Une élection référendaire pour contourner la Cour suprême?

Moins d'astuce référendaire,
plus de souffle libérateur

MARC BONHOMME
Responsable à la rédaction, Option et paix

LeDevoir 3 février 1998



Dans Le Devoir du samedi 31 janvier, Denis Monière, Guy Bouthillier et Pierre de Bellefeuille, du Cercle Gérald-Godin, proposent l'astuce d'une élection référendaire pour contourner l'éventuelle illégalité d'un référendum. Tout simplement, élu à plus de 50%, un gouvernement péquiste aurait le «droit» de proclamer l'indépendance; élu à moins, il ne serait qu'un «bon gouvernement». Et hop! Le peuple québécois, à trop vouloir ce bon gouvernement ou à trouver les libéraux trop indigestes, ce qui n'est pas très difficile ces temps-ci, pourrait avoir voté pour l'indépendance sans la vouloir. Peut-être que nos trois mousquetaires devraient appeler leur méthode «l'indépendance furtive». Mais le contraire serait aussi possible: à trop avoir peur de l'indépendance, les libéraux pourraient prendre le pouvoir par défaut. A remarquer pour la différence que ça ferait. Evidemment, le fédéral, devant pareille astuce, ne sachant trouver aucune parade, en perdrait son plan B! Nous voilà en pleine realpolitik virtuelle.

Faire le constat du cul-de-sac dans lequel s'enlise la stratégie référendaire, coincée entre le rouleau compresseur fédéral et l'impuissance du PQ pris au piège du partenariat néolibéral à tout prix, est une chose. C'en est une autre que de faire une pirouette qui nous ramène au point de départ, la tête en bas. Le problème n'en est pas un de méthode mais de fond. On sait depuis la quasi-victoire d'octobre 1995 - transformée en défaite majeure par la politique du déficit zéro sur le dos du peuple québécois - que les fédéralistes n'accepteront aucune méthode, quelle que soit sa légitimité démocratique. Comme le disent les panneaux-réclame des plus naïfs parmi eux: «My Canada includes Quebec.» Bien sûr, le moment venu, il faudra y mettre les formes, mais dorénavant, l'affaire apparaît clairement pour ce qu'elle a toujours été: un pur rapport de force à bâtir.

Ce rapport de force, c'est le peuple uni dans un projet libérateur, ce projet de société dont plus personne ne parle. Mais les priorités d'Ottawa et de Québec sont les mêmes, les marges de manoeuvre en moins - au détriment du Québec -, comme le titrait justement Le Devoir à la une de sa section économique de ce même samedi. Le PQ pense-t-il vraiment pouvoir rassembler la majorité de la population québécoise pour construire une réplique socioéconomique d'un Canada démographiquement, économiquement et politiquement plus faible dans un monde globalisé, une espèce de petit Canada? Et le français? Le marché global parle anglais, dix fois plus en Amérique du Nord. D'ailleurs, où est l'ardeur du PQ à défendre le français? Ne reste plus que «le flag su' l'hood», comme disait l'autre.

Le peuple est trop sage pour risquer bouleversements et tribulations pour si peu. Il préférera endurer dans la morosité en attendant des recompositions politiques qui déjà animent ses tréfonds. Là, on trouve encore l'espérance qui animait ce peuple au moment des «années de rêve», quand indépendance rimait avec liberté et égalité. Cette espérance est-elle l'«impalpable troisième voie», comme l'appelle l'éditorial du Devoir du 6 janvier, qui, à travers «polarisations et désillusions politiques», fraie son chemin à travers ces «600 militants de divers horizons [...] réunis en novembre, à Montréal, pour lancer un Rassemblement pour une alternative politique»?

Des candidats et candidates pour un Québec libre et égalitaire, lors des prochaines élections qui s'annoncent au printemps, seraient un baume sur ce Québec brisé en deux. Si cet immense vide à la gauche du PQ persiste, la pensée unique, que chaque jour alourdit la froide pluie de la désespérance, brisera le chêne bicentenaire de la démocratie, si majestueux mais qui penche trop à droite. Si des voix se faisaient entendre qui parleraient de malades à soigner, de jeunes à éduquer, de 32 heures à payer 40, d'un peuple à mettre au travail, d'une nation à verdir, de femmes rebelles à aimer, de richesse à distribuer, d'un capital à. dompter, d'assemblées souveraines à créer, d'un monde à solidariser, que le printemps de 1998 serait beau après cet hiver de glace!