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«« Parti Québécois
Colloque sur la souveraineté
Travailler sans relâche L'Indépendance est possible, nécessaire et tout à fait essentielle
pour l'avenir du peuple québécois
Jean-Luc Dion
TRIBUNE LIBRE 6 mai 2002
Bref compte rendu du « Colloque sur la souveraineté » organisé
conjointement par le Parti Québécois et le Bloc Québécois,
Trois-Rivières, 4 mai 2002. Les orateurs invités étaient MM. Yves
Rocheleau, député de Trois-Rivières au Canada; Jacques Parizeau,
ancien Premier Ministre du Québec; Daniel Turp, juriste et ancien
député du BQ, et Mme Louise Beaudoin, Ministre d'État aux Relations
internationales du Québec.
Environ 300 militants du BQ et du PQ ont participé avec beaucoup
d'intérêt, d'attentes et d'enthousiasme à ce colloque, malgré le
temps splendide qu'il faisait. Et ils en sont partis avec une volonté
sans équivoque de travailler sans relâche à l'INDÉPENDANCE du Québec.
Ils se sont d'ailleurs donné rendez-vous à une journée de formation
dès le 20 mai prochain.
Les quatre orateurs invités ont été absolument clairs sur ce point :
l'Indépendance est possible, nécessaire et tout à fait essentielle
pour l'avenir du peuple québécois, afin qu'il se développe
normalement et puisse jouer son rôle dans les nombreuses institutions
internationales où se prennent des décisions qui le concernent.
Le premier, M. Yves Rocheleau a mis en évidence magistralement un
ensemble de faits qui démontrent d'une façon limpide que toute
« réforme du fédéralisme » est dorénavant parfaitement illusoire. Je
l'ai interprété comme signifiant qu'il n'y a plus de fédéralisme...
L'unitarisme et la centralisation des pouvoirs et de l'argent à
Ottawa sont une volonté claire de la majorité des Canadiens
(anglophones) et aucune espèce d'autonomie québécoise ne cadre avec
cette volonté. Ceux qui se disent fédéralistes au Québec se font de
graves illusions sur la question. Il a donné de nombreux exemples de
cet état de fait dont un résumé est donné dans un article de M.
Rocheleau publié dans Le Nouvelliste le matin même (reproduit à la
fin).
Une longue ovation des militants a accueilli M. Parizeau qui a traité
de façon très claire (comme c'est son habitude) de la capacité du
Québec d'être un pays indépendant. Cela ne fait aucun doute que le
Québec indépendant aura tout ce qu'il faut pour jouer un rôle
important parmi la vingtaine de pays les plus avancés au monde. Il a
traité de l'hypothèse de l'utilisation du dollar étatsunien en
soulignant que, malgré cette possibilité, il faudrait absolument
relever le défi de la compétitivité de nos entreprises. À quelques
reprises, il a vivement déploré le sort fait récemment par le
Gouvernement aux études qu'on avait ramenées sur le tapis, et insisté
sur l'importance de mettre à jour plusieurs des études déjà faites
sur l'accession à l'indépendance.
M. Daniel Turp a fait une brillante présentation de l'ensemble des
institutions internationales auxquelles le Québec ne peut absolument
pas participer dans son état de domination actuel. Il a fait valoir
avec force l'importance pour le Québec d'accéder à l'indépendance
afin de jouer le rôle qui lui revient dans la plupart de ces
organismes tels que l'O.N.U, l'UNESCO, l'O.M.T., l'O.M.S., etc., etc.
À une dernière question que j'ai posée touchant le sens des mots «
souveraineté » et « indépendance », il a dit que les deux termes
étaient essentiellement synonymes. Toutefois, je persiste à croire
qu'il y a une nuance... À mon sens, on peut exercer sa souveraineté
seulement si l'on est indépendant; le souveraineté n'a pas de sens
sans l'indépendance...
De son côté, Mme Beaudoin a fortement renchéri sur ces derniers
points en soulignant à quel point le Québec est écarté par le Canada
des organismes où il peut être observateur. Elle aussi a insisté sur
l'importance primordiale de se donner un pays dans les plus brefs
délais.
Les nombreuses questions et les applaudissements soutenus des
participants ne laissent aucun doute sur la volonté profonde de
poursuivre intensément une action pédagogique auprès de tous nos
concitoyens. Tous les intervenants ont souhaité que l'action se
poursuive sans relâche au PQ, au BQ et dans tous les organismes voués
à la cause de la souveraineté ou indépendance.
J.L. Dion, AGQ 5.5.2002
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LA SOUVERAINETÉ DU QUÉBEC : PLUS NÉCESSAIRE QUE JAMAIS !
YVES ROCHELEAU
L'auteur est député du Bloc québécois dans le comté fédéral de Trois-Rivières.
Texte publié dans « Le Nouvelliste », le 4 mai 2002.
Depuis 1995, le fédéralisme canadien est entré dans une ère nouvelle.
Une ère post-référendaire, une ère de centralisation, une ère
d'uniformisation. En effet, le gouvernement fédéral a choisi
d'ignorer la volonté de changement exprimée par les Québécois lors de
ce référendum, alors qu'il aurait pu être à la source d'un nouveau
pacte fédératif.
II a cependant emprunté une autre route en manifestant clairement la
volonté de construire une nation canadienne qui ne relèverait que
d'un gouvernement central fort. Bref, le gouvernement fédéral a opté
pour l'instauration graduelle d'un Canada unitaire.
Le principe fédéral est donc bafoué au profit d'une uniformisation
sociale et identitaire, qui mène inévitablement à la marginalisation
des minorités. L'entente cadre sur l'Union sociale de 1999 s'inscrit
justement dans cette démarche.
En effet, cette « entente », à laquelle le Québec n'est pas partie
prenante et qui avait pour but d'encadrer le pouvoir fédéral de
dépenser, a plutôt servi à légitimer l'ingérence du gouvernement
central dans les champs de juridiction des provinces. Elle ouvre la
porte à l'uniformisation des politiques sociales, à la centralisation
des pouvoirs, et achève ainsi la concrétisation du modèle «
trudeauiste » : une seule identité nationale coast-to-coast. . Dans
son ouvrage « Sortie de secours », Jean-François Lisée mise sur
l'importance d'un référendum gagnant . dans la perspective d'avoir
des bases solides de négociation avec le fédéral. Cependant, cette
vision suggère que la souveraineté est un moyen d'atteindre des
objectifs politiques, et non une fin.
À mon avis, la souveraineté est bel et bien une fin, puisqu'elle
représente l'étape ultime d'un processus de maturité et de
reconnaissance politique Et cette souveraineté est plus que jamais
devenue nécessaire à cause des gestes concrets du gouvernement
fédéral qui marginalisent, pour ne pas dire folklorisent, la culture
et l'appartenance à l'identité québécoise
De nombreuses initiatives d'invalidation des lois votées par notre
Assemblée nationale, invalidations décrétées à de nombreuses reprises
par les tribunaux, témoignent de cette volonté de nier la spécificité
du Québec. La Loi sur les jeunes contrevenants est un exemple criant
du non-respect de sa dynamique sociologique particulière.
Aussi, l'ingérence du gouvernement central et la liberté qu'il s'est
donnée de pouvoir intervenir directement auprès des particuliers et
des organismes dans des champs de compétences du Québec - pensons aux
bourses du millénaire et aux congés parentaux à titre d'exemple -
témoignent manque de respect du principe fédéral qui est à la base de
la Constitution qui, dans sa «version» de 1982, a été imposée au
Québec
Ainsi, non seulement l'ingérence fédérale implique un dédoublement
des services et de coûts, mais comment voulez-vous, à titre
d'exemple, que le gouvernement du Québec puisse concevoir et
appliquer une politique familiale cohérente quand ce même
gouvernement fédéral, en intervenant quant à lui par contre plus
souvent qu'autrement de façon ponctuelle en utilisant les surplus
qu'il a générés par son désengagement financier ou causés par le
déséquilibre fiscal, quand ce même gouvernement fédéral donc, conçoit
ses propres politiques coast to coast, sans égard aux priorités
arrêtées par Québec, dans un champ de compétences qui relève pourtant
strictement de ce dernier? Et nous pourrions ensemble faire le même
exercice pour les questions qui touchent le développement régional,
l'éducation, la recherche et le développement, la santé, l'emploi etc.
Pourtant, ce sera à Québec que l'on demandera des comptes ou que l'on
critiquera.
Même si cette façon de faire par le fédéral est contraire à la lettre
de la constitution canadienne qui octroie aux provinces des champs de
compétences spécifiques dans lesquelles elles sont souveraines, elle
prend par ailleurs racine dans le modèle colonial de John A. McDonald.
Ironiquement, il est à se demander si le non-respect de la
Constitution et du principe fédéral par le gouvernement d'Ottawa et
cela, notamment, dans l'application de l'entente cadre sur l'Union
sociale, ne fait pas en sorte que le Québec est, dans les faits et
paradoxalement, la seule entité politique à défendre les règles du
jeu du fédéralisme telles qu'édictées par le « pacte » de 1867.
Il est important de réaliser que dans le système fédéral, le Premier
ministre doit se porter garant de l'unité nationale, et une
souveraineté éventuelle du Québec serait perçue politiquement dans le
reste du Canada comme un manque de primatie et de fermeté de sa part.
Ainsi le résultat du référendum de 1995 a été une onde de choc pour
le gouvernement canadien. Or, alors qu'il aurait pu choisir d'agir
autrement en démontrant une volonté de répondre aux attentes
légitimes et historiques du Québec, le Premier ministre (du Canada) a
choisi au contraire la route de la centralisation, délibérément dans
l'optique de veiller aux meilleurs intérêts de sa vision de « 1'unité
canadienne » et ce, même au mépris de ses propres engagements
relativement à la reconnaissance d'une « société distincte ».
À moins que les Québécois ne prennent conscience de la nécessité
de réaliser la souveraineté, il sera illusoire bientôt de se poser
utilement la question de la légitimité des choix qui auront été ceux
du « nouveau Canada ». En tant que peuple, nous devons, nous aussi,
veiller à nos intérêts et prendre conscience de l'impact de ces choix
sur notre projet de société. Devant une telle ambiguïté
constitutionnelle, le Québec doit choisir, lui aussi, entre la
poursuite d'un rêve qui n'est pas le sien, le rêve canadien, et la
souveraineté qui lui garantit la liberté et le rayonnement culturel,
et qui le préserve de la minorisation, voire même de l'effacement
graduel de son identité...
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Commentaires
Un rejet seulement circonstantiel du fédéralisme
Dans son article publié dimanche dernier, monsieur Rocheleau, député
du BQ, reproche au gouvernement fédéral de ne pas respecter les
principes du fédéralisme, d'avoir choisi une autre voie que le
renouvellement du fédéralisme après 1995, et prétend finalement que
"le principe fédéral est bafoué au profit d'une uniformation sociale
et identitaire". Tout cela serait le résultat du référendum de 1995.
Pour monsieur Rocheleau, le gouvernement déroge du fédéralisme. Il
se demande donc si le Québec n'est pas, "dans les faits et
paradoxalement, la seule entité politique à défendre les règles du
jeu du fédéralisme telles qu'édictées par le "pacte" de 1867. Que les
Québécois soient les VRAIS fédéralistes est donc une idée qui exerce
un certain attrait.
Qu'advienne un nouveau Mulroney, qui nous dit que monsieur Rocheleau
ne serait pas de nouveau tenté par un beau risque habillé des habits
de la «modernité» et de la «nouveauté». Pourquoi ne pas se laisser
tenter par un fédéralisme vraiment respectureux des principes qui sont
à sa base ?
Ce genre de discours nous place au coeur du discours ambigu des
souverainistes qui ne cessent de trouver des mérites au fédéralisme.
Ils ne rejettent pas le principe du fédéralisme pour régler la question
du Québec, ils s'en prennent seulement aux circonstances de son exercice,
soit, dans le cas présent, le fédéralisme de Chrétien-Dion. Le
discours se situe donc dans le régime et non sur le régime, c'est donc
en essence un discours de renouvellement du fédéralisme. Dans ce
cadre, la pratique politique du Bloc québécois est logique: on
participe au fédéralisme en occupant à Ottawa les banquettes d'un
gouvernement qui nie notre existence nationale.
Voyons ce que dit Maurice Séguin du RÉGIME FÉDÉRAL
Après avoir montré que le dans le cas d'un peuple majoritaire et d'un
peuple minoritaire, la répartition des pouvoirs ne pouvait que
favoriser le peuple majoritaire, il écrit :
"Le régime fédéral donne une certaine autonomie locale , secondaire et
partielle au peuple minoritaire et la pleine autonomie locale,
générale, avec beaucoup plus de force au peuple majoritaire.
C'est pourquoi le régime fédéral, si apte à régler le cas d'une
nationalité qui ne peut pas disparaître, est apparu aux
Canadiens-Anglais, dès 1810 et 1822, comme le moyen de mettre à leur
place les Canadiens-Français. C'est aussi pourquoi ce régime a failli
être appliqué au lendemain de la révolte de 1837, alors qu'on a dû
momentanément se rabattre sur l'union législative à caractère fédéral.
C'est enfin la raison pour laquelle, en 1867, le régime d'union
fédérale a triomphé."
Maurice Séguin, Histoire des deux nationalismes au Canada, p. 395
Le problème du fédéralisme ne se situe donc pas dans la politique
particulière de Chrétien-Dion, il se situe dans la nature même du
régime qui a été choisi il y a déjà bien longtemps pour mettre les
Québécois à leur place. Le discours des souverainistes, s'il veut
surmonter la fragilité de ses assises politiques, doit passer du
discours DANS le régime au discours SUR le régime. En conséquence
d'une telle prise de conscience, le Bloc doit sortir d'Ottawa en bloc,
seule pratique logique avec le rejet du fédéralisme en soi. En
contrepartie, la participation du Bloc à Ottawa est la manifestation
d'un rejet seulement circonstantiel du fédéralisme.
Gilles Verrier, AGQ 6.5.3003
Si le Canada reconnaissait le Québec
comme société distincte, il se nierait
Il me semble que je vais donner raison à Gilles Verrier sur ce point.
Devant la question de savoir comment unir l'Europe dans une communauté
politique supérieure, le philosophe français Jean-Marc Ferry refuse
que l'Europe devienne un État fédéral parce que dit-il, "un État
fédéral est encore un État-nation". Et qu'il aspire à ce que l'Europe
soit une communauté de nations invitée à dialoguer entre elles et à se
dépasser sans s'annuler.
Or si l'Europe devient un État fédéral et donc un État-nation, c'est
la nation européenne qui se substitue aux nations d'Europe et le
principe du nationalisme n'est pas dépassé pour Ferry (qui est selon
lui la coïncidence de l'État comme forme politique ultime et de la
nation).
Le dépassement de la nation se produit quand des nations coexistent
dans une communauté politique supérieure qui ne les annulent pas (soit
l'Europe malgré ses dérives néolibérales).
Certes, Michel Seymour parle de l'État belge (par exemple) comme d'une
"fédération multinationale". Et on pourrait en dire autant de la
Suisse. Dans la mesure où, en Suisse, on ne peut imaginer que même la
communauté la plus nombreuse (les Suisses allemands ou alémaniques),
ne respecterait pas (par exemple), la Suisse romande comme société
distincte (càd, en fait, comme nation, même si les Romands n'usent pas
de ce mot pour se désigner).
Par conséquent si le Canada - tel qu'il est! - reconnaissait le Québec
comme société distincte, il se nierait tel qu'il se veut chez les
Chrétien-Dion ou chez ceux qui ont fait échouer les accords du Lac
Meech.
En un certain sens, je pense que Gilles Verrier doit être d'accord
avec moi: reconnaître le Québec comme "société distincte" c'est le
reconnaître comme nation et dès cet instant, il n'y a plus de
fédération canadienne, ni sur le plan de la légalité, ni sur le plan
de la légitimité.
Ce que je veux dire par là, c'est qu'il est intéressant de présenter
cet objectif de la "société distincte" comme ce minimum même auquel ne
consent pas l'État fédéral canadien. Et il est intéressant de le faire
valoir soit vis-à-vis des Québécois modérés, soit vis-à-vis des
étrangers. [...]
José Fontaine, 6.5.2002
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