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«« Jacques Parizeau
Gilles Archambault
LeDevoir 17 avril 1998
Non qu'il n'y ait pas d'analyses dans les journaux. On en trouve, et d'excellentes, pas toujours partisanes, au contraire poussées, éclairées. Mais en revanche, combien de rengaines susurrées! Le fédéralisme renouvelé, l'incertitude politique causée par le spectre d'un troisième référendum, le ras-le-bol attribué d'office à la population vis-à-vis d'une éventuelle consultation populaire, tout cela nous est servi à la régularité d'un métronome.
On s'appuie généralement sur des certitudes jamais mises en doute. Puisque le peuple, affirme-t-on, en a soupé des problèmes constitutionnels, n'en parlons plus. Il veut le plein emploi, le peuple, des politiciens forts en économie. On lui donnera tout ça. Pourquoi pas en prime l'assurance pour chaque famille de vacances annuelles à Disneyland et la possibilité d'avoir une automobile de l'année?
Lucien Bouchard, la semaine dernière, a commis la bourde de dire qu'il n'y aurait un référendum que si les Québécois le souhaitaient. Etrange comportement de la part d'un homme dont la mission première est justement de vendre cette idée. Il n'est pas à la tête d'un parti comme le sien pour flairer l'opinion, mais pour l'influencer. Pour l'infléchir, si tant est qu'il soit persuadé de la justesse de l'option fondamentale que prône son affihation politique.
Un vendeur d'aspirateurs qui demande au client potentiel s'il souhaite vraiment qu'il lui vante son produit risque de se trouver avec un carnet de commandes vierge. Il est probable que ledit client préférerait qu'on lui parle d'une piscine creusée gratuite dans sa cour arrière. Mais le vendeur, encore une fois, ne doit pas en avoir cure, il doit vendre. Ce ne sera jamais l'éventuel acheteur qui en prendra l'initiative.
L'autre jour, à la télé, CTV peut-être, je ne sais plus, l'inénarrable Jean Charest racontait l'air attristé, la déconfiture économique de Montréal en l'attribuant comme il se doit à la funeste administration péquiste. Selon lui, les choses se sont dégradées considérablement en 20 ans. L'air attristé, ai-je écrit mais aussi l'air de celui qui sait. Bien sûr, on ne lui a pas fait remarquer que la déchéance de Montréal ne date pas d'hier, qu'elle a des causes structurelles et que le passage aux affaires de Robert Bourassa n'a en la situation.
On ne pense pas, on répète des slogans. Le règne du perroquet. Cet oiseau a un beau plumage, mais la réflexion n'est pas son fort.
Qu'un politicien médiocre ait cette vision primaire des choses, rien que de très normal. Il n'est pas à son poste pour penser, mais pour énoncer des phrases tenues pour évidentes. Pour lui, il n'y a pas très longtemps, le Parti conservateur lavait très blanc, mais le franchisé régional de la multinationale d'Ottawa a découvert un meilleur détersif.
Le règne du perroquet a eu une victime de choix, une proie privilégiée: Jacques Parizeau. Depuis le soir du 30 octobre 1995, cet homme est marqué. On lui fait porter l'opprobe général. Il est devenu le symbole de notre xénophobie appréhendée.
Pour les plus violents de ses dénonciateurs, il serait même bon qu'on le marquât au fer rouge. Il a osé dire, de façon peut-être inopportune, l'évidence. Personne ne me convaincra que la victoire ce soir-là n'a pas été causée en très grande partie par la haute finance et une écrasante majorité du votp dit «ethnique».
A sa place, j'aurais probablement attendu une semaine ou deux pour l'avancer, et sur un ton plus retenu. Voilà tout. Ne pas aboutir à sa conclusion, c'est se fermer les yeux. J'aurais aussi ajouté que certaines erreurs de tactique n'ont pas tellement aidé la cause et qu'aussi, l'audace n'est pas, jusqu'à avis du contraire, une caractéristique de notre peuple. Pourquoi être propriétaire quand il est si simple d'être locataire d'une tente-caravane?
Je suis heureux que Jacques Parizeau se soit fait entendre ces jours-ci. Nous avons besoin de son analyse de notre réalité, nous avons besoin de sa vision des choses.
Que retiendra l'Histoire de son action passée? On ne le sait trop actuellement. Il apparaîtra probablement pour les générations futures comme un homme d'une grande probité intellectuelle, comme un homme de courage inflexible. Et non comme le rabâcheur un peu sénile qu'on se plaît à nous représenter.
Que répètent les perroquets? Qu'il a quitté son vignoble du sud de la France pour mêler les cartes. Son discours ne serait plus de saison. Ce qui est dans le vent, c'est le vide, le rien, appuyé sur les mensonges et les injustices de tous les déficits zéro du monde.
Triste époque où les libérateurs ont des propos d'administrateurs de banque et des philosophies de contremaître d'entrepôt. Le retour, même occasionnel, de Jacques Parizeau, doit être salué comme un vent d'air frais. Il est de ceux qui croient que l'indépendance du Québec n'est pas un sujet périmé que l'on doit reléguer aux oubliettes. Une idée, tenez, un projet, vous ne trouvez pas que ça nous change des perroquets?
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