|
«« Jacques Parizeau
Bernard Descôteaux
A titre de premier ministre du Québec, M. Parizeau croit qu'il aurait été irresponsable de sa part de s'engager dans ces négociations en présumant que «le Canada [allait] dire «Ah!, ils sont donc beaux, ils sont donc fins» et accepter ça tout de suite».
La préparation de cette motion s'est faite dans la transparence, soutient M. Parizeau qui comprend mal qu'aujourd'hui tout le monde ait peur des mots et «s'estomaque parce que dans les 48 heures [suivant une victoire du Oui au référendum] j'aurais fait adopter une motion déclaratoire.»
S'expliquant pour la première fois de vive voix depuis le début de cette controverse, il réitère que ce geste était conforme à l'entente du 12 juin conclue entre le Parti québécois, le Bloc québécois et l'Alliance démocratique du Québec.
«Tout le monde est là disant «Ah oui! il voulait une déclaration unilatérale d'indépendance». Mais elle est là dans l'entente du 12 juin. Les mots ne sont pas là mais la réalité est là», dit-il.
Le texte de l'entente disait: «Après une victoire du Oui au référendum, l'Assemblée nationale aura, d'une part, la capacité de proclamer la souveraineté du Québec et le gouvernement sera tenu, d'autre part, d'offrir au Canada une proposition de traité sur un nouveau partenariat... »
M. Parizeau avait arrêté pour ces négociations une double stratégie. Soit une entente de partenariat était conclue et c'était alors l'indépendance à l'amiable, à la slovaque. C'était son plan A. Soit rien n'allait et c'était alors le plan B, le Québec déclarait unilatéralement son indépendance avec la France qui, la première, reconnaissait alors le nouvel État. C'était l'indépendance à la manière de la Slovénie qui a agi unilatéralement contre le gré de la Yougoslavie, et fut reconnue rapidement par l'Allemagne.
La motion déclaratoire qu'entendait soumettre M. Parizeau aurait permis de préparer le terrain. Il insiste sur le fait que le texte était rédigé au futur et non au conditionnel. Cette stratégie lui a été inspirée par l'ancien président français Valéry Giscard d'Estaing selon qui aucun pays ne pourrait accorder une reconnaissance au nouvel Etat si celui-ci n'accomplit pas rapidement un geste officiel pour se déclarer indépendant.
M. Parizeau aurait préféré une loi à une motion déclaratoire. Il a opté pour la motion voyant que cela facilitait les choses avec les députés libéraux qui, affirme-t-il, étaient disposés à lui donner un appui majoritaire, quoi qu'en disent aujourd'hui ces derniers.
La controverse autour de cette motion rend visiblement amer M. Parizeau qui s'en tient à qualifier cet épisode de «très triste». Il s'en prend au passage aux journalistes pour n'avoir pas fait la nuance sur le moment où aurait été promulguée cette motion.
Au passage, il déplorera «l'atmosphère de couvent», qui prévaut à Québec où tout le monde réagit au premier gros titre venu. «La vie politique c'est comme ça», laisse-t-il tomber.
Quant à savoir ce qu'il pense de la réaction de ses «amis politiques» qui l'ont aussi accablé au début il répond, sibyllin et ironique: «Non je ne répondrai pas à ça. La question est embarrassante et la réponse le serait aussi.»
Ce n'est pas la première fois que M. Parizeau se retrouve au coeur de controverses de ce genre. On lui avait reproché à l'élection de 1994 d'avoir dit qu'une fois élu, il allait «enclencher» le processus d'accession à la souveraineté. On lui reprochait de ne pas avoir de mandat alors, rappelle-t-il, qu'il ne parlait que de ça. Autre controverse, sa phrase sur «l'argent et le vote ethnique».
Sa façon d'être est de dire les choses clairement, note M. Parizeau pour qui il n'y a pas de mal à dire, comme il le fait depuis 20 ans en dépit des avis contraires, que «la souveraineté, l'indépendance et le séparatisme c'est pareil». Dans le cas présent il ne pouvait être question d'employer une périphrase plutôt que les mots déclaration unilatérale d'indépendance.
«Je n'aime pas la confusion. Je n'ai pas peur des mots. Puis je dis ce que je pense. Excusez-moi, mais je ne changerai pas», conclut-il.
|