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«« Jacques Parizeau LeDevoir 9 mai 1997
Vous voyez avec les incidents d'hier que nous avions absolument raison d'aller devant la Cour suprême [du Canada] et de lui demander ce qui est légal et ce qui ne l'est pas au Canada», a déclaré le premier ministre Jean Chrétien, hier, lors de son passage dans les Maritimes.
Le ministre des Affaires intergouvernementales Stéphane Dion a renchéri hier sur les ondes de RDI en comparant les idées de M. Parizeau à une «recette pour le chaos». «Si on veut faire une sécession, il faut la faire dans la clarté, dans un cadre juridique établi, et c'est pourquoi nous sommes à la Cour suprême. Si les Québécois veulent une démonstration supplémentaire des raisons qui nous ont conduits à aller devant la Cour suprême, M. Parizeau nous l'a offerte hier [mercredi]», a-t-il affirmé.
De Colombie-Britannique, le chef réformiste Preston Manning a émis une déclaration écrite dans laquelle il demande à Jean Chrétien et à Jean Charest «s'ils reconnaissent enfin que c'est le temps d'adopter un vrai plan».
Depuis son arrivée à Ottawa, a-t-il rappelé, il a maintes fois souligné qu'il fallait une stratégie pour, d'une part, éviter la séparation et, d'autre part, faire face aux conséquences d'un vote favorable à la souveraineté.
Dans un livre à paraître lundi, l'ancien premier ministre du Québec évoque la possibilité de proclamer la souveraineté au lendemain d'une victoire du OUI au référendum de 1995. Il ne dit pas spécifiquement qu'il aurait procédé de la sorte. Dans un communiqué émis hier, il a nié avoir voulu agir ainsi.
Les réactions vigoureuses d'hier matin, en particulier celles des libéraux, avaient l'air un peu excessives hier après-midi à la suite de la publication du démenti de Jacques Parizeau. Et que dire du ministre de la Justice, Allan Rock, qui a confié au Globe and Mail qu'il ferait parvenir une copie du livre à la Cour suprême, question de mieux étayer sa cause qui doit être entendue à l'automne.
Malgré ces soubresauts, tout le monde convient que la controverse a ramené à l'avant-scène la question de l'unité nationale. Pour les libéraux et les réformistes, la première interprétation donnée aux propos de M. Parizeau, voulant qu'il ait voulu déclarer unilatéralement la souveraineté du Québec, met en lumière la nécessité de préciser les enjeux et les règles à suivre avant la tenue d'un autre référendum.
Le ministre Dion était un de ceux-là hier. Il est convaincu que plus les enjeux seront clairs, «plus les Québécois et les Canadiens feront les efforts nécessaires pour rester ensemble».
Dans leur programme, les libéraux ne précisent pas beaucoup leur plan B, se contentant pour le moment de rappeler le renvoi devant la Cour suprême. Ils préfèrent rappeler leur approche étapiste de modernisation administrative de la fédération et leur promesse d'enchâsser dans la Constitution, à un moment indéterminé, la société distincte et les vetos régionaux.
Le Parti réformiste préconise, de son côté, l'égalité absolue des provinces et rejette une reconnaissance constitutionnelle de la société distincte. Le Reform maintient par ailleurs qu'il faut établir clairement les conditions et les conséquences d'une sécession. Il s'engage par exemple à respecter la volonté des Canadiens d'une province sécessionniste à rester au Canada et précise que les conditions finales d'une entente de séparation devront être approuvées par les Canadiens dans le cadre d'un référendum national.
Les réformistes, qui espèrent marquer des points dans points dans l'Ouest avec cette approche, voient de bons côtés au brouhaha provoqué par le livre de M. Parizeau. «Cet incident renforce l'argument en faveur d'une clarification des règles. Cela permet aussi de mettre en évidence l'absence de stratégie du côté de MM. Chrétien et Charest pour éviter un vote positif et pour faire face aux conséquences», d'indiquer le stratège réformiste Rick Anderson. Il est heureux de ce nouvel intérêt pour la question nationale et déplore le silence qui a prévalu depuis le début de la campagne, la première depuis que le pays a failli se briser, il y a 18 mois.
Il est toutefois conscient de la réaction négative des Québécois face au plan B et de l'effet qu'une discussion autour de celui-ci pourrait avoir. «Mais, note-t-il, il est très .important que tout le monde comprenne exactement ce qui test en jeu.»
Prudent le chef conservateur a évité hier de trop exploiter les propos de M. Parizeau. Joint sur l'autobus le menant à London, en Ontario, Jean Charest a indiqué au Devoir qu'il n'entendait pas s'écarter de son plan de match. «L'unité nationale est un enjeu qui est toujours en toile de fond de la campagne et cette controverse met en lumière les choix offerts aux Canadiens. Mais pour notre part, on continue à dire que les Canadiens veulent se retrouver autour d'un projet commun, d'un chantier de réconciliation», a-t-il confié.
Les conservateurs, qui s'opposent au renvoi devant la Cour suprême, défendent l'enchâssement de la société distincte dans la Constitution, sans offrir d'échéancier précis.
Ils proposent aux provinces un fédéralisme basé sur la cogestion et la codécision en matière de programmes sociaux et de commerce interprovincial.
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