«« Parti Québécois

La valse hésitation

Michel David
LeDevoir Le mardi 07 mai 2002


Il y a deux ans aujourd'hui, un groupe de jeunes militants avait tenté à trois reprises de faire adopter au XIVe congrès national du PQ une résolution réaffirmant l'orientation social-démocrate du parti. Soucieux de ne pas irriter un chef dont les sautes d'humeur n'étaient que trop prévisibles, les délégués au congrès avaient jugé plus prudent de la rejeter.

Le jeune militant de Mercier qui agissait comme porte-parole du groupe semblait lui-même terrorisé à l'idée que cette proposition, qui semblait pourtant aller de soi, puisse être interprétée comme un blâme implicite à l'endroit de Lucien Bouchard.

Tout le monde était un peu gêné de cette petite lâcheté, mais personne n'avait envie de revivre la pénible expérience du congrès de novembre 1996, quand M. Bouchard avait pratiquement menacé de démissionner. C'est comme si on avait senti que, consciemment ou non, M. Bouchard était déjà à la recherche d'une raison de partir.

Ce jour-là, c'est comme si un ressort s'était cassé au PQ ou qu'il avait perdu une partie de son âme, que l'arrivée de Bernard Landry n'a pas réussi à lui rendre, malgré les promesses du discours de Verchères.

Le Devoir faisait état, en fin de semaine dernière, des travaux des sociologues Simon Langlois et Gilles Gagné, selon lesquels la souveraineté aurait perdu beaucoup d'appuis chez les francophones actifs de classe moyenne, qui ont voté OUI dans une proportion de 70 % en 1995, mais auxquels le PQ n'offrirait plus de projet susceptible de les mobiliser.

C'est pourtant ce que M. Landry semblait vouloir leur redonner à Verchères. Il est vrai que les événements du 11 septembre ont créé un contexte plus difficile pour les souverainistes, mais le premier ministre désigné a soudainement donné l'impression que la réélection du PQ était devenu le seul objectif.

Il ne suffit pas d'avoir l'air d'un homme d'État pour donner à la population l'envie de s'en donner un. On ne peut sans doute pas reprocher à M. Landry d'aller prêcher la solidarité panaméricaine dans un bidonville de Lima, mais c'est Jacques Parizeau qui fait le tour des cégeps et des universités du Québec pour vendre la souveraineté.

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Il serait cependant trop facile de lui faire porter tout le blâme. Plusieurs ont sans doute été déçus de son manque de leadership au cours des derniers mois, mais c'est le PQ tout entier qui a raté la magnifique occasion d'un renouveau qu'offrait le départ de M. Bouchard.

Il est vrai que ses dirigeants ne semblent pas particulièrement impatients de le stimuler. Le report du prochain conseil national à l'automne donne l'impression que le parti est moins une source d'énergie qu'un problème à gérer. Sans parler du prochain congrès, dont Dieu seul sait maintenant quand il aura lieu.

Il n'y a pas si longtemps, les militants n'attendaient pas les conseils nationaux ou les congrès pour se faire entendre et rappeler à leur gouvernement qu'il doit certes représenter l'ensemble des Québécois, mais qu'il est également porteur d'un projet qui doit se traduire par une certaine vision de l'avenir.

Voilà des mois que le premier ministre jongle avec le fédéralisme renouvelé, évoquant même la possibilité d'un référendum sur le rapatriement de points d'impôt, et personne ne dit mot. M. Landry, qui connaît le PQ mieux que quiconque, devrait s'inquiéter de ce silence qui ressemble dangereusement à de la démission.

Au conseil national de novembre, on avait proposé la mise sur pied d'une commission itinérante qui aurait eu le mandat de dégager «une vision d'avenir claire, nette et précise du Québec de demain, une fois devenu souverain». Selon Simon Langlois et Gilles Gagné, c'est exactement ce que le «groupe porteur» dont ils ont étudié le comportement attend du PQ. Pourtant, une nette majorité de délégués au conseil national avait rejeté la proposition. Pourquoi se donner tant de peine à élaborer un autre «projet de société», s'il doit se retrouver sur les tablettes?

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On peut comprendre que M. Landry ne soit pas pressé de rencontrer les militants péquistes. Ils n'auront certainement pas de félicitations à lui adresser pour son bilan des derniers mois. Il serait néanmoins temps qu'il leur explique quel est son plan de match pour les prochains mois, si tant est qu'il en ait un.

Au sein du cabinet, la déroute des socialistes français au premier tour de l'élection présidentielle française, de même que la raclée prise dans Saguenay, en ont convaincu certains que le PQ devait revenir à son «jeu de base», c'est-à-dire la souveraineté et la social-démocratie.

La réunion extraordinaire du conseil des ministres, il y a dix jours, a été l'occasion d'un premier tour de table, mais le débat doit se poursuivre lors d'une deuxième réunion, le 1er juin. Même si les sondages prédisent une défaite cuisante du PQ, une majorité de ministres pense encore que la partie est jouable, dans la mesure où on ne met pas trop l'accent sur la souveraineté. M. Landry inclinerait lui-même à le croire.

Une chose est cependant certaine: le premier ministre doit donner un mot d'ordre clair d'ici à la fin de juin. À la rentrée d'automne, le Québec tout entier se mettra en mode électoral et la valse-hésitation des derniers mois devra absolument cesser.

Puisqu'il est question de valse-hésitation, il était prématuré de se réjouir que David Levine ait enfin trouvé chaussure à son pied dans Berthier. Apparemment, l'Assomption a de nouveau la cote. Robert Bourassa disait que le ridicule ne pouvait tuer qu'en politique.