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Le virus implacable du changement
Chantal
Hébert
Le Devoir Le lundi 22 avril 2002
Depuis que Bernard Landry est devenu premier ministre, les électeurs ont
saisi toutes les occasions de manifester leur volonté de changement avec, chaque
fois, des résultats plus dévastateurs pour le Parti québécois.
La défaite
péquiste dans Mercier pouvait toujours faire figure de chicane de famille. À
l'époque, tout le monde avait noté que la déroute péquiste n'avait pas profité
au Parti libéral qui emportait ce bastion à la seule faveur d'une division des
appuis normalement acquis à son principal adversaire.
La fiction voulant
que le vote péquiste soit à l'abri des attraits de Jean Charest a moins bien
résisté à l'épreuve de la réalité dans Jonquière, Laviolette et même dans
Labelle, dont on oublie trop facilement qu'elle est passée à deux doigts de
tomber elle aussi dans l'opposition l'automne dernier.
Dans la même
mouvance dans Anjou lundi dernier, le PQ a à peine réussi à s'accrocher à un
vote sur deux de ceux recueillis aux élections de 1998, sa dégringolade
profitant pour l'essentiel au PLQ.
Cette débâcle a finalement été
largement éclipsée par la cinglante défaite subie par les troupes de M. Landry
dans Saguenay. Et pour cause.
L'acquisition par l'ADQ du deuxième siège
de sa courte vie est certainement la manifestation la plus menaçante du virus du
changement qui draine le Parti québécois de ses forces. Par comparaison aux
séquelles permanentes que pourrait valoir au PQ une percée substantielle de
l'Action démocratique aux prochaines élections, les gains prévisibles du PLQ
font figure de rhume de cerveau.
Le premier ministre Landry n'a guère
aidé les choses en affirmant d'emblée que, dans Saguenay, un vote pour le parti
de Mario Dumont était, envers et contre tout, un vote souverainiste.
Voilà qui permettra à encore plus d'électeurs qui avaient voté OUI en
1995 de joindre l'utile à l'agréable aux prochaines élections, c'est-à-dire
voter contre le PQ pour passer à autre chose sans renier complètement leur choix
référendaire.
***
La mécanique implacable qui amène le premier
ministre à valider une solution de rechange à son propre parti est de
fabrication souverainiste. Elle s'inscrit dans un engrenage qui menace de figer
le PQ dans ses derniers retranchements à l'occasion du prochain scrutin. Et qui
l'amène, de façon encore plus périlleuse, à présumer que, quoi qu'il arrive à
l'occasion de ces élections, le parti et son option finiront par refaire leurs
forces.
Depuis 1995, l'aile politique du mouvement souverainiste joue à
sa version de quitte ou double avec l'électorat, une partie de roulette russe
qui l'a systématiquement amené à se tirer dans le pied.
Confrontés aux
vents changeants de l'après-référendum, les ténors souverainistes ont préféré la
position du chêne à celle du roseau, convaincus que leur option est tellement
enracinée dans le paysage québécois que nul n'était besoin de plier pour éviter
de rompre.
Cette décision a coûté plusieurs branches au camp
souverainiste, dont l'appui d'une pluralité d'électeurs, aussi bien au palier
fédéral que québécois et le départ hâtif d'un leader charismatique comme Lucien
Bouchard.
D'un déboire à l'autre, ses stratèges ont inévitablement conclu
qu'on assistait à une sorte d'élagage qui allait à terme permettre à la
souveraineté de pousser plus droit et plus haut.
La réalité est nettement
plus dévastatrice.
L'expérience fédérale montre par exemple que la
prémisse qui voulait que le statu quo soit voué à alimenter le moulin
souverainiste ne tient pas la route
À choisir entre les deux aux
élections 2000, c'est vers Jean Chrétien que se tournaient une pluralité
d'électeurs québécois. Si la tendance se maintient, le Québec retrouvera son
allure de forteresse libérale, perdue à la suite du rapatriement de la
Constitution, dès les prochaines élections fédérales.
***
À
l'échelle québécoise, les résultats dans Saguenay jettent un éclairage plus cru
que jamais sur les réflexions du premier ministre Landry quant au déclenchement
des prochaines élections.
À la lumière de la désaffection qui afflige le
parti, le réflexe naturel des stratèges péquistes consiste à évacuer le scénario
d'un scrutin d'ici l'été ou même d'ici la fin de l'année.
En envoyant le
Québec aux urnes prochainement, Bernard Landry se trouverait inévitablement à
passer la main aux libéraux. Dans l'état actuel des choses, tous les ingrédients
d'un balayage du PLQ sont en place. L'Action démocratique a suffisamment d'élan
pour drainer le camp péquiste au profit des libéraux, mais sans avoir
nécessairement les reins assez solides pour reproduire rapidement sa prouesse
dans Saguenay à l'échelle québécoise.
Du point de vue péquiste, ce
pourrait être le moindre mal.
Le plus grand danger qui menace le PQ n'est
plus de perdre le pouvoir, mais plutôt de voir l'ADQ gagner suffisamment de
terrain pour lui faire ombrage de façon durable.
Une percée significative
de l'ADQ qui se traduirait en sièges ferait de Mario Dumont le vainqueur moral
des prochaines élections.
Contrairement à l'époque de sa traversée du
désert de la fin des années 80, le PQ devrait alors composer avec la concurrence
d'une force politique montante qui aurait germé dans ses propres talles. Il
pourrait difficilement compter sur un accident comme celui de Meech pour le
revigorer. Après avoir perdu le pouvoir, le PQ encaisserait plutôt la défaite
prévisible de son allié bloquiste.
En attendant à l'an prochain pour
aller aux urnes, Bernard Landry risque de donner le temps à l'ADQ de s'enraciner
encore davantage, exposant du coup le PQ à un étiolement plus durable que celui
d'un séjour circonstanciel dans l'opposition.
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Chantal Hébert
est columnist politique au Toronto Star.
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