Landry au Comité national des jeunes: Un référendum avant 2005

L'engagement tiendra si les possibilités de victoire sont bonnes

Mario Cloutier
Le Devoir Le lundi 20 août 2001


Rimouski - Le premier ministre Bernard Landry confirme sa volonté de tenir un référendum gagnant sur la souveraineté du Québec avant le prochain Sommet des Amériques de 2005 à Buenos Aires en Argentine. Advenant sa réélection d'ici deux ans, son gouvernement planifierait ce scrutin au début d'un éventuel troisième mandat «si les conditions s'y prêtent», a toutefois précisé M. Landry à Rimouski dans le cadre d'un rassemblement de plus de 200 jeunes militants du Parti québécois.

«Un gouvernement du PQ va tenir le référendum dès qu'il aura l'assurance raisonnable de le gagner. Nous ne voulons plus en perdre, c'est la règle de base. Dans la capacité d'en perdre, notre démonstration est déjà faite. [] On n'en perdra plus jamais.»

Comme il l'avait fait à quelques reprises devant des militants depuis le début de l'été, le leader souverainiste a fixé à 2005 la date limite d'un nouveau référendum afin de faire en sorte que le Québec soit représenté comme nation indépendante lors du prochain Sommet des Amériques. M. Landry souhaite que l'expérience de la rencontre de Québec en avril dernier, où son gouvernement n'avait pas obtenu de droit de parole dans sa propre capitale, ne se reproduise pas.

«C'est le voeu profond que je fais. Je souhaite qu'à Buenos Aires, les Québécois aient déjà décidé de leur destin.»

Il estime d'ailleurs que la mondialisation et la nécessité d'une présence québécoise sur la scène internationale représentent désormais des vecteurs importants pour promouvoir l'idée de la souveraineté du Québec, aussi bien auprès des Québécois qu'à l'étranger. Reprenant son idée d'union confédérale d'États souverains à l'européenne, il a précisé, hier en badinant, que le Québec pourrait bien verser 4 % de ses impôts à une telle union en lieu et place des 50 % accordés présentement à la confédération canadienne.

En préparation de la stratégie souverainiste, M. Landry n'exclut pas l'idée d'écrire une proposition de constitution québécoise avant le prochain référendum mais, au contraire de certains jeunes militants péquistes, il rejette catégoriquement l'utilisation de fonds publics, afin de promouvoir l'option fondamentale de son parti.

«Je laisse ça à ceux qui n'ont pas assez d'éthique pour ne pas faire de propagande avec l'argent de nos taxes», a-t-il lancé à l'intention du gouvernement libéral de Jean Chrétien à Ottawa.

Mais avant un troisième référendum sur la souveraineté, le Parti québécois devra d'abord, convient-il, faire élire une majorité de députés lors du prochain scrutin général. En fin de semaine à Rimouski, le premier ministre Landry a mis l'accent sur l'importance pour sa formation politique de remporter les élections partielles devant avoir lieu au cours des prochains mois dans les circonscriptions de Jonquière, Laviolette, Labelle et Blainville. Une quadruple victoire péquiste apporterait à son gouvernement un «symbole de force politique important», dit-il, qui lui permettrait d'asseoir toutes ses actions et ses décisions dans l'aura de son option souverainiste.

«À partir de maintenant», a déclaré M. Landry, il s'affairera avec son cabinet à véritablement «mettre fin au gouvernement Bouchard». Le gouvernement Landry se préoccupera donc de terminer, d'affiner - «en enlevant certains irritants» - et d'expliquer les grandes réformes mais il n'est pas question d'entreprendre de nouveaux chantiers législatifs d'importance.

À ce sujet, il est peu probable que son gouvernement s'engage dans une réforme en profondeur des lois linguistiques malgré la demande des jeunes péquistes de revenir à l'affichage commercial uniquement en français. À la veille du dépôt du rapport Larose faisant suite aux états généraux sur la situation linguistique au Québec, le premier ministre a indiqué que le document lui inspirait confiance. Aux militants, il a déclaré que le Québec était «à quelques ajustements près» d'un grand consensus national en matière linguistique.

«Nous voulons que le Québec soit aussi français que l'Argentine est espagnole [] dans le respect des droits sacrés de la minorité anglophone et de ses institutions.»

En matinée hier, M. Landry s'est également voulu rassurant lorsqu'il a expliqué aux jeunes de sa formation politique que son gouvernement irait de l'avant avec la construction de petites centrales hydroélectriques uniquement si les projets présentés respectaient l'environnement et les communautés locales. Les jeunes péquistes ont toutefois exprimé leur désaccord en réclamant un moratoire sur les petites centrales.

«On veut une stratégie globale en matière d'environnement», a expliqué le nouveau président du Comité national des jeunes du PQ, Pascal Bérubé. Cet ancien vice-président de la FEUQ (Fédération des étudiants universitaires du Québec) était fier d'ajouter que les jeunes péquistes avaient mis sur la table en fin de semaine à Rimouski plusieurs propositions à caractère social innovatrices. Les jeunes péquistes souhaitent en effet que le gouvernement légalise la prostitution «contrôlée et encadrée en maison close».

Allant à l'encontre de certaines volontés ministérielles, les jeunes ont aussi demandé une enquête publique sur les événements entourant le Sommet des Amériques et ont blâmé l'utilisation que la SQ y avait fait de balles en caoutchouc. Le jeunes souhaitent que le gouvernement renonce également à appliquer un système de photos-radar sur les routes du Québec.

Le CNJ demande au gouvernement d'évaluer la possibilité d'assurer un revenu minimum universel garanti pour tous. Dans le même ordre d'idée, le comité voit d'un bon oeil l'instauration d'un salaire parental afin de valoriser le rôle de parent à la maison.

Au total, les jeunes du PQ ont adopté plus de 80 propositions en fin de semaine. Certaines s'adressaient directement au gouvernement mais d'autres feront l'objet d'une étude plus approfondie au sein d'autres instances avant de se retrouver éventuellement dans le programme que le PQ a modifié lors de son congrès de mai 2000 à Montréal.