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Le PQ en mode d'hibernation

Lysiane Gagnon
La Presse Le jeudi 02 mai 2002


Il y a des mois que l'on voudrait effacer du calendrier... Pour le PQ, avril 2002 doit être de ceux-là: une longue suite de poissons d'avril, sauf que ces mauvaises blagues n'avaient rien de drôle et qu'en plus elles étaient vraies !

À la fin du mois, tout ce que le Québec compte de commentateurs en était rendu à calculer le nombre de circonscriptions que le parti pourrait conserver: 35 ? 30 ? 20 ? 15 ?, tout en se demandant si le report des élections à l'an prochain permettra au PQ de sauver quelques meubles ou si, au contraire, le temps ne risque pas d'accroître l'exaspération des électeurs qui veulent un changement. Rappelons que depuis 1976, le PQ n'a jamais eu moins de 23 sièges à l'Assemblée nationale (c'était après le retour de Bourassa, en 1985).

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Remarquez, il faut toujours se méfier des prédictions. Mon camarade Graham Fraser, du Toronto Star, ne m'en voudra pas si je raconte la mésaventure dont il fut le héros mais qui aurait pu arriver à bien d'autres journalistes.

Février 1981. Graham, à qui l'on doit notamment une excellente histoire du Parti québécois, de ses débuts à 1984 (c'est en fait le livre de référence sur le sujet), Graham donc est correspondant parlementaire à Québec pour le Globe and Mail. Le mensuel Saturday Night lui commande un article sur le gouvernement péquiste, article devant paraître fin mars. (La fabrication d'un mensuel est un long processus, les articles doivent être écrits plusieurs semaines avant la publication; même avec les techniques d'aujourd'hui, c'est encore le cas: Le numéro de L'actualité daté du 1er mai a un dossier sur MM. Landry, Charest et Dumont qui a manifestement été rédigé avant les élections partielles du 15 avril).

Retour à février 1981. Le PQ, accablé par sa défaite référendaire, semble promis à une défaite retentissante aux élections prévues pour le printemps. René Lévesque est de mauvais poil. Les catastrophes s'abattent sur le gouvernement.

Graham écrit donc un article expliquant pourquoi le parti est en danger. Fin mars, le magazine sort avec ce titre-choc: «Why the PQ is doomed» (Pourquoi le PQ est condamné)... au moment même où les sondages laissent entrevoir une victoire du PQ, lequel effectivement gagnera les élections du 13 avril, avec deux fois plus de sièges que les libéraux ! En quelques semaines seulement, le vent avait tourné...

Morale de cette histoire, qui a traumatisé toute la confrérie: en politique, ne jamais faire de prédictions à long terme, ni même à moyen terme.

Résister, également, à la tentation d'établir des parallèles. En 1981, le PQ sollicitait un second mandat (pas un troisième), c'est Lévesque qui dirigeait le PQ... face à Claude Ryan. Rien à voir avec la conjoncture actuelle.

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Avril fut marqué, bien sûr, par l'humiliante défaite dans Saguenay et même dans Anjou, un comté que le PQ aurait pu reprendre. En même temps, apparaissait le spectre du tiers-parti qui pourrait accélérer sa débandade en faisant passer le candidat libéral dans des comtés traditionnellement péquistes. L'ADQ, que le PQ chouchoutait lorsqu'elle nuisait au PLQ, est devenue un second adversaire.

Le PQ se voit maintenant lâché même par ses cousins outaouais. Bernard Landry avait déjà dit aux bloquistes qu'il ne voulait pas les voir sur la scène provinciale, la raison en étant que toute circonscription libérée par un député bloquiste risque de tomber aux mains des libéraux à la partielle qui suivrait. Mais cet hiver, faute de pouvoir trouver de bons candidats dans ses propres rangs, le PQ avait fait un virage à 180 degrés, et appelé les bloquistes en renfort: Stéphan Tremblay dans Lac-Saint-Jean, Pierre Paquette dans Joliette...

L'affaire était déjà assez ironique, car de tout temps, les bloquistes ont été considérés comme les joueurs de l'équipe B - ceux qui n'avaient pas réussi à se tailler une place au PQ. Mais aujourd'hui, même les bloquistes ne veulent plus laisser leurs confortables banquettes des Communes (de même que les salaires et les généreuses «pensions» qui vont avec) pour aller risquer la défaite sous la bannière péquiste.

Ainsi Pierre Paquette a-t-il refusé l'honneur douteux de briguer les suffrages dans Joliette. Le comté, pourtant détenu par le PQ depuis un quart de siècle, n'est pas assez sûr, et le député sortant, Guy Chevrette, est en guerre contre Bernard Landry...

Avril se termine sur un autre cafouillage du très remuant ministre Jean-Pierre Charbonneau, qui avait l'idée d'autoriser des référendums d'initiative populaire. Un quart de million de signatures, et le Québec serait engagé dans un référendum sur n'importe quelle lubie, pour peu qu'elle soit pilotée par un gros groupe de pression !

Cette idée, directement sortie du catéchisme de la droite populiste nord-américaine, fut heureusement tuée dans l'oeuf par nul autre que Brent Tyler, le président d'Alliance Québec qui a mené d'innombrables batailles juridiques contre la loi 101.

Tiens, tiens, déclara-t-il, mais quelle bonne idée ! Nous recueillerons 250 000 signatures, de francophones aussi bien que d'anglophones, pour exiger un référendum sur l'accès à l'école anglaise.. et puis après, sur le bilinguisme dans l'affichage commercial ! Frissons du côté gouvernemental, exit la proposition Charbonneau... Tout va si mal que contrairement à sa tradition, le PQ a décidé de ne pas tenir de réunion de son conseil national au printemps. Mai s'annonce ensoleillé, mais ses stratèges sont entrés en hibernation.