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«« Jacques Parizeau
Il est normal que les premiers ministres consultent de temps à autre leurs prédécesseurs. Brian Mulroney parlait à Pierre Trudeau. Le drame, surtout sur les questions de politique étrangère, cest que Jean Chrétien ne parle pas à Brian Mulroney ! Mais ce ne sont pas des choses quon étale sur la place publique, surtout lorsque le premier ministre, fraîchement installé comme Bernard Landry, tente de profiler son propre personnage.
Comme on dit dans les bonnes familles, le volontarisme de Jacques Parizeau, « fait un peu belle-mère ». Heureusement, Bernard Landry dit poliment: « jécoute et je décide après. » Une façon de rappeler à « Monsieur » que le chef, cest lui !
Lancien premier ministre consacre dabord trois paragraphes à régler ses comptes à son successeur direct, Lucien Bouchard. Il lui reproche davoir inspiré « la méfiance chez certains militants, lassoupissement chez les autres. » Il laccuse surtout de tenir des propos « débilitants » sur lincapacité des Québécois à sindigner ou à protester contre les coups de boutoir du gouvernement fédéral. Ça, cest une vacherie de trop !
Jacques Parizeau pourrait au moins reconnaître que, pendant la campagne référendaire doctobre 1995, ce sont les propos de Lucien Bouchard, sa passion de convaincre et sa faculté démouvoir, qui ont permis aux souverainistes darriver à « quelques votes ethniques » de la victoire. Pour quelquun qui appelle au « rassemblement de tous les mouvements souverainistes », ce nest pas très adroit daliéner dentrée de jeu tout ce quil reste de « Bouchardiens » au Québec.
Les éléments radicaux du Parti québécois se réjouiront sans doute de ce camouflet à un chef quils nont jamais aimé et dont ils se sont toujours un peu méfié. Peut-être déchanteront-ils dapprendre que, selon leur chef bien-aimé (Parizeau), le programme de leur parti « est un obstacle au changement, un carcan psychologique, un poids à porter »... Bref, quil serait temps de « le mettre à la retraite avec tous les honneurs » !
En ont-ils débattu pourtant, les militants péquistes, de ce programme et de ses versions successives depuis 33 ans ! Certains ne vivent dailleurs que pour cela ! Et si le programme est tellement encombrant, pourquoi Jacques Parizeau ne la-t-il pas « mis à la retraite » lui-même ? Si on voulait être méchant - soyons-le donc autant quil peut lêtre lui-même ! - on pourrait ajouter que, lui, ne le mettait pas seulement au rancart, il lignorait à loccasion, allant jusquà préparer un « Grand jeu » qui trahissait lesprit et la lettre de larticle 1.
Monsieur Parizeau reste cependant le grand spécialiste de la gouvernance - en plus davoir une fort belle plume ! Son analyse des stratégies canadienne et québécoise est pointue. Il a raison de dire quà force de crier au loup, le Québec ne fait plus peur au Canada anglais... « Cela fait 45 ans que deux ou trois générations de Québécois entendent leur premier ministre se plaindre dOttawa, écrit-il. Si cela rendait souverainiste, cela se saurait. »
Après 40 ans aux affaires, Jacques Parizeau a vu neiger. Il se rend bien compte que, depuis 1996 et larrivée de Stéphane Dion à Ottawa, le gouvernement fédéral - sous couvert de sen prendre au gouvernement du Parti québécois - est engagé dans une campagne systématique de déstabilisation du Québec. Et quil y met beaucoup dargent !
« Lapport de fonds publics est particulièrement important pour ce qui a trait aux dépenses de communication et de publicité des autorités québécoises, dit Jacques Parizeau. Comme le gouvernement fédéral le montre tous les jours - « Monsieur » compte soigneusement et enregistre les spots publicitaires dOttawa, quil trouve très bons ! - la publicité est un remarquable levier de cohésion et de fierté populaire. »
Lancien premier ministre a raison de se désoler de la pudeur de Lucien Bouchard - partagée par Bernard Landry - à payer des spécialistes pour faire la mise en marché de ses options politiques. Quand le gouvernement fédéral engage des firmes de relations publiques pour « vendre » jusquà son discours du Trône, il est bien vrai que le Québec na pas de leçons à recevoir du grand frère à Ottawa !
« Il faut que le gouvernement du Québec refasse son image », dit Parizeau. Soit ! Mais sil veut parler de lappareil administratif de lÉtat du Québec, convenons quil est bien difficile de vendre une voiture doccasion !
Par contre, si lancien premier ministre suggère que le gouvernement du Québec doit « vendre » - cest-à-dire en vanter les qualités supérieures - tous ses projets, y compris le projet souverainiste, il a tout à fait raison.
Il y a quelque chose de masochiste dans lattitude du gouvernement du Québec - qui nest pas propre aux péquistes puisque cétait aussi la faiblesse de Robert Bourassa - à laisser Ottawa vanter des succès souvent obtenus aux dépens du Québec !
On entend déjà les Cassandre crier à labus de fonds publics. Laissez-les aboyer, dit Parizeau: « Les protestations qui ont ponctué lhistoire du Conseil de lunité canadienne ou du Bureau dinformation du Canada ne les ont jamais empêchés de fonctionner ! »
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