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À propos de la souverainetéCe que j'ai vraiment dit et ce que je pense
JEAN-PIERRE CHARBONNEAU
Député de Borduas, ministre délégué
aux Affaires intergouvernementales canadiennes
et responsable de la réforme des institutions
démocratiques dans LeDevoir du 4.4.2002
À un moment où les moeurs politiques sont sérieusement mises en cause et où l'on déplore le manque d'éthique des élus et des dirigeants de l'Etat, il est assez révélateur de voir certains chroniqueurs reprocher la franchise trop brutale en politique. Le problème, c'est que cette façon de présenter les choses et de juger la valeur d'un leader politique en fonction de son habileté à utiliser la langue de bois et à éviter que cela paraisse contribue puissamment à inciter les élus politiques à mentir et à faire semblant pour éviter d'être présentés et perçus comme des naïfs ou, pire, des incompétents.
Il est par ailleurs plutôt ironique et désolant de constater que ce sont souvent les mêmes commentateurs qui mettent en évidence les problèmes d'éthique et de moralité en politique. Or, faut-il le rappeler, l'éthique politique ne se limite pas à éviter de s'en mettre plein les poches ou de favoriser ses petits copains. Elle consiste aussi à faire en sorte que la parole soit vraie et intègre et que le comportement soit digne et honorable.
Cela dit, en ce qui me concerne, je veux bien accepter le jugement du peuple et des militants de mon parti mais à condition toutefois que ce jugement porte sur ce que j'ai réellement dit et sur ce que je pense profondément.
Or, au cours des derniers jours (et la transcription de mes propos en témoigne), je n'ai pas dit que le gouvernement du Parti québécois avait abandonné son engagement de promouvoir l'idée du pays québécois et que les Québécois ne s'intéressent plus à la souveraineté.
J'ai dit essentiellement - quelle vérité brutale - que les Québécois ne veulent pas maintenant être engagés dans un autre processus référendaire qui les conduirait dans un délai rapide à devoir à nouveau trancher dans le vif: pour ou contre l'accession du Québec au statut de pays. J'ai dit aussi que le gouvernement du Parti québécois avait une double obligation: d'une part, garder vivace et faire progresser le plus possible l'idée, le projet et l'espoir de devenir totalement maîtres chez nous et, d'autre part, protéger les intérêts immédiats des gens qui nécessitent et qui réclament une injection additionnelle importante de fonds publics pour disposer d'une meilleure qualité de services gouvernementaux, particulièrement en santé, en éducation et en famille.
Pour moi, le fait qu'une forte majorité de gens - y compris de souverainistes - ne croient pas opportun maintenant de devoir être forcés de se prononcer ne signifie pas qu'ils ne s'intéressent plus à la souveraineté du Québec et ont abandonné cette cause ou qu'ils ne se préoccupent plus de la place et du respect qu'ils ont au sein du Canada. A preuve, une majorité de Québécois francophones pensent toujours que le Québec devrait être un Etat souverain associé de façon privilégiée au reste du Canada dans une véritable confédération.
D'autre part, le choix du gouvernement du premier ministre Landry de s'attaquer maintenant à l'un des vices de fonctionnement les plus pernicieux du fédéralisme canadien ne signifie nullement que les leaders souverainistss québécois ont choisi de s'engager dans la voie du fédéralisme renouvelé. Le premier ministre Landry a simplement accepté de faire face à ses responsabilités et de rallier ses concitoyens afin de pouvoir amener le gouvernement fédéral à une attitude plus conforme aux besoins immédiats de la population. Mais alors, pourquoi ne pas laisser les fédéralistes de Jean Charest mener le combat ? Tout simplement parce que ce dernier et ses troupes sont dans 1'impossibilité d'établir le rapport de force nécessaire avec les maîtres d'Ottawa, compromis qu'ils sont avec ceux-ci dans une alliance très publique pour défaire électoralement le Parti québécois et incapables, à l'Assemblée nationale, de supporter la moindre allusion aux responsabilités du gouvernement central en regard de beaucoup des problèmes auxquels le gouvernement du Québec doit faire face. Est-il nécessaire d'ajouter aussi que Jean Chrétien, Paul Martin et Stéphane Dion ont déjà dit non aux demandes de Jean Charest?
À ce propos, cette fin de non-recevoir de MM. Chrétien à Charest établit clairement pourquoi on peut penser qu'il est insuffisant de s'en tenir à l'appui unanime des partis politiques oeuvrant sur la scène provinciale. Non seulement il faut un leadership politique qui ne soit pas compromis avec les adversaires, il faut un appui populaire solide et indéniable. Seul le peuple mobilisé peut faire réellement bouger les choses. En démocratie, le pouvoir appartient d'abord et avant tout aux citoyens.
Par ailleurs, est-il vraiment nécessaire d'ajouter que le combat centre l'étranglement fiscal et la marginalisafion de l'État québécois ne va pas à contre-sens du projet de libérer complètement le Québec du carcan du fédéralisme canadien avec la souveraineté? En effet, l'idée du pays québécois est portée par deux grandes catégories de motivations: celles liées aux insatisfactions vécues à cause du fonctionnement du Canada fédéral, hier autant qu'aujourd'hui, et celles liées au désir profond d'assumer nous-mêmes la direction de notre destinée collective. En somme, en faisant porter une partie importante de ses efforts pour combattre le déséquilibre fiscal qui afflige les Québécois, le gouvernement Landry fait aussi oeuvre de promotion de son grand projet politique. Il n'abandonne donc pas la proie pour l'ombre.
Un dernier mot à propos de la promotion de la souveraineté. Certains, comme l'ancien premier ministre Parizeau, pensent que les membres du gouvernement Landry n'en font pas assez. Ils oublient toutefois - tout comme les chroniqueurs - de tenir compte du fait brutal suivant: les médias ne relaient pas la plupart des propos publics des ténors du gouvernement en faveur de la souveraineté. Le résultat: une impression répandue de désintérêt des dirigeants souverainistes eux-mêmes par rapport à leur idéal. Cela, sans compter que le star system de notre monde de politique-spectacle fait en sorte que les propos de Jacques Parizeau trouvent toujours plus écho dans les médias que ceux de n'importe quel ministre ou député en exercice.
commentaire
Un bel effort de J.P. Charbonneau pour récupérer ses propos
Denys Barbeau AGQ 6.4.2002
Dans Le Devoir du jeudi 4 avril, J.P. Charbonneau essaie de récupérer
les propos qu'il a tenus sur la Souveraineté.
Prévisible dans sa manière de parler des deux côtés de la bouche, le
ministre dit que nous ne l'avons pas compris.
Ce qu'il a dit:
" J'ai dit essentiellement que les Québécois ne veulent pas
maintenant être engagés dans un autre processus référendaire qui les
conduirait dans un délai rapide à devoir de nouveau trancher dans le
vif: pour ou contre l'accession du Québec au statut de pays."
Décidément, ce Gouvernement entend ce qu'il veut bien entendre. Il
n'entend pas les souverainistes qui veulent un processus
référendaire. Quant à la population en général, elle n'y est pas
favorable parce qu'elle n'entend parler que des fédéralistes qui ne
veulent pas d'autre référendum. Le gouvernement péquiste s'est tu
depuis 1996. Comment voulez-vous que la population réagisse
autrement?
J.P.C.
"Le premier ministre Landry a simplement accepté de faire face à ses
responsabilités et de rallier ses concitoyens afin de pouvoir amener
le gouvernement fédéral à une attitude plus conforme aux besoins
immédiats de la population. Mais alors pourquoi ne pas laisser les
fédéralistes de Jean Charest mener le combat? Tout simplement parce
que ce dernier et ses troupes sont dans l'impossibilité d'établir le
rapport de force nécessaire avec les maîtres d'Ottawa..."
Ainsi, comme ils estiment que les fédéralistes ne font pas bien leur
travail, ils le font donc à leur place parce qu'ils estiment qu'ils
vont mieux y réussir, notamment à renouveler la fédération.
Mais c'est la Souveraineté qu'il faut mettre de l'avant pour ceux qui
veulent réellement faire la Souveraineté du Québec. On ne s'obstine
pas sur le genre de fédéralisme qu'on veut, mais bien sur un
contrôle total nécessaire à l'épanouissement du Québec et à la survie
du français. Nous n'avons que faire du fédéralisme plus ou moins
décentralisé que le PQ veut nous obtenir, comparé à celui plus
centralisé et soumis de Jean Charest. Comme nous n'avons que faire
de la prise en otage des souverainistes, alors que dans leur gestion
de bons gérants de succursale, les élus péquistes évitent de faire
la promotion de la Souveraineté.
Ce n'est même pas une question d'argent. Les dirigeants du PQ ont
fait voter le versement d'un pourcentage des campagnes de financement
dans un fonds réservé à la promotion de la Souveraineté. Ils ont
utilisé cet argent pour défendre des politiques provinciales
contestées par la population. Oui, ce sont de bons gérants de
succursale, mais de piètres défenseurs de la Fierté nationale.
En ce qui a trait aux journaux qui ne relaient pas les messages
souverainistes du Gouvernement, il faudrait peut-être que les
ministres et les députés péquistes en parlent ailleurs que lors des
conseils nationaux de leur parti. C'est dans le travail de tous les
jours que cette promotion devrait se faire, et non pas seulement
quand les "conditions gagnantes" existent ou quand la "certitude
morale" apparaîtra.
Lorsque Jacques Parizeau a pris le pouvoir, les médias relayaient son
message souverainiste, parce qu'il en avait fait son objectif premier
et que c'était très clair. Et comme il le disait alors, "le PQ est
souverainiste avant, pendant, et après la prise du pouvoir". Ce
n'est apparemment plus le cas depuis que Monsieur est parti.
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