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Préférer se faire planter plutôt que de déplaire

Jacques Poisson
MEF
- Édition du mercredi 24 avril 2002


Reculant devant ses adversaires,
le gouvernement du Parti québécois en paie le prix.
Rodrigue Larose
Le mercredi 24 mars 2002


Au début de 2002, il encourt les démissions de Raymond Bréard, directeur général du Parti québécois, et de Gilles Baril, ministre. Dans le cadre de ce double avatar dû au démarchage, le premier ministre lui-même, Bernard Landry, disait que, l'automne passé, le gouvernement voulut légiférer en la matière; mais le Parti libéral de Jean Charest s'y était opposé. Le gouvernement péquiste avait dû (?) laisser tomber… pour ne pas déplaire à ses adversaires libéraux.

En 1998, dans Anjou, le candidat du Parti québécois perd ses élections en raison de la vaste fraude libérale par supposition de personnes. À la suite de quoi, à reculons, le gouvernement du Parti québécois légifère pour obliger les électeurs à présenter deux preuves d'identité pour voter. Loi retardée jusque là parce que les adversaires libéraux, appuyés par les objecteurs de métier, s'y opposaient férocement depuis toujours - on sait pourquoi. Et le gouvernement du Parti québécois d'éviter de leur déplaire.

Dans un régime parlementaire, l'opposition cherche invariablement à piéger le parti au pouvoir. C'est pourquoi la complaisance envers les oppositionnistes - la complicité, diront certains, en se rappelant le lynchage combiné du citoyen Yves Michaud - doit avoir ses limites. Sinon, l'image du pouvoir et la volonté de l'électorat peuvent écoper, comme l'illustrent les deux cas précédents; c'est préférer se faire planter plutôt que de déplaire.

Ce fut tristement le cas en 1995. La souveraineté du Québec fut ratée par 26 000 voix en raison de l'absence de carte de citoyen à laquelle s'opposaient déjà les adversaires libéraux. Même si le sujet est tabou chez les représentants politiques du Parti québécois, cela permit à 180 000 non-résidents fraudeurs de s'inscrire sur la liste électorale et de voter illégalement, dont - à bas la rectitude politique! - les dizaines de milliers d'étudiants hors Québec, surtout ceux fréquentant les trois universités québécoises anglophones. La défaite n'est donc pas due qu'à «DES votes ethniques et l'argent». Faute de précaution contre la tricherie - pour ne pas déplaire aux adversaires - fut sacrifiée la souveraineté, doit-on constater froidement aujourd'hui.

Pour favoriser l'évolution du Québec, plusieurs mesures politiques restent à implanter, malgré l'opposition. Entre autres, le gouvernement actuel doit mener à bien deux projets de loi. Un premier: pour colmater la brèche de la Charte de la langue française qui, au détriment de la démographie francophone, permet à quiconque d'acheter son admission dans le réseau scolaire anglophone en passant par les écoles privées.

Un deuxième: pour permettre les consultations populaires en même temps que les scrutins, en vigueur dans maints États. Enfin, comme prôné par les jeunes péquistes et par souci de transparence, pourquoi ne pas adopter un projet de loi encadrant la divulgation par les fonctionnaires des maladministrations publiques?

Dans la perspective d'un pays hautement démocratique, ces trois mesures s'imposent parmi de nombreuses autres visant, en particulier, à accentuer le caractère unique et francophone du Québec. Difficile de ne pas déjà entendre rugir la horde des adversaires libéraux à l'Assemblée nationale, relayés par le monopole des médias fédéralistes. Au fait, qu'attend l'équipe ministérielle pour intervenir contre la concentration antidémocratique des médias québécois à laquelle seul échappe Le Devoir? Peur, peur, peur?

L'espoir demeure que le gouvernement du Parti québécois, pour éviter que le Québec ne se fasse planter, surmontera sa crainte maladive de déplaire à ses adversaires, aux adversaires de la souveraineté.