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À votre tour M. Charest
Michèle Ouimet La Presse Le samedi 08 décembre 2001
Le couperet est tombé. Hier, la Cour suprême du Canada a refusé d'entendre la cause des anglophones qui s'opposent à la fusion des 28 villes de l'île de Montréal. L'écueil juridique est levé. Reste l'obstacle politique, c'est-à-dire la promesse du chef libéral Jean Charest de démembrer la nouvelle ville à la pièce, au gré des demandes des citoyens.
Jean Charest mène un combat d'arrière-garde et entretient un espoir absurde chez les anglophones qui croient, à tort, que les fusions menacent leur survie. Une inquiétude légitime que le chef libéral manipule de façon irresponsable.
Sa promesse de défusionner est irréaliste. Elle a été griffonnée à la hâte, en octobre 2000, lors d'un congrès du Parti libéral où les esprits étaient surchauffés. Emporté par l'enthousiasme, un député, Roch Cholette, a soumis cette proposition qui se résumait à quelques lignes et qui n'avait fait l'objet d'aucune réflexion sérieuse. Un simple flash, quoi.
M. Charest a fignolé sa promesse beaucoup plus tard et il a accouché d'une stratégie en trois temps: ouverture d'un registre afin de noter le nom des opposants, étude sur les coûts de la défusion, puis référendum si 5 à 10% de la population des anciennes villes l'exige. Un seuil beaucoup trop bas.
Les libéraux croient que les Montréalais vont reculer devant les coûts de la défusion. C'est bien mal connaître les irréductibles anglophones, comme le maire de Westmount, Peter Trent, qu'aucune facture, fut-elle de plusieurs millions, ne fera reculer. Ils mènent le combat de leur vie et ils vont s'accrocher désespérément à la promesse de Jean Charest. D'ailleurs, les 13 maires de banlieue qui se sont rendus jusqu'en Cour suprême n'ont pas hésité à dépenser des dizaines de milliers de dollars en frais d'avocat.
Ce sont les anciennes villes anglophones qui risquent de défusionner. Avec ses référendums, M. Charest va créer des ghettos linguistiques: les riches anglophones d'un côté, enfermés dans leurs anciennes petites banlieues, et les francophones de l'autre, éparpillés dans une grande ville qui prendra les allures d'un fromage gruyère. Même si cette image est caricaturale, elle donne des frissons.
M. Charest a passé la plus grande partie de sa vie à Sherbrooke et à Ottawa. Visiblement, il connaît mal Montréal. Sinon, comment expliquer cet acharnement à faire la promotion d'une politique d'exclusion qui risque de faire éclater la fragile paix linguistique.
Ironiquement, jamais les libéraux n'ont été aussi présents à l'hôtel de ville de Montréal. La nouvelle équipe, élue en novembre, en comprend plusieurs, en commençant par le chef, Gérald Tremblay, ancien ministre sous Bourassa, en passant par des conseillers municipaux, sans oublier des membres du comité exécutif et du personnel politique. C'est un peu comme si Jean Charest tirait sur ses propres troupes.
Les anglophones sont aussi très présents dans l'administration qui dirigera Montréal à partir du 1er janvier. Au lieu d'être marginalisés dans leur banlieue ou réduits à une poignée de conseillers, ils font désormais partie de la mégacité où ils possèdent une voie forte. Jamais ils n'ont eu un tel poids.
En refusant d'entendre la cause sur les fusions, la Cour suprême a pratiquement enterré le projet de défusion. À votre tour, M. Charest, de tourner la page.
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