«« PLQ

Voitures usagées Jean Charest inc.

André Pratte
La Presse Le mardi 26 février 2002

On a souvent dit, constatant le peu d'estime des citoyens pour les politiciens, que seuls les vendeurs d'autos suscitaient plus de méfiance. Même cela n'est plus vrai. Selon un sondage Léger Marketing/Presse canadienne, seulement 18% des Canadiens font confiance aux politiciens, contre 23% qui font confiance aux «vendeurs de chars».

Jean-Marc Léger constate que les politiciens ont atteint «un creux historique». En deux ans, le taux de confiance envers eux a chuté de sept points.

Partout dans le monde, on a constaté la même désaffection. Plusieurs explications ont été avancées, allant de la mondialisation (les gouvernements ont de moins en moins le contrôle sur les réalités qui affectent les citoyens) à l'échec présumé de l'État-providence (les inégalités sociales demeurent, malgré un fardeau fiscal écrasant), en passant par l'attitude des médias (qui renverraient une image exagérément négative des politiciens).

Toutes ces explications comportent une part de vérité. Mais, à une époque où les électeurs sont plus instruits et mieux informés que jamais, les politiciens paient d'abord le prix pour leur indomptable duplicité. L'actualité des derniers jours suffit à fournir tous les exemples nécessaires à la démonstration: les libéraux de Jean Charest qui, au sujet des fusions, disent une chose en public et une autre en privé; le maire Gérald Tremblay qui s'embourbe dans les demi-vérités au sujet du contrat accordé pour l'organisation de son Sommet; Peter Yeomans qui refuse de répondre aux questions des journalistes au sujet de l'achat de L'Île-de-Dorval, potentiellement illégale. Et on ne parle pas des «affaires» Baril, Bréard, Gagliano...

C'est vrai que les citoyens sont souvent injustes à l'endroit de ceux qui se consacrent au service public, qu'ils ont à leur égard des attentes irréalistes et contradictoires. Mais, plutôt que de chercher des boucs émissaires, les politiciens devraient se regarder honnêtement dans le miroir.

Si les Canadiens se méfient davantage des élus que des commerçants de voitures, ce n'est pas parce que les politiciens sont de mauvais vendeurs. C'est parce que nous en avons assez des vendeurs. Nous voulons des gouvernants.