«« Reconfédération

Le nouveau dada de Guy Bertrand :
rester Canadiens dans un Québec souverain!

Louise Cousineau
La Presse Le mercredi 20 mars 2002


Il y a des gens qui ne veulent surtout pas passer inaperçus. Guy Bertrand, le flamboyant avocat de Québec, est de ceux-là. On n'entendait plus parler de lui depuis ses plaidoyers pour faire avorter les fusions municipales au nom des droits des anglophones. Le revoici avec une nouvelle idée: rester Canadiens dans un Québec souverain.

On n'est pas loin d'Yvon Deschamps et son Québec indépendant dans un Canada uni! Guy Bertrand se proclame souverailiste. Un néologisme qui mêle souverainiste et fédéraliste.

La seule façon, dit-il, de sortir de l'impasse actuelle. Il affirme qu'un sondage démontre que si on posait la question dans un référendum, 78% des gens répondraient: nous voulons rester canadiens dans un Québec souverain.

C'est le documentaire Destin tordu - Guy Bertrand, qui nous présente cet homme éternellement basané -résultat de séances de bronzage et du V8 bu tous les matins depuis 20 ans- les cheveux d'un noir jais étonnants à son âge, qu'il refuse de révéler, séduisant et en forme. Un plaideur redoutable, nous dit sa femme Lisette.

Le plus curieux de ce documentaire de Benoît Dutrizac, c'est ce qu'on ne voit pas.

Notamment ce jugement exprimé par Rosaire Bertrand, le frère de Me Guy, qui est ministre délégué à la Capitale. Avant de nous montrer le document, le producteur Jean-Pierre Paiement de Zone 3 nous raconte que Rosaire a dit en parlant de son frère: «Je ne peux pas croire qu'un gars si intelligent manque souvent autant de jugement!»

Le problème, c'est que vous n'entendrez pas cette phrase dans le documentaire. «Il était trop long, explique le réalisateur André St-Pierre. Nous avons dû couper des séquences.

Heureusement, Télé-Québec a supprimé des publicités pour nous laisser le plus d'espace possible!»

Quand j'ai demandé un commentaire à Me Bertrand après le visionnement, lui et sa femme étaient tout surpris. Ils n'avaient jamais entendu parler de cette phrase peu gentille du ministre Rosaire!

Ce qui a causé un malaise évident.

Ce qu'on ne verra pas non plus, c'est le ministre fédéral Stéphane Dion qui a arraché son micro et a refusé de poursuivre l'entrevue avec Benoît Dutrizac. Le franc-tireur a refusé de dire pourquoi M. Dion était si fâché. D'autres comme Pierre Bourgault, Lise Payette et Jacques Parizeau ont refusé l'invitation de Benoît Dutrizac de s'exprimer sur Guy Bertrand.

Destin tordu, c'est pour signifier une bifurcation qui change une vie. Guy Bertrand a commencé par être un souverainiste pur et dur, qui prônait l'indépendance unilatérale du Québec après un référendum gagnant. Il a poussé sur René Lévesque pour qu'il quitte le Parti libéral. En 1970, Guy Bertrand se présentait pour le Parti québécois dans Dorchester. Il termine dernier et le créditiste gagne.

Réjean Tremblay raconte comment Guy Bertrand a plaidé pour que les joueurs de hockey francophones signent des contrats en français. «Il avait tellement de pouvoir que c'est grâce à lui que les Nordiques ont pu repêcher Michel Goulet.» Sur sa lancée, Me Bertrand a fondé Les athlètes pour le OUI. Seuls ses clients sont montés sur l'estrade pour défendre l'option.

En 1985, Guy Bertrand a été battu à la course au leadership du Parti québécois. En 1994, il proclamait son doute sur l'option souverainiste unilatérale, «parce que Jacques Parizeau voulait la faire». Il se dégoûte de la politique, où tout doit passer par le chef.

Après le référendum, Guy Bertrand a connu le doute pour la première fois. Il a fini par proclamer en 1995: «Je suis Canadien».

«J'avais l'impression d'avoir manqué ma vie et brisé celle de ma famille.» Il renonçait à la «religion péquiste».

Guy Bertrand souffre encore des caricatures de Chapleau qui le qualifiaient de malade mental. Son frère Rosaire déclare que cette volte-face a fait très mal à sa famille.

Le documentaire fait des aller-retour entre le passé et le présent, Guy Bertrand qui joue du piano et les commentaires plus ou moins gentils de gens comme Claude Charron -qui dit que Guy Bertrand a un tempérament de vedette et a besoin d'être admiré-et Michel Vastel, persuadé que Guy Bertrand a défendu les municipalités anglophones contre la fusion pour l'argent.

Le précédent Destin tordu portait sur Guy Émond, ce journaliste sportif qui a tout perdu à cause du jeu et qui a gardé une vitalité étonnante. Un être exquis. Le cas de Guy Bertrand est différent. Une chose est sûre: ce personnage coloré vous fera passer une heure sans un instant d'ennui.

À Télé-Québec, demain soir à 20h.