|
Si le PQ obtient un troisième mandat
Le premier ministre Bernard Landry souhaite tenir un troisième référendum sur la souveraineté avant 2005 pour que le Québec ait sa place au prochain Sommet des Amériques de Buenos Aires, en Argentine.
Si le Parti québécois est réélu aux prochaines élections, «oui, il y aura un référendum avant 2005», a déclaré M. Landry hier à Rimouski, à la fin du congrès annuel des jeunes péquistes qui se sont notamment prononcés en faveur de l'affichage commercial en français.
«C'est le voeu profond que je fais. Je souhaite qu'à Buenos Aires, les Québécois aient déjà décidé de leur destin», dit celui qui n'a pas digéré son exclusion du Sommet de Québec.
Le premier ministre confirme ainsi un projet vaguement évoqué au début de l'été devant des militants. Mais, à la manière de son prédécesseur Lucien Bouchard, il précise aussitôt que le référendum aura lieu «si les conditions s'y prêtent». «Nous ne voulons plus jamais perdre un référendum. Nous en avons perdu deux et au dernier, il ne manquait que 30 000 voix, alors, le prochain, nous le ferons quand nous le gagnerons.»
Pour Bernard Landry, la mondialisation rend l'indépendance plus urgente que jamais puisque seules les nations peuvent faire contrepoids au rouleau compresseur des grands ensembles et multinationales. Si le Québec n'a pas sa place à la table des organisations internationales, ses intérêts ne seront plus défendus que par Ottawa, a-t-il expliqué aux jeunes, à qui il a livré un long discours ponctué d'applaudissements : «S'il y a une réunion de l'UNESCO pour parler de la culture de Gaston Miron, Gilles Vigneault et Jean-Pierre Ferland, est-ce que vous voulez que ce soit Sheila Copps (la ministre fédérale du Patrimoine) qui nous représente ?»
M. Landry compte plutôt proposer au reste du Canada une union confédérale de type européen, la «formule de la modernité», dit-il. Ainsi, d'ici 20, 25 ans, le Québec pourra être «un partisan de la construction des Amériques et en faire partie». Il aura aussi tous les instruments pour défendre sa vision des choses, entre autres, en ne versant qu'une infime portion de ses impôts au gouvernement fédéral plutôt que la moitié (soit 30 milliards). Les membres de l'Union européenne, par exemple, ne versent que 2% de leurs impôts à leur Parlement commun.
«Quand la souveraineté sera faite, vous n'aurez plus qu'à vous occuper du progrès», a conclu le premier ministre devant une salle enthousiaste.
D'autre part, à la veille de la publication du rapport Larose sur la situation du français, les jeunes péquistes pressent Québec de bannir totalement l'anglais des commerces. L'affichage ne doit se faire qu'en français, sauf dans certains lieux touristiques, ont décrété hier quelques 200 délégués réunis à Rimouski pour leur congrès annuel.
«Les jeunes sont là pour promouvoir des positions très actives en matière linguistique», a commenté en entrevue le tout nouveau président du Conseil national des jeunes du PQ, Pascal Bérubé, qui ne trouve pas la mesure excessive. «Les militants sont très à l'aise avec ça», assure le jeune homme de Rimouski.
Lors des débats, le discours était en effet très tranché. «Ici, les anglophones sont vraiment choyés. Ils ont la CBC pour leurs nouvelles et le journal The Gazette. Trouvez-moi une autre minorité dans le monde qui a tout ça ! Mettre les deux langues sur le même pied, c'est mettre les deux pieds sur notre langue», a lancé le délégué de Lafontaine, David Guay.
À l'occasion d'un long discours, le premier ministre Landry a plutôt plaidé en faveur de la modération. «Nous voulons que le Québec soit aussi français que l'Argentine est espagnole, a-t-il promis aux jeunes. Ceci dit, dans le respect des droits sacrés de notre minorité anglophone, de ses institutions qui peuvent être du monde de l'enseignement, du monde de la culture et du monde social.»
Avant d'annoncer précisément ses couleurs, M. Landry attend toutefois de recevoir le rapport de Gérald Larose, qui a présidé les états généraux sur la situation du français. Ce rapport, qui doit être rendu public aujourd'hui, permettra au gouvernement de «moderniser sa politique linguistique», dit-il. «Nous allons l'analyser en profondeur et la ministre de la Culture réagira.»
Quant à l'élection récente d'un des plus fervents adversaires de la Charte de la langue française, l'avocat Brent Tyler, à la tête d'Alliance Québec, le premier ministre reste impassible. «Il y a encore des communautés anglophones qui font des batailles contre la loi 101, dans une société démocratique, c'est parfaitement acceptable que cela», estime M. Landry, convaincu que la majorité des Québécois sont somme toute plutôt satisfaits de la situation actuelle : «Je pense qu'en matière linguistique, à quelques ajustements près, nous avons un grand consensus national.»
Les jeunes, eux, n'en continueront pas moins de lutter pour faire durcir le programme linguistique de leur parti. Outre la proposition sur l'affichage, ils veulent fermer les portes des cégeps anglophones à tous les jeunes dont l'anglais n'est pas la langue maternelle. Ils veulent aussi que les services publics ne soient offerts qu'en français, sauf au sein des institutions historiques de la communauté anglophone.
Vivement débattue, l'idée de financer les institutions anglaises pré-universitaires au prorata du nombre d'anglophones a toutefois été battue de justesse. C'est une proposition «simpliste», a plaidé la déléguée de Marguerite-d'Youville, Amélie Châteauneuf, tandis qu'un autre délégué la jugeait «inacceptable dans une société inclusive qui se veut moderne».
|