|
«« Souveraineté et violence
Trudeau, Parizeau : même combat !
Michel Vastel
Le Soleil Le samedi 06 avril 2002
Un autre essai biographique sur un autre dirigeant du Parti québécois, une autre histoire d'espionnage. Décidément, on aimait bien jouer aux agents secrets dans ce parti. La noblesse du « projet » en prend cependant un coup et la naïveté des grands commis du futur État du Québec — Jacques Parizeau et Claude Morin en particulier — n'a rien de rassurant.
Des extraits du deuxième Tome de la biographie de Jacques Parizeau — Le Baron — sortent en fin de semaine dans Le Soleil et La Presse, de même que dans le magazine L'actualité. (L'auteur, Pierre Duchesne, et l'éditeur, Québec Amérique, ne se rendent d'ailleurs pas service avec le choix de tels extraits qui n'apportent rien de plus à la biographie de Lévesque par Pierre Godin, ni aux enquêtes des journalistes Richard Cléroux, Michel Gratton ou Normand Lester. D'autres révélations, sur les rapports entre « Monsieur » et Lucien Bouchard par exemple, feront sans doute plus de bruit...)
Il y a cependant un détail important : tant dans le cas de Parizeau en 1971 que dans celui de Morin dix ans plus tard, René Lévesque était au courant des opérations, les couvrait même. Par exemple, pour financer certaines dépenses d'un « bureau d'assistance technique », le conseil de direction du Parti québécois accorda à Jacques Parizeau le bénéfice d'une carte de crédit. Il s'agissait en fait d'un véritable réseau d'espionnage dans la fonction publique fédérale.
On pourra toujours jouer les vierges offensées contre le recours aux agences de détectives, il n'empêche que dans les années 70, pour la (bonne ?) « cause », on a utilisé les cotisations des militants pour jouer aux James Bond. Parizeau explique qu'il se contentait « d'écouter des gens qui parlent trop... » Mais les faisait-il parler aussi, à l'occasion ?
On se souviendra qu'au début des années 70, on a soupçonné Jocelyne Ouellet (future députée de Hull et ministre de Lévesque) d'avoir mis sur pied (si on peut dire !) un réseau de prostituées chargées de faire parler au lit de hauts fonctionnaires ou des ministres fédéraux. Démenti indigné de la Mata-Hari du PQ qui révèle cependant : « Mon père avait un hôtel et une taverne plantés juste à l'entrée du pont interprovincial (entre Hull et Ottawa). Avec la bière en fût le midi, ça parlait... » Tiens, tiens !
Les confidences de Jacques Parizeau sur son « réseau » sentent la même naïveté que celles de Claude Morin sur son rôle d'agent double. L'un et l'autre ont fait quelques bons coups mais ni l'un ni l'autre n'a vu venir ni n'a eu vent du vol des listes de membres du Parti québécois par exemple. Ils n'ont pas non plus prévenu la pauvre Louise Beaudoin qu'on avait placé des micros sous son lit !
Et si Jacques Parizeau, comme Claude Morin, s'était fait manipuler à son insu ? « Monsieur » se vante d'avoir eu beaucoup de contacts dans l'armée canadienne. Mais s'il s'était agi d'agents doubles, d'agents qui, tout compte fait, jouaient le même jeu que Claude Morin ?
Car le Parti québécois, jeune parti provincial, dépourvu de moyens techniques et financiers, joue contre un gouvernement national, épaulé par des alliés. Par exemple, Ottawa se renseignait sur le gouvernement du Québec en faisant espionner ses communications avec la France par... la Norvège !
La réaction la plus sensée à ces batailles d'agents secrets est celle de Louis Bernard, mandarin des mandarins du Québec au moment où Lévesque s'interrogeait sur les contacts de Claude Morin avec les Services de renseignements canadiens : « Moi je n'essaie pas de me battre contre l'espionnage fait au nom du Canada, confie-t-il à l'auteur Pierre Duchesne. S'ils veulent en faire, on n'a pas les moyens, on n'est pas équipés... »
La paranoïa du gouvernement fédéral face à la popularité du mouvement souverainiste était bien connue. Dans les documents du cabinet de Pierre Trudeau, on parlait systématiquement des « séparatistes-terroristes », une association qui justifiait des opérations militaires au nom de la sécurité nationale. Mais à cette paranoïa des fédéraux, répondait au Parti québécois une culture du soupçon qui voyait des complots partout, une culture dont il ne s'est malheureusement pas débarrassé à ce jour.
J'en ai encore été témoin — ou victime ! — cette semaine. Au cours d'une réception organisée par des jeunes du Parti québécois et du Bloc, une militante m'a pris à partie : « On le sait que vous n'êtes plus libre d'écrire ce que vous voulez », me dit-elle sur un ton sans appel. Employé de Gesca et collègue d'Alain Dubuc, me voilà donc suspect ! Y aurait-il, dans les rangs du Parti québécois, voire au gouvernement, une véritable chasse aux journalistes fédéralistes, aussi ridicule que la chasse aux séparatistes lancée par le Bureau d'information du Canada (BIC) ? On aimerait le savoir...
Les pseudo-révélations de Jacques Parizeau et d'autres cadres du Parti québécois sur son « réseau » d'espionnage et sur l'affaire Morin provoquent le malaise. Manifestement content de lui, l'ancien premier ministre se dit très fier de ces activités secrètes, comme il se vanta d'avoir, devenu chef de gouvernement, organisé un « Grand jeu » avec la France, à l'insu de ses collègues du Conseil des ministres.
Les militants du Parti québécois aiment faire la morale aux militants fédéralistes. Certains croient même avoir le monopole de la vertu. Jacques Parizeau, et Lévesque par son silence complice, prouvent qu'ils n'ont pas peur de recourir aux tactiques de l'adversaire, c'est-à-dire de naviguer en eaux troubles.
De grands démocrates ou de petits James Bond malhabiles, ces dirigeants péquistes ? À force de raconter leurs exploits d'anciens combattants, ils vont finir par nous convaincre que le Parti québécois n'est pas différent — comprendre « pas meilleur » — que le Parti libéral du Canada. « À la guerre comme à la guerre », n'est-ce pas ?
Commentaires
Tout de même, Monsieur Vastel !Pierre Galipeau TRIBUNE LIBRE, 6.4.2002
Je veux bien que vous deviez périodiquement vous dédouaner auprès de votre boss, et ce en participant à la constante opération AMALGAME de Gesca, mais tenter de faire équivaloir les ridicules basses manœuvres des libéraux et de leurs alliés qui consistent à « renifler les petites culottes » des Frigon et autres serviteurs de l‘État à une tentative de la part de Parizeau, en 1971 donc moins d’un an après l’invasion et les manœuvres d’octobre 1970, de voir venir les « Canadian armed forces» et autres GRC, ressemble à de la désinformation.
Je vous prie de nous éclairer en nous révélant avec quelles forces armées Frigon voulait envahir les épiceries du Québec, combien de granges il a brûlées pour faire cuire ses poulets BBQ et de combien était le budget de ses services de renseignement pour soudoyer le coiffeur de John Charest.
La technique commence à devenir cousue de fil blanc, plutôt, d’élastique blanc; faut pas trop l’étirer tout de même, ça va péter.
Il faudrait raffiner un peu ça que diable; ou peut-être est-ce mieux que ça soit si grossier...
Je vous trouve bien cynique. Et je ne pense pas l'avoir mérité...
Michel Vastel, 8.4.2002
|