|
«« PLQ
Le cha-cha-cha des libéraux
Lysiane Gagnon La Presse Le samedi 02 mars 2002
C’était quoi déjà, la danse où l'on faisait trois pas en avant, trois pas en arrière? Le cha-cha-cha, je crois. Cette version aseptisée de la rumba, heureusement tombée en désuétude, n'était simple qu'en apparence - séduisante lorsqu'elle était exécutée par de très bons danseurs, peu inspirante lorsque le commun des mortels s'y essayait.
C'est dans cette dernière catégorie qu'entre le cha-cha-cha pratiqué par le Parti libéral du Québec sur la question municipale. Fusion, défusion, fusion, défusion, trois pas devant, trois pas derrière...
* * *
Après s'être engagé fermement en faveur des défusions, et après avoir mis au point une formule détaillée pour en régir le processus, le PLQ est aujourd'hui en phase de recul... encore que, tout dépendant qui parle, il fasse de temps à autre quelques pas en avant.
Il y a plusieurs mois déjà que des proches de Jean Charest confiaient sous le manteau aux journalistes francophones que le temps venu, le PLQ saurait bien s'extirper de cette embarrassante promesse.
Récemment, dans l'intimité d'une loge du Centre Molson, Pierre Bibeau, l'organisateur du parti, et Marc-André Blanchard, son président, en donnaient l'assurance à des adjoints du maire de Montréal, Gérald Tremblay. Ils allaient même plus loin: contrairement à ses intentions initiales, le PLQ écarterait les candidatures du champion de la croisade antifusion, l'ancien maire Peter Trent, et de l'ancienne présidente de la CUM, Véra Danyluk, histoire de bien montrer qu'un futur gouvernement Charest serait insensible aux pressions des nostalgiques de l'ancien régime.
On en est maintenant au troisième acte, où l'on voit le PLQ faire deux pas en avant. Mais oui, dit le député Roch Cholette (celui qui a ouvert la boîte de Pandore), le processus promis suivra son cours. Mais le rythme du cha-cha-cha s'accélère. Tout de suite après M. Cholette fait deux pas en arrière. Car, comme disent les Anglais, le diable est dans les détails: les défusions seront possibles, mais très, très difficiles, prévient-il, et cela pourrait coûter cher aux citoyens. Enfin, dit-il finement, nous ne serions pas malheureux si personne ne signait le registre requérant un référendum...
Sur ce, la députée Margaret Delisle, ancienne mairesse de Sillery, d'y aller d'un aveu candide: «Dans la pratique, personne n'a jamais pensé qu'on pourrait revenir en arrière!»
Jean Charest a redit vendredi midi à peu près la même chose que M. Cholette: les référendums, oui, mais aux frais des citoyens...
Le cha-cha-cha continue, mais on sait déjà que le PLQ fera tout pour décourager la défusion, au moins à Montréal... tant il est vrai que ce qui était l'an dernier une question de principe - contre l'amalgamation forcée des municipalités, contre l'idée même des méga-villes - est devenue une affaire purement conjoncturelle: à Montréal, la défusion serait trop compliquée, mais au Saguenay ou en Mauricie, pourquoi pas, si c'est électoralement rentable?
* * *
Que s'est-il passé entre la promesse de l'an dernier et le recul de cette année?
Deux choses: d'abord les élections fédérales et les élections partielles, où les Libéraux ont profité du mouvement antifusioniste à Québec et au Saguenay; ensuite, l'approche d'élections générales, que le PLQ, selon les sondages, a de plus en plus de chances de remporter. D'où la nécessité de jouer de prudence, d'autant plus que l'opposition aux fusions s'est considérablement apaisée.
Même dans l'ouest de l'île de Montréal, les candidats indépendants qui se présentaient sur une plate-forme antifusion ont tous été défaits sauf à Westmount. La Gazette, descendue des barricades, veut laisser à l'administration Tremblay la chance de prouver que la méga-ville peut fonctionner.
Les irréductibles, cependant, se sentent trahis - à bon droit, car c'est sans aucune équivoque que le PLQ avait pris leur parti l'an dernier. Cette semaine, le chroniqueur municipal de la Gazette, Henry Aubin, supputait les chances qu'un tiers parti aurait de faire mal au PLQ, quitte à lui enlever assez de voix pour redonner le pouvoir au PQ. Comme la souveraineté bat de l'aile, disait-il, quel risque y aurait-il pour les anglophones à ce que le PQ soit reporté au pouvoir?
Ce ne serait pas la première fois que l'électorat anglophone se vengerait du PLQ pour les avoir cyniquement laissé tomber à la veille des élections.
En 1976, la fureur déclenchée par la loi 22, qui faisait du français la langue officielle, allait revivifier temporairement l'Union nationale et coûter le pouvoir à Robert Bourassa. En 1989, toujours sur la question linguistique, le vote de protestation anglophone avait fait élire quatre députés du Parti égalité. Mais à cette époque, l'avance du PLQ sur le PQ était beaucoup plus considérable qu'actuellement.
Chose certaine, il ne serait que mérité que cette aventure fasse perdre des plumes au PLQ. Il y a tout de même une limite à exploiter le désarroi des électeurs, à leur faire miroiter des solutions illusoires, puis à les laisser tomber le jour où l'on n'en a plus besoin.
On veut bien que les partis politiques soient pragmatiques - en fait, les politiciens pragmatiques sont toujours moins dangereux que les idéologues entêtés - mais pas au point de tomber dans les ornières débilitantes du cynisme et de la démagogie.
|