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«« Jacques Parizeau
Le journaliste Michel Vastel a vu dans cet extrait un aveu. Celui de Jacques Parizeau qui «aurait agi tout de suite» et proclamé la souveraineté du Québec dix jours après le référendum si le OUI l'avait emporté. Nulle part dans l'extrait publié par Le Soleil mercredi, M. Parizeau n'écrit pourtant que telle était son intention. Mais son texte n'est pas clair, laisse entendre qu'en effet, peut-être, l'idée d'une proclamation précipitée de la souveraineté a traversé l'esprit du chef du gouvernement, malgré ses engagements référendaires.
Le démenti offert hier par M. Parizeau est sans équivoque. Mais il arrive un peu tard. Ce politicien aguerri devrait savoir qu'une information qui circule pendant 48 heures sans être niée acquiert le statut de vérité. L'ancien premier ministre aurait dû trouver le moyen, quitte à retenir les services d'un proche pour le faire en son nom, de rétablir sa version le jour même. Car la thèse qui a eu le temps de s'accréditer d'un océan à l'autre est celle d'un traquenard monté de toutes pièces par un politicien malhonnête.
L'absence de dénégation immédiate de la part du principal intéressé a amené les protagonistes politiques à se rabattre sur la seule version disponible. Tous les adversaires de la souveraineté avaient beau jeu de s'y appuyer. Et ils vont continuer de le faire. Le mal est fait. Et c'est la thèse même de la souveraineté assortie d'une offre de partenariat qui vient de perdre de la crédibilité. Et pour longtemps.
Du même coup, compte tenu des circonstances, la campagne du Bloc québécois aux élections fédérales est déstabilisée à cause de la confusion qu'entraîne cet épisode dans l'esprit des électeurs sur la vraie nature des souverainistes.
Il serait difficile d'ailleurs de reprocher aux électeurs d'être confus devant ce qui se produit après avoir vu les alliés souverainistes de M. Parizeau se dissocier de lui sans délai. Aucun, du premier ministre Bouchard au ministre Landry, de Gilles Duceppe au vice-président du PQ Fabien Béchard, n'a mis en doute l'interprétation dominante du texte de l'ancien chef péquiste. M. Duceppe a même rejeté l'idée d'être vu en public en sa compagnie. On se demande si quelques-uns ne voyaient pas l'occasion de discréditer pour de bon celui qui, si souvent, par ses déclarations ou ses gestes, ses astuces, ses homards, son argent et ses votes ethniques, a placé le mouvement souverainiste dans l'embarras ces dernières années.
Il faut sans doute voir dans cette attitude ce que l'on peut appeler l'effet Parizeau. L'homme n'a plus de crédit hors le cercle des souverainistes que l'on dit purs et durs, et ce, malgré ses états de service. Il suscite la méfiance, en grande partie à cause de cette façon qu'il a de présenter la marche vers la souveraineté comme une série d'astuces, de tactiques, de stratagèmes. Ce «grand jeu» diplomatique qu'il décrit avec candeur dans son livre en est un exemple.
Le texte de M. Parizeau va toutefois rester comme pièce à conviction des fédéralistes lors d'un prochain référendum. La thèse du mensonge et de la duplicité aura longue vie en dépit des nombreux discours, des votes à l'Assemblée nationale, des déclarations solennelles et des témoignages qui la contredisent.
Car le scénario évoqué n'aurait pas pu être appliqué. D'une part, faut-il rappeler que sur des questions de cette nature un premier ministre ne peut agir seul. Pour renier ses engagements référendaires, M. Parizeau aurait dû obtenir la complicité de ses ministres et députés, de son parti, de ses alliés sociaux, ce qui paraît invraisemblable.
D'autre part, sa mise en oeuvre aurait provoqué une crise politique et sociale qui aurait garanti l'échec de la sécession du Québec. La coalition souverainiste aurait éclaté. Trahis, des partisans du OUI auraient renié leur vote. Des sondages auraient répercuté ce désaveu. Les journaux auraient dénoncé la duplicité du chef souverainiste, Le Devoir en tête. Le tollé aurait été tel que l'économie, les investissements, le cours du dollar auraient été affectés, ce que justement M. Parizeau voulait éviter. La tentative de sécession aurait échoué. La reconnaissance par la France n'aurait été d'aucun secours.
Bien qu'elle soit sans issue utile, cette hypothèse n'en est pas pour au tant exclue par bon nombre de péquistes qui, lors du dernier congrès, ont justement proposé de modifier le programme du parti de manière à ce que la souveraineté soit proclamée, advenant une victoire du OUI, avant l'ouverture de négociations avec le Canada sur un nouveau partenariat économique et politique. Mais ce scénario a été écarté par la majorité des congressistes. Car la doctrine souverainiste est désormais claire et c'est elle qui doit être jugée, non pas les idées plus ou moins claires qui pourraient être émises ou soupçonnées dans l'esprit d'un politicien qui n'est plus aux affaires.
Cette doctrine, celle qui compte, est partagée par tous les partis politiques souverainistes, les intellectuels pour la souveraineté, les partenaires sociaux, et la grande majorité des adhérents les plus récents à ce mouvement qui connut son impulsion il y a 30 ans. La doctrine prévoit un référendum pour approuver la souveraineté du Québec assortie de l'offre de partenariat au reste du Canada. Il s'agit d'une thèse qui est légitime. Déjà, nous avions invité les souverainistes à approfondir et à préciser et mieux expliquer la teneur de leur proposition, autant quant à ses termes que quant à sa mise en oeuvre. Les événements des derniers jours viennent en confirmer la nécessité.
Plus que jamais, avant un prochain référendum, les Québécois voudront savoir ce qui les attend le lendemain d'un vote positif. Ce qui est non seulement légitime mais absolument nécessaire en démocratie.
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