester?

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(1) Diane Francis, " Maîtres chanteurs, chez nous ", livre publié sur internet.