«« Jacques Parizeau

Déclaration de la souveraineté

Les propos de Parizeau

Ceux qui ont mis le feu aux poudres et ceux, antérieurs, qui les contredisent

Michel Venne

LeDevoir 8 mai 1997




L'ancien premier ministre Jacques Parizeau a suscité hier une tempête politique par la publication, volontaire ou pas, dans le quotidien Le Soleil, d'un extrait du livre qu'il fait paraître lundi prochain. Dans ce texte, il évoque l'hypothèse que la souveraineté aurait pu avoir été déclarée à peine dix jours après le vote du 30 octobre 1995 si le OUI l'avait emporté. Pourtant, M. Parizeau avait, dans plusieurs discours, écarté cette hypothèse. Retour sur les textes.

La bombe a éclaté hier matin. A la Une, un titre en lettres de bois, Le Soleil de Québec annonce: «Parizeau aurait agi tout de suite», s'agissant de la proclamation de la souveraineté du Québec si le OUI l'avait emporté au dernier référendum. Le journal publie, en page intérieure, un extrait du livre que M. Parizeau publie lundi, un recueil de discours et d'articles intitulé Pour un Québec souverain. L'article du journaliste Michel Vastel est inspiré de ce texte.

L'ancien premier ministre décrit dans cet extrait son «grand jeu», un stratagème dans lequel il «joue», en fait, la France contre les Etats-Unis pour favoriser la reconnaissance internationale du Québec (nous publions le même extrait en page A 9 aujourd'hui). M. Parizeau y explique que, pour favoriser une reconnaissance rapide par la France du nouvel Etat souverain québécois, il était préférable «qu'un geste solennel soit accompli par le Québec pour proclamer sa souveraineté» dans les jours suivant le vote.

L'ancien chef péquiste évoque le scénario d'une proclamation suspensive de la souveraineté du Québec. «Que l'on suspende, pendant disons six mois ou un an l'application de la proclamation d'indépendance pour donner le temps à des négociations avec le Canada d'aboutir ou pour rédiger conjointement avec le Canada un traité de partenariat, fort bien. Seulement, ajoute-t-il, la France, comme les autres pays du monde du reste, ne peut reconnaître qu'un pays. Elle ne reconnaît pas une intention.»

Nulle part dans cet extrait M. Parizeau affirme qu'il aurait effectivement fait proclamer la souveraineté du Québec une semaine ou dix jours après le vote, comme le lui aurait suggéré Valéry Giscard d'Estaing. Cependant, il affirme que ses discours avaient été, à l'époque, «rédigés de façon à permettre une telle déclaration de souveraineté». Il ajoute qu'il ne s'est jamais engagé à ne pas faire de déclaration unilatérale de souveraineté. Et M. Parizeau finit de jeter un doute sur ses intentions réelles avec cette phrase: «Tout ce qui a été écrit dans les journaux à ce sujet démontre une fois de plus que, dans ces matières, ceux qui parlent ne savent pas et que ceux qui savent ne parlent pas.»

Pourtant, à maintes reprises, M. Parizeau avait effectivement exclu la possibilité - à moins d'un refus catégorique du reste du Canada de négocier avec le Québec souverain et, encore là, à certaines conditions fixées dans le projet de loi sur la souveraineté évoqué dans la question référendaire - d'une déclaration unilatérale d'indépendance à court terme après le vote.

Le jour du lancement officiel de la campagne référendaire, le 11 octobre 1995, M. Parizeau avait déclaré dans une allocution télévisée ce qui suit: «Après un OUI, l'Assemblée nationale aurait le mandat de réaliser la souveraineté du Québec. Mais avant - c'est notre engagement -, le Québec va prendre le temps de faire une offre, formelle, au Canada. Une offre de partenariat économique et politique qui ira au-delà du simple maintien de l'espace économique. [...] Ça signifie qu'après un OUI on va prendre le temps de négocier dans l'ordre, sans précipitation, avec une attitude flexible et ouverte et en représentant l'intérêt de tous les Québécois.»

Cette promesse de début de campagne avait tenu le coup jusqu'à la fin. Le jour du scrutin, le 30 octobre, M. Parizeau avait enregistré le discours qui aurait été diffusé à la télévision si le OUI l'avait emporté. Dans ce document, qui a été dévoilé quelques mois après le référendum, M. Parizeau réitérait cet engagement en excluant toute action précipitée.

«La souveraineté du Québec ne sera pas proclamée tout de suite, disait-il. Ça pourra prendre jusqu'à un an avant que l'Assemblée nationale fasse cette proclamation. Ça va nous donner tout le temps de bien préparer la transition: l'intégration des deux fonctions publiques, la définition de nouvelles politiques économiques et sociales avec nos nouveaux outils. Pas de précipitation mais de la rigueur».

Ces propos devaient être diffusés après la victoire du OUI. Ils donnent à penser que le premier ministre avait donc écarté l'idée d'une proclamation rapide de la souveraineté.

Le même jour, le 30 octobre, M. Parizeau accorde au journaliste Stephan Bureau de TVA une entrevue à être diffusée quelques semaines plus tard. Dans cette entrevue, le premier ministre confirme que l'Assemblée nationale devait être convoquée quelques jours après le scrutin pour adopter une résolution. Le journaliste lui demande: «Mais ce n'est toujours pas la proclamation de la souveraineté?». M. Parizeau répond: «Non, non. Mais c'est l'Assemblée nationale qui commence par s'imposer l'obligation d'avoir un jour à proclamer. Et alors, tout le monde comprend que nous sommes sérieux.»

Ces derniers propos sont conformes à l'esprit de la question référendaire: l'Assemblée nationale obtenait le pouvoir de proclamer la souveraineté, mais après avoir offert et négocié un partenariat avec le Canada.

Il reste que l'extrait de son livre publié hier recèle quelques ambiguïtés. Monsieur Parizeau nous informe-t-il d'une supercherie qui aurait berné les Québécois ou ses propos sont-ils mal interprétés? Chose certaine, si M. Parizeau avait voulu dissiper toute confusion, il aurait pu le faire dès hier en publiant un démenti, une correction, des explications. Le fait qu'il s'y soit refusé donne du crédit à la thèse de la duplicité.