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«« Jacques Parizeau LeSoleil 19 septembre 1997
« Je ne me souviens pas d'avoir jamais été en
contact avec une société qui se fait injurier
comme la nôtre avec une telle placidité », a
déclaré hier soir l'ex-premier ministre Jacques
Parizeau pour qui il y a quelque chose de «
bovin » dans cette attitude.
Devant une salle comble, à la Foire internationale du livre de Québec, M.
Parizeau s'est livré à un vibrant plaidoyer en faveur de la libéralisation des
échanges, laquelle permet aux petites nations de naviguer comme jamais à
travers le monde. Environ 500 amoureux du livre ont religieusement écouté et
ovationné l'ex-chef du Parti québécois.
La résignation n'est pas bonne conseillère, leur a-t-il lancé. Elle donne aux
autres l'allant pour « taper sur le crâne » des Québécois et leur faire courber le
dos.
C'est elle qui a récemment permis à un psychiatre de dresser un soi-disant
portrait psychologique de Lucien Bouchard. C'est encore elle qui incite la
Commission de toponymie du Québec à reculer dans son projet de baptiser de
références littéraires québécoises des îles du réservoir Caniapiscau.
« Les Cris ont protesté en disant que c'était chez eux et que ces îles étaient
déjà baptisées. » Ce n'est pas grand-chose, mais « c'est le reflet d'une
mentalité », pense Jacques Parizeau, qui voit rouge : « Je suis de plus en plus
impatient de me faire traiter de raciste. Ça n'a pas de bon sens que les
Québécois se laissent injurier comme ça. »
C'est encore cette mentalité d'individus assiégés qui a donné des ailes au
mouvement partitionniste. À ses yeux, le débat sur cette question n'est
toutefois rien d'autre qu'une nouvelle tentative visant à faire honte aux
Québécois, à leur faire croire qu'ils sont « des pas bons ».
« Ce sont des opérations de propagande qui remplacent, je pense, les
(anciennes) peurs économiques », comme l'envol des capitaux et la
disparition des pensions de vieillesse.
« Pour les gens de mon âge, c'est simplement un autre épisode. Mais de
temps à autre, il faut être capable de mettre ça de côté et de se dire qu'on a des
choses à faire dans le vaste monde et qu'on va les faire. »
Dans son discours de 45 minutes, Jacques Parizeau a fait valoir que la
globalisation des marchés n'est pas une menace pour le Québec, mais une «
grande aventure ».
« Le Québec, dans la globalisation des échanges, n'est pas une bouteille à la
mer, mais un petit navire qui avance assez bien et assez rapidement. L'hélice
s'empêtre encore périodiquement dans les filets constitutionnels, mais cela ne
durera pas. »
M. Parizeau a salué la naissance du GATT et celle des autres accords
internationaux. « La loi, quand elle s'applique vraiment à tous, protège le
petit contre le grand. »
Pour lui, il ne fait aucun doute que le débat le plus important qui ait eu lieu au
Québec, après celui portant sur la souveraineté, a été celui de l'ALENA. Les
deux sont d'ailleurs liés dans son esprit.
Solidement encadré par les règles de la zone nord-américaine de
libre-échange, le Canada ne pourra exercer de représailles à l'encontre d'un
éventuel Québec souverain, affirme-t-il.
Mais deux dangers guettent tout de même l'avenir, se désole l'ex-premier
ministre : « le joual et le provincialisme ». « La Petite vie, cette émission de
télévision qui certains soirs rejoint 60 % de la population francophone totale
du Québec, n'est que l'expression de son titre : la petite vie. »
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