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«« Jacques Parizeau
Jacques Parizeau
LeDevoir 4.9.98
Nous, souverainistes, devions pourtant y répondre en 1995. C'est une élémentaire responsabilité que l'on a en démocratie que de dire où l'on va et comment on va s'y rendre, en examinant des alternatives.
Voici ce que le projet de loi n° 1 de 1995 prévoyait à l'article 86:
«La proclamation de la souveraineté peut être faite dès que le traité de partenariat aura été approuvé par l'Assemblée nationale ou dès que cette dernière aura constaté, après avoir demandé l'avis du comité d'orientation et de surveillance des négociations, que celle-ci sont infructueuses.»
Voici ce que vous dites dans votre avis:
Autrement, le Canada n'aurait qu'un intérêt dans les négociations: les faire échouer. Et les Québécois devraient dire merci? Merci de ne pas avoir suggéré cela.
En fait, il me semble que la seule façon d'amener le Canada non seulement à négocier, mais à faire en sorte que les négociations aboutissent, c'est que le gouvernement du Québec convainque les Canadiens que, en cas d'échec, les Québécois ont les moyens et
la volonté de réaliser la souveraineté. Il y aura alors de bonnes chances qu'une entente intéressante soit acceptée par les deux parties.
Cette question des frontières d'un Québec souverain - vous ne pouvez pas l'ignorer - a été abordée dans un cadre juridique qui ne devrait pas être passé sous silence.
Ce n'est pas à moi de vous rappeler que si la Constitution canadienne, même après le coup de force de 1982, est muette quant à la sécession d'une province, elle n'a jamais été muette à l'égard des modifications de frontières des provinces. Vous ne pouvez
d'autre part ignorer les dispositions du droit international sur l'intégrité des frontières des États souverains. Quant aux territoires nordiques qui sont l'objet de votre sollicitude, vous ne pouvez ignorer l'existence d'une entente sur les territoires de la Baie-James dans laquelle les Inuits, les Neskapis et les Cris renoncent à leurs droits territoriaux. (C'est l'article 2.1 pour les juristes.) Cette entente a fait l'objet d'une loi fédérale entérinant la cession de ces droits et agençant en conséquence les
responsabilités fiduciaires du gouvernement fédéral.
Votre avis nous rappelle souvent, nous, les Québécois, à nos devoirs à l'égard de l'État de droit. Quel droit? Celui que l'on étale, celui que l'on cache, ou les deux?
Cette question des frontières, dans son cadre juridique, est examinée systématiquement au Québec depuis fort longtemps: sauf erreur, depuis la parution de l'ouvrage du juriste Jacques Brossard publié en 1976 et intitulé L'Accession à la souveraineté et le cas du
Québec. Quant à l'examen des possibilités de partition, il commence, je crois, avec la publication de Partition: The Price of Quebec's Independence, en 1980, par William F. Shaw et Lionel Albert.
Plutôt que de faire allusion à chacune des études entreprises, je me contenterai de me référer à l'avis juridique demandé en 1992 par la Commission parlementaire sur l'accession du Québec à la souveraineté auprès de cinq constitutionnalistes dont, je
l'espère, vous avez entendu parler. En Angleterre, Rosalyn Higgins et Malcolm Shaw; aux États-Unis, Thomas Francz; en France, Alain Pellet, et en Allemagne, Christian Tomuschat. Ce dernier était alors président de la Commission de droit international des Nations unies.
L'avis juridique est unanime et clair. En voici un extrait:
Cela devrait vous indiquer que le négociateur fédéral qui voudrait négocier, en s'appuyant sur les sympathies que vous avez exprimées - le retrait des deux tiers du territoire québécois réclamé par 20 000 Cris et Inuits - aurait peu de chances d'aller très
loin dans sa tentative de négociation et qu'à l'égard de l'opinion internationale, le Québec ne serait pas nécessairement mal placé.
Cela veut-il dire qu'il n'y aura pas de négociations avec Ottawa au sujet des
autochtones? Bien sûr que non. Toute négociation au sujet du statut des autochtones, de la définition et des caractéristiques des droits territoriaux et de leur développement communautaire doit se faire avec les onze «nations distinctes» que nous, Québécois,
avons officiellement reconnues en 1985, mais en y associant le tuteur légal de la plupart de ces nations, le gouvernement fédéral.
Cela a été fait, nous l'avons vu, dans le cas de l'Accord de la Baie-James en 1975, dans la préparation d'une «proposition globale» en décembre 1994 faite aux Attikameks et aux Montagnais, et dans la préparation d'un gouvernement inuit en 1995.
Et cela continuera...
Dans un sens, vous avez été piégés par le gouvernement fédéral. Il voulait se servir de vous et de votre prestige pour ajouter un obstacle sur le chemin de la souveraineté du
Québec. Il faut bien convenir que, incapables de vous désister, vous ne vous êtes pas trop mal débrouillés. Je reste convaincu cependant, comme tant de gens au Québec, de ce qui a été admirablement bien résumé par l'archevêque de Montréal, le cardinal
Jean-Claude Turcotte: «C'est au peuple de décider, et non pas à la Cour suprême.»
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