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Arrivez en ville!
Michèle Ouimet La Presse Le samedi 02 mars 2002
Non seulement Jean Charest persiste et signe mais il en remet: si le Parti libéral est élu, a-t-il dit hier, lors d'un discours devant la Chambre de commerce, il y aura des défusions. Même à Montréal.
Jean Charest ne prononce pas le mot défusion, il parle plutôt de démocratie. Les citoyens ont le droit de se prononcer, a-t-il expliqué. Le gouvernement leur a fait avaler de force les fusions. Les libéraux, eux, vont les laisser choisir et ils pourront recréer leurs anciennes villes. «C'est la démocratie, a-t-il conclu. C'est simple comme ça.»
Eh bien non, M. Charest, ce n'est pas simple comme ça. Du moins, pas à Montréal où la moitié - ou presque - de la population est anglophone.
Le chef libéral a peut-être passé trop de temps à Sherbrooke et à Ottawa. Visiblement, il ne comprend rien à la complexe situation montréalaise où un fragile équilibre linguistique permet aux francophones et aux anglophones de vivre en paix. Avec sa promesse, M. Charest brasse inutilement l'explosif dossier linguistique.
Qui va vouloir défusionner? Les anciennes villes riches et anglophones, comme Westmount, Baie d'Urfé et Senneville qui, faut-il le rappeler, se sont rendues jusqu'en Cour suprême pour se battre contre les fusions. Peut-on imaginer la grande ville se transformer en fromage gruyère, amputée de ses éléments riches et anglophones qui formeront des ghettos? En refusant d'admettre cette réalité, M. Charest montre toute l'étendue de son insensibilité face à Montréal.
La promesse de défusionner a été lancée lors du congrès du Parti libéral en octobre 2000. Écrite sur le bord de la table, elle a été adoptée à toute vapeur. Les libéraux n'ont pas pensé plus loin que le bout de leur nez. Aujourd'hui, ils sont coincés.
Cette promesse crée un profond malaise chez les libéraux même si, ouvertement, ils refusent de l'admettre. Ils espèrent secrètement que les coûts très élevés d'une défusion feront reculer les citoyens. C'est mal connaître les gens du West Island qui sont prêts à tout pour fuir la grande ville, y compris écoper d'une facture salée.
Si M. Charest était cohérent, son gouvernement ramasserait la facture. Mais le chef libéral a une notion bien particulière de la démocratie. Les gens veulent exercer leurs droits, eh bien qu'ils paient!
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Pendant que Jean Charest s'enlise dans sa promesse, le maire de Montréal, Gérald Tremblay, reste étonnamment silencieux. Il refuse de se dissocier publiquement de l'épineuse promesse.
Gérald Tremblay considère que ce n'est pas son problème mais celui du Parti libéral. Même s'ils viennent tous deux de la grande famille libérale, les relations ne sont pas au beau fixe entre les deux hommes. Jean Charest a mis de nombreuses pelures de banane sur le chemin de M. Tremblay pendant les élections.
Gérald Tremblay était dans une position délicate. Plusieurs de ses candidats vedettes s'étaient battus bec et ongles contre les fusions et il faisait tout pour balayer cette contradiction sous le tapis. Une bonne partie de ses appuis provenaient des banlieues allergiques aux fusions. À chaque fois que le chef libéral se baladait à Montréal et relançait son idée de défusion, il jetait de l'huile sur le feu et plongeait l'équipe Tremblay dans l'embarras.
Aujourd'hui, Gérald Tremblay défend Montréal du bout des lèvres et il prend une distance polie vis-à-vis des libéraux. Ce n'est pas suffisant. Il doit aller plus loin et dire non à Jean Charest, haut et fort. Il doit défendre l'intégrité de Montréal et non se contenter de marmonner son vieux slogan électoral Ça va marcher! Si lui ne le fait pas, qui le fera? N'y a-t-il personne pour défendre cette ville?
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